J’aime ces heures où le soleil dort encore et où tout est silencieux dans l’immeuble. Ces minutes qui précèdent le grand brouhaha de la vie.
Un livre me tient parfois compagnie. Ou des images que je me promets de raconter. Ou bien mes cartes postales. Ou encore une mélodie d’une autre époque ou toute récente. Toutes ces choses qui me tiennent en vie.
Et je regarde par la fenêtre. Pas d’océan en vue sauf si je ferme les yeux. Mais rien ne m’empêchera de ne pas profiter de ces minutes de bonheur oû je souris sans raison particulière.
Je ne l’avais pas croisée depuis longtemps. très longtemps. Probablement trop longtemps. Pourtant, il fut un temps où nous étions tellement proches l’une de l’autre. Nous lisions les mêmes livres, nous avions des amis en commun, nous aimions les mêmes musiques.
Et même si nous n’avions plus qu’un contact épisodique, nous ne sommes jamais devenues des inconnues l’une pour l’autre et savions reprendre la conversation où nous l’avions laissée. Ce n’est d’ailleurs pas la seule personne avec qui il m’est possible d’entretenir un tel lien.
Mais entre nous, je pense que ça allait plus loin encore. Nous nous retrouvions dans le regard que nous posions sur certains événements, sur des situations. Et parfois même dans nos silences.
Elle rentrait de la bibliothèque, chargée de livres. Et c’est autour d’un café que nous les avons examinés. Un par un. J’avais envie de tous les lire.
Le fil n’était pas rompu. J’étais si heureuse de retrouver cette vieille amie qui m’avait accompagnée dans tant de tourmentes et dans autant de moments exceptionnels et heureux.
Et ce matin, alors qu’il fait encore noir et que je prends mon premier café de la journée, je pense à elle. Avec comme une envie de vous la raconter davantage.
Et si je parlais d’elle? Et si je lui faisais de la place au pays de Lali? Voilà quelques jours que l’idée germe. Comme une évidence. Non, je ne l’ai pas croisée pour rien il y a deux semaines.
Elle a vécu tant de vies qu’elle n’écrira jamais. Je serai sa voix.
Nul besoin d’aller dehors pour constater qu’il fait froid. Je n’en ai pas eu envie aujourd’hui. Ni hier. Ni avant-hier.
Je serai à jamais une fille d’été qui ne trouve aucun plaisir aux supposées joies de l’hiver. Je déteste porter des bottes et m’habiller comme un oignon. Le son de la neige craquante quand on marche dessus ne me procure aucune joie. Pelleter et déneiger la voiture n’ont aucun intérêt sinon celui de me permettre d’aller ailleurs. À l’intérieur.
Je ne suis pas née au bon endroit. Cela ne fait aucun doute.
Alors, je reste au chaud. Et je prends la place de la lectrice d’Emme Norma et je choisis un de ses livres pour passer la soirée.
Snoopy se joint à moi pour vous souhaiter un très joyeux Noël en compagnie des personnes qui vous sont chères. Puisse-t-il être doux, très doux. Tout simplement.
Je n’ai jamais vu Paris sous la neige. Mais je connais bien Montréal sous la neige. Trop bien.
Or, je ne m’attendais pas si vite à voir ma ville ensevelie sous une épaisse couche de neige. C’est pourtant ce qui nous attend puisqu’il neige depuis hier matin et que ça va continuer ainsi jusqu’à la fin de la soirée. Je ne suis donc pas fâchée de ne ne pas avoir à aller au bureau avant mercredi.
Je regarde ma voiture de la fenêtre de la pièce que je consacre aux cartes postales. J’ai l’impression que les 20 cm annoncés sont déjà là. Puis je me déplace vers celle de la cuisine. Ça ne sera pas facile pour qui devra se rendre au travail ce matin. Aucune charrue en vue. Et aucun son indiquant que le déneigement a commencé.
Il est temps pour un deuxième bol de café. Je regarderai dehors plus tard. Même si je sais fort bien que l’hiver sera toujours là. Et pour trop longtemps.
Voilà des mois que nous nous préparons au retour au bureau à raison d’un jour par semaine. Des mois que des travaux ont lieu dans les différents locaux d’un bout à l’autre du pays. Des mois que les Ressources humaines nous font part de ce qui nous attend et du fait que nous n’aurons pas le choix de nous plier à cette nouvelle directive. Même si ça ne fait pas notre bonheur et même s’il avait été convenu qu’il n’y aurait pas d’obligation à travailler du bureau à nouveau.
Mais le conseil d’administration en a décidé autrement. Qu’on utilise ou pas les bureaux, il y a des coûts relatifs à l’occupation. Donc, plus question de payer pour rien. Et puis, ce n’est pas une bonne chose pour notre équilibre mental de ne pas avoir de contacts directs avec nos collègues. Parait-il.
Demain sera ma troisième journée complète au bureau, car j’y suis allée régulièrement depuis juin à raison d’une heure par semaine. Ma supérieure hiérarchique tenait à ce que nous nous rencontrions en vrai chaque mardi.
Je ne peux pas dire que ça a été désagréable. Je ne peux pas affirmer non plus que cela a été agréable.
Le gestionnaire des installations a trouvé pour moi un coin tranquille, au sous-sol, loin des conversations de couloir et du bruit des imprimantes. En fait, c’est le bureau que j’occupais il y a cinq ans, lequel a été conservé tel quel alors que, maintenant, les salles de réunion sont cinq fois plus nombreuses, que de les bureaux pour une seule personne n’existent plus et que ceux pour deux personnes se comptent sur les doigts d’une main.
Pour le moment, je n’ai pas eu de compagnie, mais les choses peuvent changer. Or, j’ai décidé de ne plus me battre. Tant pis si je n’arrive pas à travailler aussi consciencieusement que je le fais à la maison. Tant pis si je n’arrive pas à faire tout ce que j’ai à faire parce que je serai souvent dérangée. Tant pis si je remets des documents en retard. Tant pis si ce n’est pas parfait. Oui, tant pis. L’important est que je socialise.
Il ne sera plus bien long avant que je doive porter un châle ou un gros pull pour être en mesure de continuer à travailler à proximité de la porte patio de mon salon/salle à manger/cuisine en partie transformé en bureau depuis mars 2020. Autant elle me procure de la lumière, autant elle laisse entrer le froid.
Mais heureusement, j’ai une grande provision de châles et de pulls. C’est comme cela quand ion vit dans un pays où l’hiver dure parfois six mois.
Elle chantonne et remonte le temps. Un certain 28 septembre, il y a de cela 41 ans, dans une salle de spectacle de Montréal, Yves Montand chantait pour elle Les feuilles mortes.
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