Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Mot gentil

Parfois, quand on pense dire quelque chose de gentil, on a l’impression d’avoir tout faux, qu’on aurait mieux fait de se taire. Encore une fois. Et on se tait de plus en plus.

Pourtant, il y a des personnes à qui j’ai dit ou ai eu envie de dire que j’étais aussi bien avec elles que quand je suis seule. Car je suis bien quand je suis seule. Et depuis que je suis toute petite. Ce n’est pas une chose à laquelle je me suis habituée en raison de ma situation. Ça m’est naturel.

Je ne m’ennuie jamais. Je ne dis pas que certaines personnes ne me manquent pas. L’ennui et le manque sont différents à mes yeux.

L’ennui, c’est tourner en rond, ne pas trop savoir comment s’occuper ou bien s’activer sans grand plaisir. Or, ça ne m’arrive jamais. Mon quotidien est tissé de petits plaisirs qui ne requièrent que moi. Les livres, la musique, les cartes postales, entre autres.

Le manque, c’est autre chose. C’est cette absence qu’on ne peut combler, mais qui, si elle l’était, apporterait davantage de couleurs à cette vie déjà bien pleine.

Oui, je suis loin d’être malheureuse lorsque je suis seule. Même si cela semble étrange à certaines personnes. Celles à qui je ne dirais jamais que je suis aussi bien avec elles que seule.

*toile de Josef Kien

Trouver le temps

Entre les courses du samedi et un peu de ménage (mais pas trop), vais-je trouver le temps de lire un peu? C’est ce que je me souhaite. Ma pile de livres à lire commence à être très haute. Mais comme j’angoisse quand elle ne l’est pas, aussi bien que ce soit ainsi!

*illustration de Daria Pneva

Et si je parlais d’elle 7

On a fait le tour de nos vies. Du moins, de ce qu’on avait envie de partager. De ce qu’on a été en mesure d’exprimer en taisant peut-être le plus intime ou ce qui faisait le plus mal.

On a aussi ri de nos bêtises. Heureusement. Et on a beaucoup regardé derrière nous parce qu’il n’est pas facile de se projeter dans l’avenir.

Trop de souvenirs, trop de tristesse malgré nos rires.

Et puis, le silence a pris de plus en plus de place. On se parlait du bout des yeux.

Elle s’est éteinte un peu, je le sens bien, et peut-être que moi aussi. Nous avions été si proches autrefois que nous rapprocher a bousculé nos vies actuelles.

On ne savait plus comment se dire au revoir. On ne savait pas si et quand on se reverrait. Alors, je l’ai prise dans mes bras et nous avons pleuré toutes les deux.

Je ne l’oublierai jamais.

*toile signée Holly Wojahn

Un quart de siècle

Quand on déménage, on ne sait pas combien de temps on vivra dans ce nouveau lieu. C’est ce que je me disais il y a quelques jours en réalisant qu’il y a 25 ans le salon était rempli de caisses de livres et qu’un minimum d’articles de cuisine avait été déballé. Il avait fallu plusieurs semaines pour que l’appartement soit à mon goût et que j’y trouve mes repères.

J’avais compris dès le premier jour que je faisais une grave erreur. La vie à deux en compagnie d’un irresponsable, manipulateur de surcroît, qui développait une paranoïa grandissante en raison des ses abus, allait me briser. lI est d’ailleurs étonnant que je n’en conserve pas de séquelles et que je n’aie pas dû faire appel à de l’aide quand j’ai décidé qu’il fallait mettre fin à cette relation toxique.

L’appartement d’aujourd’hui ne ressemble qu’à moi. Toute trace de ces deux ans et demi à vivre aux côtés de quelqu’un qui s’autodétruisait a disparu.
Et même si les travaux qui ont débuté il y a douze ans, visant à changer les fenêtres et les balcons de plus de 300 appartements du domaine, s’éternisent, j’aime encore cet endroit malgré les grues, les piles de briques, la poussière.

J’aime le chant des oiseaux qui ont pris d’assaut les arbres qui ont poussé au fil des ans. J’aime ces arbres qui, l’été, cachent le chantier. J’aime entendre les enfants jouer au ballon et rire.

Et cette année, je compte faire un grand ménage. J’ai accumulé trop d’objets inutiles, de livres que je ne relirai pas, de vêtements que je ne porterai plus, d’objets de cuisine qui ne serviront plus.

Il faut juste que je me pousse un peu dans le dos, que je m’applique à passer une heure par jour à trier. Lire, écrire des cartes postales ou des billets pour le pays de Lali, écouter de la musique, c’est bien agréable, mais ça ne fait pas avancer les choses.

Il me faut être aussi disciplinée pour cet ambitieux projet que je le suis pour le travail, où je suis, entre autres, reconnue pour ma rigueur et mon efficacité. Ce serait là une bonne façon de souligner ce quart de siècle.

Courage, Lali, tu peux y arriver!

*illustration de Stefania Infante

Et si je parlais d’elle 6

Elle se demande parfois s’il vaut la peine de vieillir, si l’on y trouve un certain bonheur quand on n’a ni amoureux ni enfants ni petits-enfants. Et la question demeure sans réponse.

Les bobos de toutes sortes ruinent-ils ce qu’on appelle l’âge d’or? De même, l’anxiété gagne-t-elle tellement en importance qu’on oublie de sourire et de s’émerveiller devant les petits bonheurs de la vie?

Et cette question la taraude à un point tel que tout la déroute et la désoriente. Elle n’ose plus faire de projets. À quoi bon? Ils ont si peu de chances de prendre forme. Aussi bien se contenter de ce qu’elle possède et qu’on ne peut lui retirer.

J’ai beau lui dire qu’elle a le droit de rêver. Qu’elle ne doit cesser de le faire sous aucun prétexte.

Aujourd’hui, elle n’y arrive pas. Ceux qu’elle aime sont trop souvent fatigués de vivre. Et elle a terriblement peur que ça lui arrive aussi.

*toile de Katarina Branisova

Et si je parlais d’elle 5

Il a bien fallu aborder le sujet.

Ça lui brûlait les lèvres, et elle avait les yeux tellement pétillants. Pourtant, elle est d’abord restée évasive, évoquant les 40 ans de sa vie amoureuse qui était bien fade jusqu’à il y a quelques jours. Son premier baiser dont elle conserve un souvenir impérissable. Le premier homme de sa vie, qui ne l’oublierait jamais, lui a-t-il affirmé il y a encore quelques mois. Cet amour à distance jamais consommé il y a 20 ans. Ceux qui n’ont guère laissé de traces. Celui qui l’a brisée et dont elle s’est appliquée à effacer le moindre souvenir, objets comme photos. Celui qui l’a fait rêver à des jours heureux et amoureux, devenu depuis son grand frère.

Puis celui qui fut si important qu’il la troublera toujours. De nouveau de passage dans sa vie. Pourtant, nous savons toutes les deux qu’il disparaîtra sûrement encore. À moins que cette fois-ci,les choses se passent autrement? Pour le moment, il a ajouté des étincelles à ses yeux. Et j’aime la voir ainsi.

*toile de Gabriele Münter

Décor de rêve

J’aimerais que mon décor ressemble à ceci. Oui, j’aimerais beaucoup avoir une telle vue et non pas devoir regarder le chantier en cours devant la maison depuis douze ans. J’ouvrirais les rideaux, ce que je ne fais pratiquement plus. Heureusement, il y a tellement de tableaux dans lesquels me glisser pour rêver.

*illustration de Kaoru Yamada

Et si je parlais d’elle 4

Nous avons remonté le temps, une fois de plus. Cette fois, jusqu’à l’enfance et à notre passion pour la musique. À ces heures que nous passions allongées sur le tapis du salon, chacune collée contre l’un des haut-parleurs du stéréo. Pour mieux entendre la musique et en ressentir les vibrations. Moments inoubliables.

Presque tout nous plaisait. Musique classique, chanson française, sons venus d’ailleurs. Et je pense qu’aujourd’hui encore nous partageons les mêmes goûts, difficilement plus éclectiques. Et j’aime qu’il en soit ainsi. Que nous ayons conservé un même appétit pour les découvertes. Qu’il s’agisse de littérature, de musique, de peinture.

Ce soir, j’ai envie de chanter à tue-tête en duo comme on le faisait quand on avait 12 ans. Mais quelle chanson choisir?

+toile de Phoebe Dickinson

Et si je parlais d’elle 3

Nous ne sommes plus libraires ni l’une ni l’autre. Cette partie de nos vies est bien finie. Mais nous aimerons toujours ces lieux où nous avons passé près d’un quart de siècle. Pas ces grandes surfaces anonymes et toutes pareilles, mais ces petites librairies avec un cachet où se côtoient des écrivains dont on parle peu ou pas.

Et bien sûr, nous nous sommes animées de plus belle, pestant contre le grand A qui prenait une telle place que de nombeuses librairies d’ici et d’ailleurs avaient dû mettre la clé sur la porte.

Et nous sommes souvenues d’autres qui avaient tenu le coup longtemps même si. Malgré. Parce que la foi du propriétaire. La fidélité des habitués.

Et nous avons rêvé d’une librairie dans les bois où on trouverait les livres que nous aimons. Et nous sommes entrées dans celle imaginée par Soizick Meister.

Et si je parlais d’elle 2

C’est bien elle. Tout à fait elle. Même si elle a parfois bifurqué, douté de tout et d’elle-même. Tout comme moi.

Et nous reprenons le fil d’une conversation interrompue sans chercher à savoir si l’une de nous deux est responsable de ce long silence.

À quoi cela servirait-il, de toute façon? L’important est que nous nous soyons retrouvées, intactes d’une certaine manière. Disons plutôt presque intactes à certains égards. Car inutile de nous leurrer, nous avons l’une et l’autre perdu des plumes, vu nos cheveux blanchir même si nous les dissimulons, vécu la perte d’amis emportés trop tôt, mis de côté des rêves que nous avons jugés irréalisables, touché du bout des doigts ceux qui pouvaient peut-être ne pas s’effriter.

Et nous avons ri comme nous savions si bien le faire autrefois. Ri de nos bêtises, des pièges dans lesquels nous sommes tombées, de ceux auxquels nous avons échappé in extremis. Chaque fois guidées par cet instinct de survie qui ne nous a jamais quittées.

Et j’ai vu dans ses yeux une lumière toute nouvelle. Une lumiêre que je lui ai déjà connue, mais qui avait disparu.

Je n’ai pas posé de questions. Nous ne nous sommes pas retrouvées par hasard.

Je devais voir cet éclat dans ses yeux. A-t-elle remarqué le mien?

*illustration de Giovanni Esposito