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Les vers de Medjé 3

HERSCHEL (Otto) - 5

Le rêve apprivoisé

Mon rêve, laisse-moi pleurer près de ta joue.
Vois mon cœur endeuillé d’un sinueux chagrin
Qui s’afflige, s’éperle et glisse et tombe et joue
Sur tes doigts caressés par les humides grains
Du collier de ma peine, Ah, laisse sangloter
Contre ta tiède chair, ma pauvre âme en déroute
Plus douce en ce moment qu’une averse d’été.
Que ton regard est beau sur moi! Que je redoute
TA bouche qui veut boire, à ma bouche, mes pleurs!
Que j’ai peur, écoutant ta parole qui berce,
De ne plus savoir si je souffre de bonheur,
Ou si l’heure vraiment fut à ce point perverse!
J’ai dû longtemps souffrir, puisque je sais pleurer…
Ah, quel est donc ce cri de mon âme à la tienne,
Ce désarroi d’amante en mes bras apeurés,
En ma poitrine qui ne semble plus gardienne
De nos serments noués aux genoux de l’amour?
Pourquoi dois-je songer que ta main tant aimée,
Écartant mon destin, ébauche quelque jour
Le geste des adieux? À jamais abîmée,
Je sais que sans délai, sous le clair horizon
Qui chantera l’espoir à tes heures ravies,
Mes yeux plus désertés qu’une morte-saison
Regarderont partir ma vie avec ta Vie!

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice d’Otto Herschel

Ce que mots vous inspirent 2029

saunders

Les départs donnent souvent l’illusion d’une renaissance. (Jacques Languirand)

*toile de David Saunders

Les vers de Medjé 2

HEDLEY (Paul) - 2

Quand les roses seront mortes

Le rosier, triste, cœur broyé.
Aux abeilles a clos ses portes,
Car toutes les roses sont mortes
Au jour qui reste dépouillé.

La verte syringe de Pan
Murmure le sanglot des fées
Qui, de marjolaines coiffées,
Ont assoupi leurs pas dansants.

Un glas perlé tombe chagrin
Du clocheton d’une campanule;
La brise, telle un léger tulle,
S’effiloche sur le jardin.

Le soir s’enroule autour du treuil.
Veilleuse en traîne de pétales,
La lune très humaine est pâle;
L’ombre laisse flotter son deuil.

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice de Paul Hedley

Ce que mots vous inspirent 2028

SHANAHAN (Sue) - 1

En nous, d’innombrables rêves attendent le moment de germer, de faire des racines et de naître, de mourir en tant que graines… pour se transformer en arbres. (Jorge Bucay)

*illustration de Sue Shanahan

Les vers de Medjé 1

HE (An) - 14

Jardin sous la pluie

Que je t’aime ce soir, musical Debussy,
Ô clair évocateur de ces jardins exquis
Où l’urne d’un nuage vient abreuver les roses.
Il pleut sur le jardin; les papillons moroses
Dorment leur cauchemar où veille le regret.
Le bolet, frissonnant dans l’air devenu frais,
Rabat son capuchon. Faisant un bruit de soie,
Les tiges sont des bras où circule la joie.
L’heure a tu le cri vert des oiseaux persifleurs.
L’arbuste, dont l’épaule est un amas de fleurs,
Secouant ses parfums, comme une oreille, écoute
Vibrer les entrechats de la nombreuse goutte,
L’herbe que méprisait le soleil outrageant
Se voit envelopper dans un ballet d’argent.
Ah! la ronde de joie où la feuille chavire!
Emmêlement d’odeurs, de frissons, de délire!
Un pétale fléchit, se renverse épuisé,
Petite bouche ayant reçu trop de baisers.
Car le cœur de la pluie est bien loin d’être sage!
L’allée et le gravois, le sol, le paysage
Croient voir se jouer un opéra libertin.
Mais la pluie inlassée assaille le jardin,
Où le désordre fou de ses pas qui s’embrouillent
Fait crever de plaisir la vasque et les gargouilles.

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice d’An He

Ce que mots vous inspirent 2027

MALEK (Toby) - 1

C’est ça la vie, courir pieds nus. Savourer quand le sable est fin ou l’herbe douce. Accepter le gravier et parfois le verre pilé. Et se dire, qu’on avance malgré tout, quelle que soit la surface. Les écorchures cicatrisent quand même. (Agnès Ledig)

*toile de Toby Malek

À chaque pas 2

MORGADO (Manolo) - 1

nuit d’embarras
derrière les volets
ta peau goûte le sel

Roxanne Lajoie, À chaque pas la poussière

*choix de la lectrice de Manolo Morgado

Ce que mots vous inspirent 2026

MANAC'H (Olwenn)

On pense toujours qu’on a le choix entre aller de l’avant ou faire du surplace, mais c’est faux. Tant que le coeur bat, que le sang coule dans les veines, que l’air emplit les poumons, on avance. (Ann Brashares)

*toile de Maurice Le Scouëzec

À chaque pas 1

MONNICKENDAM (Martin)

château de sable
consolider la tour sud
entre deux vagues

Roxanne Lajoie, À chaque pas la poussière

*choix de la lectrice de Martin Monnickendam

Un dimanche avec Réjean Ducharme 10

GRAZIANO (Fernando)

Il n’y a pas moyen de ne pas être positif quand on y pense: la vie future est belle jusqu’à preuve du contraire, la vie passée est finie et le présent n’existe pas. (Réjean Ducharme)

*toile de Fernando Graziano