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Les mots de Julie S. 5

le 4 novembre

à vouloir vaincre l’absence
tout remonte qui fume sur les ruines
toute à présent aux lèvre râpées du temps
le désir l’encre quelques paroles petites
et moi
qui me déplace mécanique
dans le jaune d’une ville vaguement
ou sur des routes sans raison

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de Norene Mara

Ce que mots vous inspirent 714

Une chute profonde mène souvent vers le plus grand bonheur. (William Shakespeare)

*figurine d’Antonio Borsato

Les mots de Julie S. 4

le 28 juillet

de quelle distance farouche
aurons-nous besoin demain
pour s’absenter l’un de l’autre
si nos fissures deviennent brèches
puis béances à même le cœur
fuir une ville morte pour une ville plus morte encore
ne pas se retourner
au risque de mirages anciens
mais marcher il n’y aura que cela
et je serai celle qui enjambera nos cadavres
cher amour
apparente survivante d’un simple fait divers
qu’aucun téléscripteur ne transmettra
parler plutôt du nucléaire

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de Laura Lacambra Shubert

Ce que mots vous inspirent 713

Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée. (Nahman de Braslaw)

*illustration de Claudio Acciari

Les mots de Julie S. 3

le 24 juillet

ton visage entre deux averses
il était une fois notre amour
ce puzzle sans queue ni tête
le cœur trop cuit
est-ce nos deltas ou nos labyrinthes
l’édition originale de ces millions d’années
est-ce bien la peine de chercher dans les lointaines
quand la mise à nu confond la mise en page

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de Malcolm T. Liepke

Ce que mots vous inspirent 712

Choisir, c’est nier son désir de multiplier les possibles. (Denis Vanier)

*toile signée Henry Straker

Les mots de Julie S. 2

le 20 juillet

le bruit n’est pas pareil
du rocher et de la plage sous la vague
mais tes silences
la même tache d’huile le même brouillard
de violet en plus sombre
au seuil de mon isolement
mais tes silences retournent l’amour comme un gant

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de Leonor Fini

Ce que mots vous inspirent 711

Les yeux voient et ne font rien d’autre. Les yeux ne veulent pas élucider le mystère. (J.M.G. Le Clézio)

*toile de Francesco Rustici

Les mots de Julie S. 1

le 27 juin

à tant t’aimer night and day t’aimer
à perte de vue
comme on épouse la blancheur des dunes où
nul panneau-réclame seulement
le temps sans fard
sans l’angoissant béton des rives
à tant t’aimer mon mal-jumeau
mon fardeau qui persiste
je n’entends battre que la lame toujours recommencée
qui me défait dans tes bras
malgré
le parfum calciné des meurtrissures
l’âcre exil sous le nickel
malgré
ce goût encore de craie
comme un étonnement successif
en chaque nœud chaque rail du regard
quelque part ô mon paradoxe je chancelle
au miroir des jours et à nu
je me déploie en toi
jusqu’à l’essoufflement de mes peurs ataviques
quand sans rappel
depuis des siècles aujourd’hui tu
m’enserres nourricière et l’épaule lascive vois-tu
et le piège et le rapt
de l’amour qui suppute l’amour à même le chaud
d’un désir à double tour
qui de l’autre infligera le face à face
et le martèlement de tes baisers tes baisers
tes baisers dans le halo
indéchiffrable et accumulé et charnel
du mirage de sel

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de William McGregor Paxton

Ce que mots vous inspirent 710

Si on se laisse aller au désespoir, on finit mangé par les rêves qu’on a vécus de travers. (Didier Van Cauwelaert)

*toile de George Dunlop Leslie