S’aimer sous la pluie
*pour les personnages d’Elisabeth Sonrel
Parce qu’on peut aimer Chopin et Johnny Clegg, on peut aussi aimer Charlotte Church et Joe Dassin. C’est ce que m’a affirmé la pianiste peinte par l’artiste québécois Daniel Plante, qui a choisi de rendre hommage à celui dont elle connaît pratiquement toutes les chansons par cœur, en compagnie de d’autres musiciens de toutes les époques.
Pourquoi aujourd’hui? Parce que Joe Dassin, qui aura toujours 40 ans et des poussières, est né un 5 novembre, et que nous sommes le 4. C’est donc avec lui que nous passerons ce dimanche. Parce que moi aussi je connais les paroles de ses chansons. Tout comme Hélène. Et puis Régis. Deux amoureux de la littérature et inconditionnels de Joe Dassin.
Et pour entamer cette journée qui lui est dédiée, voici son Piano mécanique.
Ne cesse pas, voix dansante, parole
De toutes murmurée, âme des mots
Qui et colore et dissipe les choses
Les soirs d’été où il n’est plus de nuit.
Voix qui porte de l’être dans l’apparence
Qui les mêle comme flocons de même neige,
Voix qui presque s’est tue, lorsque le rêve
Demanda trop et crut presque obtenir.
Et qui jouera à clore nos paupières
En se pressant riante contre nous,
Puis nous verrons ces signes sur le sable
Qu’égratigna en dansant son pied nu.
Yves Bonnefoy, Les planches courbes
*choix de la lectrice de Béla Czene
Les livres, ce qu’il déchira,
La page dévastée, mais la lumière
Sur la page, l’accroissement de la lumière,
Il comprit qu’il redevenait la page blanche.
Il sortit. La figure du monde, déchirée,
Lui parut d’une beauté autre, plus humaine.
La main du ciel cherchait sa main dans le jeu des ombres,
La pierre, où vous voyez que son nom s’efface,
S’entrouvrait, se faisait une parole.
Yves Bonnefoy, Les planches courbes
*choix de la lectrice de Julia Beck
Les fées nous endorment, nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous sans qu’elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé. (Jean Tétreau)
*illustration de Sonja Salinas
Nous nous étions fait don de l’innocence,
Elle a brûlé longtemps de rien que nos deux corps,
Et nos pas allaient nus dans l’herbe sans mémoire,
Nous étions l’illusion qu’on nomme souvenir.
Le feu naissant de soi, pourquoi vouloir
En rassembler les cendres désunies.
Au jour dit nous avons rendu ce que nous fûmes
À la flamme plus vaste du ciel du soir.
Yves Bonnefoy, Les planches courbes
*choix de la lectrice de George Van Hook
La soif du cœur ne s’apaise pas avec une goutte d’eau. (Mocharrafoddin Saadi)
*toile de Bryce Cameron Liston
Nos ombres devant nous, sur le chemin,
Avaient couleur, par la grâce de l’herbe,
Elles eurent rebond, contre des pierres.
Et des ombres d’oiseaux les effleuraient
En criant, ou bien s’attardaient, là où nos fronts
Se penchaient l’un vers l’autre, se touchant presque
Du fait de mots que nous voulions nous dire.
Yves Bonnefoy, Les planches courbes
*choix de la lectrice de Lindsay Goodwin
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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