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Sous silence 6

HELME (Helge) - 1

ce qui reste d’instinct
dans le désir de vivre
m’attend recroquevillé
au point de suspension

Isabelle Miron, Passée sous silence

*choix de la lectrice signée Helge Helme

Sous silence 5

HARRISON (Blake) - 7

les mots comme des courants d’air
dans la bouche

combler les trous
une fois pour toutes
colmater la vie
par laquelle je m’échappe

Isabelle Miron, Passée sous silence

*choix de la lectrice de Blake Harrison

Sous silence 4

HARRIS (Ronna S.) - 1

sur la rive une vague
m’apaise

remet sa voix
entre les mains ouvertes
des coquillages

Isabelle Miron, Passée sous silence

*choix de la lectrice de Ronna S. Harris

Sous silence 2

HADLEY (Zoe) - 7

que mes gestes se déposent
dans le repos
du consentement

que le silence recouvre
enfin
ma mémoire

Isabelle Miron, Passée sous silence

*choix de la lectrice de Zoe Hadley

Sous silence 1

HALLÉ (Charles Edward)

un seul geste
le désir de perdre pied
les mains sur l’horizon

le dos tendu entre la résolution
du départ et l’envie
de rester

ne pas mettre
mon poids dans la balance

Isabelle Miron, Passée sous silence

*choix de la lectrice de Charles Edward Hallé

Les vers de Medjé 5

MITCHELL (Steve)

Déchaînement

Ah, pourrai-je subir au-delà de ce jour
Ce terrible combat de sagesse et d’amour

De mon cœur en rumeur dans mon âme inquiète,
Lui devenu plus fort que le cri des tempêtes.

Hier frêle et soumis, il semblait un roseau
Cherchant l’appui du sol sous le poids de l’oiseau.

Le voici plein d’appels, de joie et de lumière;
Tout paraît débrider sa douceur coutumière.

Je ne sais plus les mots qu’il faut dire à ma chair,
À mes bras dénoués comme un branchage vert;

Je sens mon cœur voler vers ce qui le réclame :
Il n’est plus qu’un désir, une audace, une flamme.

Et tourmentée ainsi qu’une mer en remous,
J’ai peur de moment qui l’approche de Vous!

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice de Steve Mitchell

Les vers de Medjé 4

MAXENCE (Edgar) - 12

Silences lourds de joie

Jamais je n’aurai dit sa soyeuse paupière
Qui sur ma joue épandait sa douceur
Plus perfide à ma chair que le vent, la lumière,
Écartant de leurs doigts la tunique des fleurs.
Je n’aurai pas chanté d’un plaisir qui divague
L’attardement subtil des ailes de sa main,
Sa voix qui haletait comme un reflux de vague
Et dont l’onde roulait mon beau remords demain.
Car il disait : « Il faut que les âmes se touchent,
Que les destins soient épousés. »
Et moi, je songe au contour de sa bouche,
Au cri mouillé de ses baisers,
Et je n’ai point trouvé qu’il y eût en ce monde
Une parole plus sonore et plus profonde,
Qu’au jardin du Bonheur,
L’éboulement charnel de son cœur sur mon cœur!

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice d’Edgard Maxence

Les vers de Medjé 3

HERSCHEL (Otto) - 5

Le rêve apprivoisé

Mon rêve, laisse-moi pleurer près de ta joue.
Vois mon cœur endeuillé d’un sinueux chagrin
Qui s’afflige, s’éperle et glisse et tombe et joue
Sur tes doigts caressés par les humides grains
Du collier de ma peine, Ah, laisse sangloter
Contre ta tiède chair, ma pauvre âme en déroute
Plus douce en ce moment qu’une averse d’été.
Que ton regard est beau sur moi! Que je redoute
TA bouche qui veut boire, à ma bouche, mes pleurs!
Que j’ai peur, écoutant ta parole qui berce,
De ne plus savoir si je souffre de bonheur,
Ou si l’heure vraiment fut à ce point perverse!
J’ai dû longtemps souffrir, puisque je sais pleurer…
Ah, quel est donc ce cri de mon âme à la tienne,
Ce désarroi d’amante en mes bras apeurés,
En ma poitrine qui ne semble plus gardienne
De nos serments noués aux genoux de l’amour?
Pourquoi dois-je songer que ta main tant aimée,
Écartant mon destin, ébauche quelque jour
Le geste des adieux? À jamais abîmée,
Je sais que sans délai, sous le clair horizon
Qui chantera l’espoir à tes heures ravies,
Mes yeux plus désertés qu’une morte-saison
Regarderont partir ma vie avec ta Vie!

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice d’Otto Herschel

Les vers de Medjé 2

HEDLEY (Paul) - 2

Quand les roses seront mortes

Le rosier, triste, cœur broyé.
Aux abeilles a clos ses portes,
Car toutes les roses sont mortes
Au jour qui reste dépouillé.

La verte syringe de Pan
Murmure le sanglot des fées
Qui, de marjolaines coiffées,
Ont assoupi leurs pas dansants.

Un glas perlé tombe chagrin
Du clocheton d’une campanule;
La brise, telle un léger tulle,
S’effiloche sur le jardin.

Le soir s’enroule autour du treuil.
Veilleuse en traîne de pétales,
La lune très humaine est pâle;
L’ombre laisse flotter son deuil.

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice de Paul Hedley

Les vers de Medjé 1

HE (An) - 14

Jardin sous la pluie

Que je t’aime ce soir, musical Debussy,
Ô clair évocateur de ces jardins exquis
Où l’urne d’un nuage vient abreuver les roses.
Il pleut sur le jardin; les papillons moroses
Dorment leur cauchemar où veille le regret.
Le bolet, frissonnant dans l’air devenu frais,
Rabat son capuchon. Faisant un bruit de soie,
Les tiges sont des bras où circule la joie.
L’heure a tu le cri vert des oiseaux persifleurs.
L’arbuste, dont l’épaule est un amas de fleurs,
Secouant ses parfums, comme une oreille, écoute
Vibrer les entrechats de la nombreuse goutte,
L’herbe que méprisait le soleil outrageant
Se voit envelopper dans un ballet d’argent.
Ah! la ronde de joie où la feuille chavire!
Emmêlement d’odeurs, de frissons, de délire!
Un pétale fléchit, se renverse épuisé,
Petite bouche ayant reçu trop de baisers.
Car le cœur de la pluie est bien loin d’être sage!
L’allée et le gravois, le sol, le paysage
Croient voir se jouer un opéra libertin.
Mais la pluie inlassée assaille le jardin,
Où le désordre fou de ses pas qui s’embrouillent
Fait crever de plaisir la vasque et les gargouilles.

Medjé Vézina, Chaque heure a son visage

*choix de la lectrice d’An He