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Naissances 1

orpen 4

Elle lève les yeux et la brise s’arrête,
Elle baisse les yeux, la campagne s’étend,
Elle tourne la tête une rose se prend
Au piège et la voilà qui tourne aussi la tête
Et jusqu’à l’horizon plus rien n’est comme avant.

Jules Supervielle, Naissances

*choix de la lectrice de William Orpen

Mots et maux 4

ORONSKA (Katarzyna) - 19

Illusoire certitude

Ce soir, il fait nuit
et tu n’as pas de nom.

Serait-il possible
que rien ne me rende jamais plus
l’illusoire certitude que tu existes encore.

De t’aimer dans la clarté du jour
j’en arrive à t’attendre
passant du froid à la brûlure pourpre.

Et de cet amour en vain je te supplie
à la mesure de mon corps voyageur
de ne pas te voir et de t’aimer en aveugle.

J’ai regardé la lumière
les fugaces pendules des heures qui s’écoulent
au retour des oiseaux engourdis par le froid.

J’ai oublié peu à peu jusqu’à ton nom
où le prononcer aurait été te posséder.

Il est triste de comprendre que c’est cela
vivre sans larme, ni caresse, ni baiser.

Jean-François Sabourin, Mots et maux

*choix de la lectrice de Katarzyna Oronska

Mots et maux 3

OLESKIEWICZ (Jozef)

Les heures sont pressées

Les heures sont pressées
toi que je ne quitte pas des yeux
toi que je regarde aller
et venir dans mes pensées
c’est vrai, j’ai tort de vouloir mieux.

Ne te déplaise, je veille
à ce que nul fâcheux ne vienne
car je sais tout ce qui te déplaît
te voir est un bonheur
que je sais ne pas être complet.

Sans doute t’ai-je eu
sans doute t’ai-je bu
car la pensée est un vin
dont les rêveurs s’enivrent du parfum.

L’amour épanche sa propre mélodie
sans dire un mot
sans que l’on songe à toi
pourtant je suis pressé
que les heures pensées
me regardent autant
que tes yeux que je vois entièrement.

Jean-François Sabourin, Mots et maux

*choix de la lectrice de Jozef Oleszkiewicz

Mots et maux 2

LUKE (Bren) - 3

Le temps est éphémère

Les années vont
les années viennent
accélèrent
puis ralentissent
elles passent discrètement
puis jamais ne reviennent.

On peut en saisir de courts fragments
qui à leur tour
entre les doigts nous glissent
et à jamais s’enfuient.

Les années viennent
accélèrent
puis ralentissent
elles passent discrètement
puis jamais ne reviennent.

Jean-François Sabourin, Mots et maux

*choix de la lectrice de Bren Luke

Mots et maux 1

GORDON (Frank)

Hommage

À toutes les choses évanouies
à la vertu des lignes nues
à la lune qui se noie
au langage des étoiles
aux fruits abandonnés
dans la mémoire des arbres
à ceux qui émergent de l’obscur
au suicide de la lumière
aux lettres d’amour que personne jamais ne reçoit
à ceux que le temps
entraîne hors du temps
à l’étranger qui marche vers la nuit
aux êtres et aux choses
que les nommer plus personne n’ose
aux raisons que chacun a de vivre
à la maison qui se pose sur les ombres
à la beauté de toutes rencontres
au bonheur longtemps cherché
qui preste s’évanouit
à l’ultime porte franchie
aux remparts de la ville
à l’espoir qui en nous rejaillit
à ceux qui résistent encore
à la poésie qui nous rends humains
dans les poing fermé du monde.

Jean-François Sabourin, Mots et maux

*choix de la lectrice de Frank Gordon

La blessure 5

COLOMBA (Elizabeth) - 2

Qui parle de bonheur
A les yeux tristes
Le cœur brisé
Parce que être heureux
C’est devenir un poème
Que récitent les amants
Avant de se séparer

Tahar Ben Jelloun, Que la blessure se ferme

*choix de la lectrice d’Elizabeth Colomba

La blessure 4

COLIE WIGHT (Lea) - 10

Il a suffi d’un regard
Pour que la blessure se ferme
Et le cœur s’éclaire de la blancheur de la soie

Il a reçu plus que la lumière
La paix qui le fait entrer dans la terre
Et le silence dans lequel il s’est lové
Pour toujours

Tahar Ben Jelloun, Que la blessure se ferme

*choix de la lectrice de Lea Colie Wight

La blessure 2

CIUCURENCU (Alexandru) - 1

Le trait
Seulement le trait
Chemin vers la montagne qui s’élève
Voie vers le nu
Le dépouillé
Le renoncé
L’écriture à peine visible
Tombe les syllabes de la plume
Qui perd l’encre et le sang.

Tahar Ben Jelloun, Que la blessure se ferme

*choix de la lectrice d’Alexandre Ciucurencu

La blessure 1

ALPHONSE (Fritzner) - 2

Le silence de l’Aimée
Est un meurtre tranquille
Il blesse sans tuer
Il inquiète et fait monter la fièvre
C’est un mur froid qui avance
Broie ce qu’il rencontre
Le tout sans faire de bruit.

Tahar Ben Jelloun, Que la blessure se ferme

*choix de la lectrice de Fritzner Alphonse

Les poèmes d’Amaru 4

BUENO (Antonio)

Autrefois, nous ne formions qu’un corps;
Et puis tu fus l’amant,
Et moi, une amante désespérée;
Maintenant, tu es l’époux,
Je suis l’épouse. Quoi d’autre?
De ma vie misérable, dure comme un diamant,
Voilà le fruit!

Amaru, La Centurie

*choix de la lectrice d’Antonio Bueno