la bouche dans le flou
répond
à la secousse
au dernier lien
Louise Warren, Le plus petit espace
*choix de la lectrice d’Anne Archambault
la bouche dans le flou
répond
à la secousse
au dernier lien
Louise Warren, Le plus petit espace
*choix de la lectrice d’Anne Archambault
le pointillé
fin des reflets
les ratures déjà
l’affaissement du souffle
appelle
la nuit
Louise Warren, Le plus petit espace
*choix de la lectrice d’Éric Bourse
l’ombre sur le cœur
une indécision
calme inquiétant
sans réponse
enchevêtrement de fils
Louise Warren, Le plus petit espace
*choix de la lectrice de George Beare
magnétisme
de la distance
mots rayés
passerelle étroite
Louise Warren, Le plus petit espace
*choix de la lectrice d’Arathi Dharani
le poème
soutient le jour
de l’eau sur les ombres
des écailles
aux voix
je n’en sais pas plus
Louise Warren, Le plus petit espace
*choix de la lectrice de Lazar Krestin
Paris
Que de fois je regardai par la fenêtre en Amérique
Dans l’espoir que vînt à moi un paysage de France
Et c’est Paris qui fait irruption par la croisée
Avec les grandes foulées Notre-Dame de pierre
Il va traversant les siècles sans avoir à bouger même le petit doigt
Jusqu’à cette bordure frémissante d’écume
Qui forme le moment présent et fait battre notre cœur,
Paris et son brouhaha de chars mérovingiens, ses carrosses dorés, ses fiacres, ses automobiles de tous les âges,
Tout ce vacarme étouffé dans l’œuf par le silence intimidant de l’histoire,
Paris avec son pouls parfaitement régulier, sans la moindre intermittence
Malgré les catastrophes traversées
Paris retrouvé par un homme qui te regarde du fond de sa chambre et de son coeur
Fidèle à ton ciel où déambulent de grands mages infidèles
Folle bande versatile qui passerait facilement à l’ennemi.
Chut! le ciel n’a pas de patrie
Et c’est peut-être ce qui fait sa grandeur,
L’intimité de son accueil à la profondeur saisissable
Où vont et viennent les âmes nues et naissent les ailes des anges.
Jules Supervielle, Naissances
*choix de la lectrice de Susan Paradise
L’âme déréglée est comme un tonneau percé à cause de sa nature insatiable. (Socrate)
*toile de Gérard Capron
Qu’il nous est difficile
De trouver un abri
Même dans notre cœur
Toute la place est prise.
Et toute la chaleur.
Jules Supervielle, Naissances
*choix de la lectrice de Padu
Le visage
Pour affronter le ciel il me faut un visage
Qui ne ressemble au mien que par le vif des yeux
Et pour gravir la nuit j’ai besoin de ce bleu,
Ce souvenir du jour et de ma mère sage
Blottie entre mes cils avec tant de pudeur
Que nul ne pense à elle en voyant leur couleur.
Elle sait être moi avec tant de patience
Qu’elle aime à se confondre avec mon ignorance
Et l’on ne songe pas que je ne suis pas seul
À vouloir m’élancer au puits sans fond du ciel.
Pardon de n’avoir su, ô douce ressemblance,
Imiter ta pudeur ni garder ton silence.
Jules Supervielle, Naissances
*choix de la lectrice d’Aimée Pagès
Les golfes aux beaux noms, les collines légères,
En limpide appareil se présentent à moi,
La mer remplit les creux et le ciel bleu reçoit
Ce qui se fait de plus en plus aigu, les passagères
Hirondelles volant de climat en émoi.
Mais serais-je certain d’en avoir vu aucune
Moi qui pense toujours à celles qui viendront
Ou ne seront jamais possibles que de nom,
Puisque je les vois même errantes sous la lune,
Oiseaux de jour perdus dans mes ombres sans fond.
Jules Supervielle, Naissances
*choix de la lectrice d’Helen O’Sullivan
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