Lali

14 décembre 2014

Âme sauvage 1

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BASHMAKOV (Evgeny) - 3

Boulevard des maladresses

Le boulevard des maladresses
charrie des vents miteux
et les ficelles à terre
dans les rues de Bruxelles
J’y ai perdu une bague
un anneau de Saturne
ainsi que toi
Thomas

Angéline Neveu, Âme sauvage

*choix de la lectrice d’Evgeny Bashmakov

L’art d’être grand-père 10

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STORY (George Henry) - 2

Je prendrai par la main les deux petits enfants;
J’aime les bois où sont les chevreuils et les faons,
Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches
Et se dressent dans l’ombre effrayés par les branches;
Car les fauves sont pleins d’une telle vapeur
Que le frais tremblement des feuilles leur fait peur.
Les arbres ont cela de profond qu’ils vous montrent
Que l’éden seul est vrai, que les cœurs s’y rencontrent,
Et que, hors les amours et les nids, tout est vain;
Théocrite souvent dans le hallier divin
Crut entendre marcher doucement la ménade.
C’est là que je ferai ma lente promenade
Avec les deux marmots. J’entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour,
Et ce que Jeanne enseigne à George. En patriarche
Que mènent les enfants, je réglerai ma marche
Sur le temps que prendront leurs jeux et leurs repas,
Et sur la petitesse aimable de leurs pas.
Ils cueilleront des fleurs, ils mangeront des mûres.
Ô vaste apaisement des forêts! ô murmures!
Avril vient calmer tout, venant tout embaumer.
Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile de George Henry Story

L’art d’être grand-père 9

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THORPE (Freeman) - 1

Tout rayonne, tout luit, tout aime, tout est doux;
Les oiseaux semblent d’air et de lumière fous;
L’âme dans l’infini croit voir un grand sourire.
À quoi bon exiler, rois? à quoi bon proscrire?
Proscrivez-vous l’été? m’exilez-vous des fleurs?
Pouvez-vous empêcher les souffles, les chaleurs,
Les clartés, d’être là, sans joug, sans fin, sans nombre,
Et de me faire fête, à moi banni, dans l’ombre?
Pouvez-vous m’amoindrir les grands flots haletants,
L’océan, la joyeuse écume, le printemps
Jetant les parfums comme un prodigue en démence,
Et m’ôter un rayon de ce soleil immense?
Non. Et je vous pardonne. Allez, trônez, vivez,
Et tâchez d’être rois longtemps, si vous pouvez.
Moi, pendant ce temps-là, je maraude, et je cueille,
Comme vous un empire, un brin de chèvrefeuille,
Et je l’emporte, ayant pour conquête une fleur.
Quand, au-dessus de moi, dans l’arbre, un querelleur,
Un mâle, cherche noise à sa douce femelle,
Ce n’est pas mon affaire et pourtant je m’en mêle,
Je dis : Paix là, messieurs les oiseaux, dans les bois!
Je les réconcilie avec ma grosse voix;
Un peu de peur qu’on fait aux amants les rapproche.
Je n’ai point de ruisseau, de torrent, ni de roche;
Mon gazon est étroit, et, tout près de la mer,
Mon bassin n’est pas grand, mais il n’est pas amer.
Ce coin de terre est humble et me plaît; car l’espace
Est sur ma tête, et l’astre y brille, et l’aigle y passe,
Et le vaste Borée y plane éperdument.
Ce parterre modeste et ce haut firmament
Sont à moi; ces bouquets, ces feuillages, cette herbe
M’aiment, et je sens croître en moi l’oubli superbe.
Je voudrais bien savoir comment je m’y prendrais
Pour me souvenir, moi l’hôte de ces forêts
Qu’il est quelqu’un, là-bas, au loin, sur cette terre,
Qui s’amuse à proscrire, et règne, et fait la guerre,
Puisque je suis là seul devant l’immensité,
Et puisqu’ayant sur moi le profond ciel d’été
Où le vent souffle avec la douceur d’une lyre,
J’entends dans le jardin les petits enfants rire.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile de Freeman Thorpe

L’art d’être grand-père 8

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(c) Celia Haddon and Jill McAree; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Le brouillard est froid, la bruyère est grise;
Les troupeaux de bœufs vont aux abreuvoirs;
La lune, sortant des nuages noirs,
Semble une clarté qui vient par surprise.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Le voyageur marche et la lande est brune;
Une ombre est derrière, une ombre est devant;
Blancheur au couchant, lueur au levant;
Ici crépuscule, et là clair de lune.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

La sorcière assise allonge sa lippe;
L’araignée accroche au toit son filet;
Le lutin reluit dans le feu follet
Comme un pistil d’or dans une tulipe.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

On voit sur la mer des chasse-marées;
Le naufrage guette un mât frissonnant;
Le vent dit : demain! l’eau dit : maintenant!
Les voix qu’on entend sont désespérées.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Le coche qui va d’Avranche à Fougère
Fait claquer son fouet comme un vif éclair;
Voici le moment où flottent dans l’air
Tous ces bruits confus que l’ombre exagère.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Dans les bois profonds brillent des flambées;
Un vieux cimetière est sur un sommet;
Où Dieu trouve-t-il tout ce noir qu’il met
Dans les cœurs brisés et les nuits tombées?

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Des flaques d’argent tremblent sur les sables;
L’orfraie est au bord des talus crayeux;
Le pâtre, à travers le vent, suit des yeux
Le vol monstrueux et vague des diables.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Un panache gris sort des cheminées;
Le bûcheron passe avec son fardeau;
On entend, parmi le bruit des cours d’eau,
Des frémissements de branches traînées.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

La faim fait rêver les grands loups moroses;
La rivière court, le nuage fuit;
Derrière la vitre où la lampe luit,
Les petits enfants ont des têtes roses.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile de Joyce Haddon

L’art d’être grand-père 7

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GRASSI (Alfonso) - 5

Le matin – En dormant.

J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près! plus loin! non, par ici!
Non, par là! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile d’Alfonso Grassi

L’art d’être grand-père 6

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HOFFMAN (Oskar)

Pourquoi donc s’en est-il allé, le doux amour?
Ils viennent un moment nous faire un peu de jour,
Puis partent. Ces enfants, que nous croyons les nôtres,
Sont à quelqu’un qui n’est pas nous. Mais les deux autres,
Tu ne les vois donc pas, vieillard? Oui, je les vois,
Tous les deux. Ils sont deux, ils pourraient être trois.
Voici l’heure d’aller se promener dans l’ombre
Des grands bois, pleins d’oiseaux dont Dieu seul sait le nombre
Et qui s’envoleront aussi dans l’inconnu.

Il a son chapeau blanc, elle montre un pied nu,
Tous deux sont côte à côte; on marche à l’aventure,
Et le ciel brille, et moi je pousse la voiture.
Toute la plaine en fleur a l’air d’un paradis;
Le lézard court au pied des vieux saules, tandis
Qu’au bout des branches vient chanter le rouge-gorge.
Mademoiselle Jeanne a quinze mois, et George
En a trente; il la garde; il est l’homme complet;
Des filles comme ça font son bonheur; il est
Dans l’admiration de ces jolis doigts roses,
Leur compare, en disant toutes sortes de choses,
Ses grosses mains à lui qui vont avoir trois ans,
Et rit; il montre Jeanne en route aux paysans.
Ah dame! il marche, lui; cette mioche se traîne;
Et Jeanne rit de voir Georges rire; une reine
Sur un trône, c’est là Jeanne dans son panier;
Elle est belle; et le chêne en parle au marronnier,
Et l’orme la salue et la montre à l’érable,
Tant sous le ciel profond l’enfance est vénérable.
George a le sentiment de sa grandeur; il rit
Mais il protège, et Jeanne a foi dans son esprit;
Georges surveille avec un air assez farouche
Cette enfant qui parfois met un doigt dans sa bouche;
Les sentiers sont confus et nous nous embrouillons.
Comme tout le bois sombre est plein de papillons,
Courons, dit Georges. Il veut descendre. Jeanne est gaie.
Avec eux je chancelle, avec eux je bégaie.
Oh! l’adorable joie, et comme ils sont charmants!
Quel hymne auguste au fond de leurs gazouillements!
Jeanne voudrait avoir tous les oiseaux qui passent;
Georges vide un pantin dont les ressorts se cassent,
Et médite; et tous deux jasent; leurs cris joyeux
Semblent faire partout dans l’ombre ouvrir des yeux;
Gorges, tout en mangeant des nèfles et des pommes,
M’apporte son jouet; moi qui connais les hommes
Mieux que Georges, et qui sait les secrets du destin,
Je raccommode avec un fil son vieux pantin.
Mon Georges, ne va pas dans l’herbe; elle est trempée.
Et le vent berce l’arbre, et Jeanne sa poupée.
On sent Dieu dans ce bois pensif dont la douceur
Se mêle à la gaîté du frère et de la sœur;
Nous obéissons, Jeanne et moi, Georges commande;
La nourrice leur chante une chanson normande,
De celles qu’on entend le soir sur les chemins,
Et Georges bat du pied, et Jeanne bat des mains.
Et je m’épanouis à leurs divins vacarmes,
Je ris; mais vous voyez sous mon rire mes larmes,
Vieux arbres, n’est-ce pas? et vous n’avez pas cru
Que j’oublierai jamais le petit disparu.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile d’Oskar Hoffmann

L’art d’être grand-père 5

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SPENCELAYH (Charles) - 10

Tout est pris d’un frisson subit.
L’hiver s’enfuit et se dérobe.
L’année ôte son vieil habit;
La terre met sa belle robe.

Tout est nouveau, tout est debout;
L’adolescence est dans les plaines;
La beauté du diable, partout,
Rayonne et se mire aux fontaines.

L’arbre est coquet; parmi les fleurs
C’est à qui sera la plus belle;
Toutes étalent leurs couleurs,
Et les plus laides ont du zèle.

Le bouquet jaillit du rocher;
L’air baise les feuilles légères;
Juin rit de voir s’endimancher
Le petit peuple des fougères.

C’est une fête en vérité,
Fête où vient le chardon, ce rustre;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés.
Le faucheur dort sous la cépée;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.

Oui chante là? Le rossignol.
Les chrysalides sont parties.
Le ver de terre a pris son vol
Et jeté le froc aux orties;

L’aragne sur l’eau fait des ronds;
Ô ciel bleu! l’ombre est sous la treille;
Le jonc tremble, et les moucherons
Viennent vous parler à l’oreille;

On voit rôder l’abeille à jeun,
La guêpe court, le frelon guette;
A tous ces buveurs de parfum
Le printemps ouvre sa guinguette.

Le bourdon, aux excès enclin,
Entre en chiffonnant sa chemise;
Un oeillet est un verre plein,
Un lys est une nappe mise.

La mouche boit le vermillon
Et l’or dans les fleurs demi-closes,
Et l’ivrogne est le papillon,
Et les cabarets sont les roses.

De joie et d’extase on s’emplit,
L’ivresse, c’est la délivrance;
Sur aucune fleur on ne lit :
Société de tempérance.

Le faste providentiel
Partout brille, éclate et s’épanche,
Et l’unique livre, le ciel,
Est par l’aube doré sur tranche.

Enfants, dans vos yeux éclatants
Je crois voir l’empyrée éclore;
Vous riez comme le printemps
Et vous pleurez comme l’aurore.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile de Charles Spencelayh

En vos mots 401

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ZIBER (Denis) - 2

Rien ne va plus! Le père Noël aurait été vu par l’artiste Denis Ziber en train de se reposer au lieu de répondre au courrier des enfants, de diriger l’usine des jouets et de s’occuper de ses rennes afin qu’ils soient en forme pour leur grande tournée… Mais ça n’a pas de sens. Qu’est-il donc arrivé à ce bon vieux père Noël pour qu’il semble avoir oublié qu’il n’a que 10 jours devant lui pour tout préparer?

À vous de nous dire en vos mots ce qui est arrivé, commentaires que nous lirons dans sept jours et pas avant, comme le veut l’habitude.

D’ici là, bonne semaine et bonnes dernières courses des fêtes!

L’art d’être grand-père 4

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ROBINSON (Artie)

Je veille. Ne crains rien. J’attends que tu t’endormes.
Les anges sur ton front viendront poser leurs bouches.
Je ne veux pas sur toi d’un rêve ayant des formes
Farouches;

Je veux qu’en te voyant là, ta main dans la mienne,
Le vent change son bruit d’orage en bruit de lyre.
Et que sur ton sommeil la sinistre nuit vienne
Sourire.

Le poète est penché sur les berceaux qui tremblent;
Il leur parle, il leur dit tout bas de tendres choses,
Il est leur amoureux, et ses chansons ressemblent
Aux roses.

Il est plus pur qu’avril embaumant la pelouse
Et que mai dont l’oiseau vient piller la corbeille;
Sa voix est un frisson d’âme, à rendre jalouse
L’abeille;

Il adore ces nids de soie et de dentelles;
Son cœur a des gaîtés dans la fraîche demeure
Qui font rire aux éclats avec des douceurs telles
Qu’on pleure;

Il est le bon semeur des fraîches allégresses;
Il rit. Mais si les rois et leurs valets sans nombre
Viennent, s’il voit briller des prunelles tigresses
Dans l’ombre,

S’il voit du Vatican, de Berlin ou de Vienne
Sortir un guet-apens, une horde, une bible,
Il se dresse, il n’en faut pas plus pour qu’il devienne
Terrible.

S’il voit ce basilic, Rome, ou cette araignée,
Ignace, ou ce vautour, Bismarck, faire leur crime,
Il gronde, il sent monter dans sa strophe indignée
L’abîme.

C’est dit. Plus de chansons. L’avenir qu’il réclame,
Les peuples et leur droit, les rois et leur bravade,
Sont comme un tourbillon de tempête où cette âme
S’évade.

Il accourt. Reviens, France, à ta fierté première!
Délivrance! Et l’on voit cet homme qui se lève
Ayant Dieu dans le cœur et dans l’œil la lumière
Du glaive.

Et sa pensée, errante alors comme les proues
Dans l’onde et les drapeaux dans les noires mêlées,
Est un immense char d’aurore avec des roues
Ailées.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*toile d’Artie Robinson

L’art d’être grand-père 3

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SAFAR (Lina)

Elle fait au milieu du jour son petit somme;
Car l’enfant a besoin du rêve plus que l’homme,
Cette terre est si laide alors qu’on vient du ciel!
L’enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titania, les fées,
Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.
Oh! comme nous serions surpris si nous voyions,
Au fond de ce sommeil sacré, plein de rayons,
Ces paradis ouverts dans l’ombre, et ces passages
D’étoiles qui font signe aux enfants d’être sages,
Ces apparitions, ces éblouissements!
Donc, à l’heure où les feux du soleil sont calmants,
Quand toute la nature écoute et se recueille,
Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille
La plus tremblante oublie un instant de frémir,
Jeanne a cette habitude aimable de dormir;
Et la mère un moment respire et se repose,
Car on se lasse, même à servir une rose.
Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr
Dorment; et son berceau, qu’entoure un vague azur
Ainsi qu’une auréole entoure une immortelle,
Semble un nuage fait avec de la dentelle;
On croit, en la voyant dans ce frais berceau-là,
Voir une lueur rose au fond d’un falbala;
On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,
Et c’est un astre, ayant de plus la petitesse;
L’ombre, amoureuse d’elle, a l’air de l’adorer;
Le vent retient son souffle et n’ose respirer.
Soudain, dans l’humble et chaste alcôve maternelle,
Versant tout le matin qu’elle a dans sa prunelle,
Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,
Agite un pied, puis l’autre, et, si divinement
Que des fronts dans l’azur se penchent pour l’entendre,
Elle gazouille… – Alors, de sa voix la plus tendre,
Couvrant des yeux l’enfant que Dieu fait rayonner,
Cherchant le plus doux nom qu’elle puisse donner
À sa joie, à son ange en fleur, à sa chimère :
– Te voilà réveillée, horreur! lui dit sa mère.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père

*illustration de Lina Safar

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