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Ce que mots vous inspirent 1080

L’art lave notre âme de la poussière du quotidien. (Pablo Picasso)

*toile signée Harold Harvey

Les vers de Mélina 1

l’euphorie
recouvre
la mémoire

temps suspendus

Mélina Bernier, Amour debout

*choix de la lectrice d’Armand Rassenfosse

Huit personnages en quête d’une autre vie

vertiges

Qui était présent au Lion d’Or en septembre dernier pour J’attends tes lèvres pour chanter, une soirée animée par Tristan Malavoy dans le cadre du Festival international de la littérature, n’a peut-être pas été emballé par l’événement déployé à partir d’une belle idée, mais mal exploitée. Mais il se souvient encore de ce que Fredric Gary Comeau a raconté de son premier roman. Si bien qu’il n’avait plus qu’une idée en tête : lire Vertiges.

Ceux qui, comme moi, appréciaient déjà les textes de ses chansons et ses poèmes, attendaient ce roman depuis que sa parution avait été annoncée sans même savoir ce que le poète acadien avait bien pu écrire. Simplement parce qu’ils aimaient ses mots, ses tournures de phrases, ses regards. De telle sorte que, quand ils ont appris que Fredric Gary Comeau s’était servi comme point de départ d’un geste qui datait de vingt ans, les fans du chansonnier et ceux qui étaient au Lion d’Or n’aspiraient plus qu’à la lecture de son premier roman.

Et quel roman! Chevelu, décousu, mais ordonné, à la mesure de la démesure des personnages, en commençant par Hope, dont la mère a trouvé, enterré dans le sable du désert du Nouveau-Mexique, un recueil de poèmes, et qui croit dur comme fer que son auteur est l’homme destinée à sa fille, Vertiges peut donner le vertige. Du moins, au début, quand l’auteur nous les présente au moyen de courtes histoires afin que nous comprenions qui est qui et quels liens directs ou directs peuvent mener de l’un à l’autre.

Ils sont sept en plus de Hope. Donc, huit en tout à vivre des vies parallèles. Huit personnages dont l’auteur a choisi de dessiner les contours pour donner le ton, le rythme, l’ambiance et la couleur au roman. Huit personnages qui n’ont rien de banal, d’ordinaire ou de raisonnable. Huit individus au bord du précipice, prêts à sauter ou pas.

Bâti comme un jeu de pistes, le roman a quelque chose de troublant si on accepte de jouer le jeu, d’aller dans toutes les directions à la fois, de suivre les pistes qui mènent nulle part ou partout. Si on s’aventure dans les pas de Hope pour trouver ce qu’elle cherche sans le savoir.

Mais Hope nous glisse entre les mains. Elle est ailleurs. Ou tout près. Incapable de faire des choix. Se laissant porter par les événements, les signes, les rencontres. « Elle voudrait vivre d’images et mourir de silence. » Mais comment y arrive-t-on si jamais c’est possible?

C’est ce que révèle Vertiges en fin de course, par une chute quelque peu inattendue, après une chevauchée poétique de l’univers, là où se croise le réel et l’imaginaire. Là où se dissimulent toutes les raisons évidentes. Là où éclatent celles qui le sont beaucoup moins. Ce n’est pas tous les jours que quelqu’un déterre un recueil de poèmes enfoui sous le sable depuis deux ans

Vertiges devrait faire de nombreuses conquêtes. Ici comme en France où Fredric Gary Comeau a reçu le prix Jacques-Cartier du roman et de la nouvelle de langue française il y a trois semaines.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

logo-challenge-tous-prix Titre valable pour le Challenge à tous prix

Un artiste indien à découvrir

ASOK - 1

ASOK - 2

Originaire de Kolkata, il signe ses œuvres digitales MindPrintz. Découvrez le reste de l’univers d’Asok en cliquant ici.

Ce que mots vous inspirent 1079

Les nuages épars
nous reposent
d’admirer la lune

(Bashô Matsuo)

*toile d’Igor Morski

Nord perdu 3

telle une dune venteuse
en travers de ma route

le désert grince des dents

unique mirage
la tendresse

Marie Dupuis, Le soleil a perdu le nord

*choix de la lectrice de Carlo Francesco Nuvolone

Rencontres improbables

lesarbresvoyagentlanuit

Il était une fois cinq personnages : quatre bien réels, de trois générations différentes, et un autre, une absente sans qui les quatre autres ne se trouveraient pas un jour réunis. Tout ça parce qu’un jour une petite fille qui parlait aux chats et aux fourmis donna envie à un professeur de français retraité et un peu bourru de sortir de son mutisme.

Manon ne cherchait pourtant pas à attirer l’attention. Elle voulait seulement que sa mère revienne. Qu’elle ne l’ait pas abandonnée pour toujours. Car elle a besoin d’elle, comme en a aussi besoin ce père à la dérive qui ne se lave plus, boit de la bière toute la journée et guette tout message éventuel de celle qui est partie. En vain.

Manon était triste, mais elle se disait que si elle caressait le dos des chats de la bonne manière et un nombre adéquat de fois, sa mère finirait bien par rentrer à la maison. Et le vieil Anatole qui se croyait revenu de tout et surtout pas prêt à créer des liens avec son entourage devient pour elle l’aviateur qui dessinait des moutons alors qu’elle se sentait proche du Petit prince. Car, soir après soir, il s’assoit près d’elle, sur son banc, afin de lui lire le plus connu et le plus universel d’Antoine de Saint-Exupéry. Ce qui ne fait pas nécessairement le bonheur de Sophie, la tante de Manon, voisine d’immeuble elle aussi, qui a à l’œil le vieil homme dont elle ne comprend pas vraiment les motivations jusqu’à ce qu’il lui dise qu’il trouve en Manon l’enfant abandonné par son père qu’il a été.

Tandis que l’aîné et la benjamine s’apprivoisent au point d’en devenir presque inséparables, Pierre, le père de Manon, continue de sombrer, ne remarquant rien de ce qui n’est pas son propre chagrin. Jusqu’à ce qu’arrivent du Maroc deux lettres d’Anaïs, l’une adressée à son mari, l’autre à sa fille et que Pierre considèrent celles-ci un appel, ce qui le poussera, du jour au lendemain, à quitter Nantes en compagnie des trois autres, afin de retrouver cette femme qui est partie sur ce qu’ils croient être un coup de tête.

Construit à partir de scènes entre deux personnages à la fois, qui s’imbriquent les unes dans les autres pour nous livrer un ensemble lumineux malgré ses zones d’ombre, le roman d’Aude Le Corff est vibrant, tendre et terriblement émouvant. Notamment parce qu’il réunit des personnages attachants et propose des rencontres improbables qui n’en deviennent que plus fortes parce qu’elles surviennent. Et aussi à cause des interventions littéraires d’Anatole, toujours à propos, lesquelles mettent entre autres en lumière un poète méconnu, un écrivain enterré au Maroc et Saint-Exupéry.

Qui en lira les premières pages ne pourra plus quitter Les arbres voyagent la nuit tant il sera tout de suite séduit par Manon et tant il aura envie d’en savoir plus sur Anatole. Et plus il avancera dans sa lecture, plus il sera captivé par l’écriture efficace de l’auteur qui, en peu de mots, touche au but : nous toucher.

Il me reste tout de même un souhait à formuler : puisse Aude Le Corff continuer à écrire et ne soit pas celle d’un seul roman, aussi réussi soit-il.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

Chansons charmantes

chansons charmantes

Il y a quelques mois, je vous ai fait part de mon coup de foudre pour le premier album de Marie-Noëlle Claveau intitulé Sailing.

Pour tout vous dire, je crois que son tout nouvel opus consacré aux chansons de Fernand Robidoux est encore plus réussi. Vous n’aurez pas le choix : vous tomberez sous le charme. Dès que vous entendrez ces deux titres.


C’était écrit


Encore,chéri

Alors? Vous n’êtes plus là? En route pour vous l’acheter? Je me doutais bien que vous ne pourriez pas résister.

Ce que mots vous inspirent 1078

Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. (Pierre Lemaître)

*toile de Vincent Giarrano

Nord perdu 2

ta promesse
entre cuir et chair
tes mots épars grugés
par les pétales d’une marguerite

les miens
hors de leur chrysalide
décharnés lents à réfléchir
ne sont que brèches et écorchures

calot en coin
sur le milieu de la trame
j’efface la ligne
mon crayon perd ses doigts

l’ombre sèche
l’encre aussi

la suite
toujours solitaire

Marie Dupuis, Le soleil a perdu le nord

*choix de la lectrice d’Elanor Colburn