Lali

16 décembre 2013

Rencontres improbables

Filed under: À livres ouverts — Lali @ 20:36

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Il était une fois cinq personnages : quatre bien réels, de trois générations différentes, et un autre, une absente sans qui les quatre autres ne se trouveraient pas un jour réunis. Tout ça parce qu’un jour une petite fille qui parlait aux chats et aux fourmis donna envie à un professeur de français retraité et un peu bourru de sortir de son mutisme.

Manon ne cherchait pourtant pas à attirer l’attention. Elle voulait seulement que sa mère revienne. Qu’elle ne l’ait pas abandonnée pour toujours. Car elle a besoin d’elle, comme en a aussi besoin ce père à la dérive qui ne se lave plus, boit de la bière toute la journée et guette tout message éventuel de celle qui est partie. En vain.

Manon était triste, mais elle se disait que si elle caressait le dos des chats de la bonne manière et un nombre adéquat de fois, sa mère finirait bien par rentrer à la maison. Et le vieil Anatole qui se croyait revenu de tout et surtout pas prêt à créer des liens avec son entourage devient pour elle l’aviateur qui dessinait des moutons alors qu’elle se sentait proche du Petit prince. Car, soir après soir, il s’assoit près d’elle, sur son banc, afin de lui lire le plus connu et le plus universel d’Antoine de Saint-Exupéry. Ce qui ne fait pas nécessairement le bonheur de Sophie, la tante de Manon, voisine d’immeuble elle aussi, qui a à l’œil le vieil homme dont elle ne comprend pas vraiment les motivations jusqu’à ce qu’il lui dise qu’il trouve en Manon l’enfant abandonné par son père qu’il a été.

Tandis que l’aîné et la benjamine s’apprivoisent au point d’en devenir presque inséparables, Pierre, le père de Manon, continue de sombrer, ne remarquant rien de ce qui n’est pas son propre chagrin. Jusqu’à ce qu’arrivent du Maroc deux lettres d’Anaïs, l’une adressée à son mari, l’autre à sa fille et que Pierre considèrent celles-ci un appel, ce qui le poussera, du jour au lendemain, à quitter Nantes en compagnie des trois autres, afin de retrouver cette femme qui est partie sur ce qu’ils croient être un coup de tête.

Construit à partir de scènes entre deux personnages à la fois, qui s’imbriquent les unes dans les autres pour nous livrer un ensemble lumineux malgré ses zones d’ombre, le roman d’Aude Le Corff est vibrant, tendre et terriblement émouvant. Notamment parce qu’il réunit des personnages attachants et propose des rencontres improbables qui n’en deviennent que plus fortes parce qu’elles surviennent. Et aussi à cause des interventions littéraires d’Anatole, toujours à propos, lesquelles mettent entre autres en lumière un poète méconnu, un écrivain enterré au Maroc et Saint-Exupéry.

Qui en lira les premières pages ne pourra plus quitter Les arbres voyagent la nuit tant il sera tout de suite séduit par Manon et tant il aura envie d’en savoir plus sur Anatole. Et plus il avancera dans sa lecture, plus il sera captivé par l’écriture efficace de l’auteur qui, en peu de mots, touche au but : nous toucher.

Il me reste tout de même un souhait à formuler : puisse Aude Le Corff continuer à écrire et ne soit pas celle d’un seul roman, aussi réussi soit-il.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

Un commentaire »

  1. J’espère le croiser en bibliothèque !

    Comment by Anne — 18 décembre 2013 @ 11:54

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