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Émaux et camées 2

Tristesse en mer

Les mouettes volent et jouent;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l’air.

Le jour tombe; une fine pluie
Éteint les fournaises du soir,
Et le steam-boat crachant la suie
Rabat son long panache noir.

Plus pâle que le ciel livide
Je vais au pays du charbon,
Du brouillard et du suicide;
– Pour se tuer le temps est bon.

Mon désir avide se noie
Dans le gouffre amer qui blanchit;
Le vaisseau danse, l’eau tournoie,
Le vent de plus en plus fraîchit.

Oh ! je me sens l’âme navrée;
L’Océan gonfle, en soupirant,
Sa poitrine désespérée,
Comme un ami qui me comprend.

Allons, peines d’amour perdues,
Espoirs lassés, illusions
Du socle idéal descendues,
Un saut dans les moites sillons!

A la mer, souffrances passées,
Qui revenez toujours, pressant
Vos blessures cicatrisées
Pour leur faire pleurer du sang!

À la mer, spectre de mes rêves,
Regrets aux mortelles pâleurs
Dans un cœur rouge ayant sept glaives,
Comme la mère des douleurs.

Chaque fantôme plonge et lutte
Quelques instants avec le flot
Qui sur lui ferme sa volute
Et l’engloutit dans un sanglot.

Lest de l’âme, pesant bagage,
Trésors misérables et chers,
Sombrez, et dans votre naufrage
Je vais vous suivre au fond des mers.

Bleuâtre, enflé, méconnaissable,
Bercé par le flot qui bruit,
Sur l’humide oreiller du sable
Je dormirai bien cette nuit!

… Mais une femme dans sa mante
Sur le pont assise à l’écart,
Une femme jeune et charmante
Lève vers moi son regard,

Dans ce regard, à ma détresse
La Sympathie à bras ouverts
Parle et sourit, sœur ou maîtresse,
Salut, yeux bleus! bonsoir, flots verts!

Les mouettes voient et jouent;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l’air.

Théophile Gautier, Émaux et camées

*choix de la lectrice de Tony Codd

Bon pour la poubelle

Je n’imaginais pas qu’il puisse exister des livres aussi négatifs et aussi laids que J’aime pas dire bonjour (texte de Carole Zalberg illustré par Boll) qui nous décrit chacun des membres d’une famille qui sont tous plus laids et désagréables les uns que les autres. Pour toutes sortes de raisons. L’un est vieux, d’autres sont gros, une autre aime passer sa main dans les cheveux des enfants alors qu’une autre porte du rouge à lèvres.

Bref, aucun membre de sa famille ne mérite un bonjour ou des bisous tant ils sont immondes aux yeux de l’enfant narrateur.

Et c’est comme ça qu’on va apprendre aux enfants à accepter les différences et à être tolérants?

Non, décidément, il n’y a qu’un endroit pour un tel objet : la poubelle.

Un après-midi en Mauricie 3

Ainsi se termine ce très agréable après-midi à Notre-Dame-du-Mont-Carmel chez Marie-Josée et Luc qui nous ont accueillis si chaleureusement Chantal, Sylvio et moi que nous avons oublié qu’il pleuvait!

Ce que mots vous inspirent 769

La reconnaissance est quelquefois un chemin de traverse. (Amédée Achard)

*toile de Georgette Piccon

Émaux et camées 1

Symphonie en blanc majeur

De leur col blanc courbant les lignes,
On voit dans les contes du Nord,
Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes
Nager en chantant près du bord,

Ou, suspendant à quelque branche
Le plumage qui les revêt,
Faire luire leur peau plus blanche
Que la neige de leur duvet.

De ces femmes il en est une,
Qui chez nous descend quelquefois,
Blanche comme le clair de lune
Sur les glaciers dans les cieux froids;

Conviant la vue enivrée
De sa boréale fraîcheur
A des régals de chair nacrée,
A des débauches de blancheur!

Son sein, neige moulée en globe,
Contre les camélias blancs
Et le blanc satin de sa robe
Soutient des combats insolents.

Dans ces grandes batailles blanches,
Satins et fleurs ont le dessous,
Et, sans demander leurs revanches,
Jaunissent comme des jaloux.

Sur les blancheurs de son épaule,
Paros au grain éblouissant,
Comme dans une nuit du pôle,
Un givre invisible descend.

De quel mica de neige vierge,
De quelle moelle de roseau,
De quelle hostie et de quel cierge
A-t-on fait le blanc de sa peau?

A-t-on pris la goutte lactée
Tachant l’azur du ciel d’hiver,
Le lis à la pulpe argentée,
La blanche écume de la mer;

Le marbre blanc, chair froide et pâle,
Où vivent les divinités;
L’argent mat, la laiteuse opale
Qu’irisent de vagues clartés;

L’ivoire, où ses mains ont des ailes,
Et, comme des papillons blancs,
Sur la pointe des notes frêles
Suspendent leurs baisers tremblants;

L’hermine vierge de souillure,
Qui pour abriter leurs frissons,
Ouate de sa blanche fourrure
Les épaules et les blasons;

Le vif-argent aux fleurs fantasques
Dont les vitraux sont ramagés;
Les blanches dentelles des vasques,
Pleurs de l’ondine en l’air figés;

L’aubépine de mai qui plie
Sous les blancs frimas de ses fleurs;
L’albâtre où la mélancolie
Aime à retrouver ses pâleurs;

Le duvet blanc de la colombe,
Neigeant sur les toits du manoir,
Et la stalactite qui tombe,
Larme blanche de l’antre noir?

Des Groenlands et des Norvèges
Vient-elle avec Séraphita?
Est-ce la Madone des neiges,
Un sphinx blanc que l’hiver sculpta,

Sphinx enterré par l’avalanche,
Gardien des glaciers étoilés,
Et qui, sous sa poitrine blanche,
Cache de blancs secrets gelés?

Sous la glace où calme il repose,
Oh ! qui pourra fondre ce cœur!
Oh ! qui pourra mettre un ton rose
Dans cette implacable blancheur!

Théophile Gautier, Émaux et camées

*choix de la lectrice de M. Theodore Bryett

La princesse qui bâillait sans cesse

Mais pourquoi donc la princesse bâille-t-elle ainsi? S’ennuierait-elle? Aurait-elle faim? Manquerait-elle de sommeil? Il faut bien vite trouver une solution à ce mal qui a un effet contagieux puisque roi, reine et tous les sujets, même le chat et le chien du jardinier, se sont mis à bâiller eux aussi…

Et si le remède était fort simple? Et si c’était un remède auquel nul n’avait pensé? Et si la princesse avait tout simplement besoin d’un ami?

Voilà en peu de mots ce que raconte ce très bel amour signé Carmel Gil et illustré par Elena Odriozola, laquelle a reçu un prix de la part du ministère de la Culture (espagnol) en 2006 pour ses images qui donnent au texte subtilité et délicatesse.

À mettre entre toutes les mains.

Un après-midi en Mauricie 2

D’autres photos de mon escapade à Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Le père de mon amie Marie-Josée s’est donné le titre de décorateur de jardin… Heureusement que celui-ci est immense et que les arbres sont nombreux!

Ce que mots vous inspirent 768

Tout comme écrire, lire c’est protester contre les insuffisances de la vie. (Mario Vargas Llosa)

*toile de Francesco Trevisani

Quelques poèmes de Marcel B. 3

le désarroi des actes posés ici et là
la fièvre propageant la foudre dans les membres
la lumière envahissant les pores démesurément
et l’appel qui de la cheville monte à la tête
sous formes de vapeurs l’idée d’un chemin peut-être
perdu comme d’une révélation première

elle hante encore celui qui parle ici
sans rien qui le justifie hors
le souvenir d’une trajectoire
que paraît parfois esquisser
le mouvement perpétuel des mots

durant ce temps tout se joue
dans ce passage de la peau au papier

Marcel Bélanger, L’espace de la disparition

choix de la lectrice de William Merritt Chase

Voyage d’un nuage

Pour quelqu’un qui dessinait des nuages et encore des nuages quand elle était petite et qui leur invente des histoires à l’âge adulte, Voyage d’un nuage est un livre fabuleux. Plein de tendresse, de poésie. Un véritable appel à la rêverie et à l’imagination.

Il a suffi de quelques illustrations de Solvej Crévelier et de quelques mots tissés à partir des nuages des illustrations pour que j’aie trois ans à nouveau.

On dira que c’est le pouvoir des nuages!