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Ce que mots vous inspirent 713

Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée. (Nahman de Braslaw)

*illustration de Claudio Acciari

Les mots de Julie S. 3

le 24 juillet

ton visage entre deux averses
il était une fois notre amour
ce puzzle sans queue ni tête
le cœur trop cuit
est-ce nos deltas ou nos labyrinthes
l’édition originale de ces millions d’années
est-ce bien la peine de chercher dans les lointaines
quand la mise à nu confond la mise en page

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de Malcolm T. Liepke

Une galerie de séducteurs raffinés

Le mot cavaleur, la plupart du temps utilisé au même titre que coureur de jupons pour celui qui cherche et multiplie les aventures hors de son couple, nous fait tout de suite penser à Jean Rochefort qui incarnait un pianiste volage dans le film Le cavaleur de Philippe de Broca.

Fernand J. Hould, médecin retraité, qui a aussi été haut fonctionnaire comme un de ses personnages, signe, à 84 ans, ses premiers textes de fiction, des nouvelles réunies sous le titre Les cavaleurs, ces séducteurs impénitents à qui il donne, en quelque sorte, leurs lettres de noblesse.

Or, si les six hommes qu’il dépeint aiment les femmes et prennent un réel plaisir au jeu de la séduction, ils ne semblent pas le faire au détriment d’un couple que l’auteur a choisi d’escamoter si jamais il existait. De plus, même si le but ultime de tout séducteur qui se respecte est de mener l’élue au lit, les cavaleurs décrits ici ne ressentent aucune urgence de l’issue tant ils aiment la compagnie de celle choisie et le défi. Une conquête difficile est en effet plus excitante. Et ce sont ces tentatives, pas toujours réussies, souvent maladroites ou comportant leur lot de surprises, suscitant l’incompréhension et les doutes du héros dans d’autres, que Fernand J. Hould a décidé de décortiquer le temps de six nouvelles habilement ficelées.

L’auteur nous présente des chasseurs raffinés de la gent féminine. Il n’y a donc ici pas d’hôtels sordides, et encore moins de vulgarité. Vouvoiement et très bons restaurants sont les clés de ces séducteurs qui auraient pu tomber amoureux, mais pour qui séduire et conquérir est bien plus important, même si cela doit prendre des années avant qu’une aventure trouve sa conclusion.

Avec ce premier recueil, tout en raffinement, dans lequel les femmes sont appréciées autant pour leurs formes que pour leur esprit, Fernand J. Hould rend ses séducteurs sympathiques. L’auteur sait en effet camper des situations réalistes avec une plume alerte qui ne ménage pas les détails au besoin, mais qui sait être économe des détails qui ne feraient pas progresser les histoires ou pourraient rendre les cavaleurs sélectionnés antipathiques.

C’est donc un bien beau coup d’essai pour Fernand J. Hould que cette galerie d’hommes qui aimaient les femmes, à la manière d’un Charles Denner dans un film de Truffaut. Un si beau coup d’essai qu’on ne peut qu’en redemander.

Texte publié dans

Il a suffi de quelques coups de pinceau!

Pour rendre moins banals des blocs bloquant l’accès à un chantier de la rue Ontario, quelqu’un a eu la bonne idée de leur donner quelques coups de pinceau. Un résultat qui attire les regards et séduit!

La beauté des roses 9

Décidément, les roses constituent un sujet fascinant…

Ce que mots vous inspirent 712

Choisir, c’est nier son désir de multiplier les possibles. (Denis Vanier)

*toile signée Henry Straker

Les mots de Julie S. 2

le 20 juillet

le bruit n’est pas pareil
du rocher et de la plage sous la vague
mais tes silences
la même tache d’huile le même brouillard
de violet en plus sombre
au seuil de mon isolement
mais tes silences retournent l’amour comme un gant

Julie Stanton, À vouloir vaincre l’absence

*choix de la lectrice de Leonor Fini

Toute vie est une hypothèse

Séparé en trois parties — « La vie est une hypothèse », « Un sourire aux dieux divisibles » et « Les couleurs du soir » —, le recueil Les dieux divisibles d’Odile-Marie Tremblay, géographe médicale, nous propose de brefs regards mettant en scène la nature et ce qu’elle provoque d’émotion chez qui s’en imprègne.

« je ne connais plus le rivage
ni tes paumes dans la marée

je sais où se découpent les entiers
sur la peau frileuse aux baisers »,
écrit-elle, le regard sur ce qui est à portée de son champ de vision, plongée dans une réalité faite d’impressions qui la nourrissent, l’étreignent, l’émeuvent ou la blessent, selon la situation.

Avec une économie de mots, l’auteure, qui a été remarquée en 2008 pour une suite soumise au jury du prix Piché, crée des images fortes malgré l’apparente simplicité des termes qu’elle utilise :
« je dépose mes rêves
avant que le feu
éteigne les mirages »

À la manière d’un peintre impressionniste, elle dépose çà et là des couleurs, parfois franches, parfois délavées, comme autant de mots qui portent en eux de multiples sens. De plus, à la lumière des éléments qu’elle examine, surgissent des interrogations essentielles dont elle parsème ses poèmes, leur apportant ainsi davantage que des impressions :

« comment expliquer l’ordre des nuages
le silence déchu
au sommet des montagnes »

ou

« comment expliquer
l’oubli du destin »

Questions auxquelles le lecteur peut trouver des réponses en lui-même ou auxquelles la poète apporte parfois les siennes au moyen d’affirmations comme celles-ci :
« les oublis
ne sont pas des boucliers »
et
« toute vie est une hypothèse
où s’entête un reste de fumée »
qui peuvent s’avérer éclairantes ou constituer de nouvelles sources de questionnement pour le lecteur.

La vie ne serait donc qu’une hypothèse, tout comme ce qui la sous-tend et la porte à l’heure des regards, des bilans ou des deux, dans l’expectative des silences qui en disent plus long que tous les mots. Une bien belle hypothèse que Les dieux divisibles, suggérée par une poète qui maîtrise la langue et les images avec l’aisance de quelqu’un qui s’intéresse aux moindres détails de ce qui fait battre le cœur.

Odile-Marie Tremblay : une nouvelle voix avec laquelle il faudra compter.

Texte publié dans

Fábia, fadiste lisboète

Elle est l’une des vedettes de la Casa de Linhares e Pateo de Alfama à Lisbonne, où plusieurs soirs par semaine elle interprète des fados pour la plupart connus, accompagnée par le guitariste Jorge Fernando. Son nom? Fábia Rebordão. Retenez-le. Il n’est pas impossible qu’elle fasse un jour les grandes salles.

En attendant, tirée de son plus récent album, la chanson A noite da promessa.

La beauté des roses 8

Une nouvelle brassée de roses…