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S comme Sophie

Le bilan de ma vie s’apparente finalement à un morceau de gruyère : une grosse meule d’obsessions, une croûte lavée avec des trous qui forment une sorte de labyrinthe où mes idées se bousculent dans un désordre indescriptible, où le vacarme que j’entends est du silence déguisé, où j’ai toujours l’impression que tout se précipite autour de moi alors que rien ne bouge, écrit le narrateur troublé et troublant de S comme Sophie, le premier roman de Pierre de Chevigny.

Aux prises avec ses démons, il tente d’écrire un roman qui est le produit que nous avons entre les mains. Volontairement installé entre le réel et l’imaginaire, le quotidien et les hallucinations, le roman met en scène un narrateur qui est toujours entre deux : entre deux verres d’alcool, entre deux délires, entre deux séances chez son psy, ente deux nuits de baise, entre la semaine avec fils et la semaine sans, entre deux femmes. Pour oublier une troisième, la Sophie du titre, qu’il a peut-être tuée.

Excusez-moi, je file ce qu’on appelle un coton difficile, je traverse une mauvaise passe, je broie le noir autour de moi et il colore mes idées en plus foncé si c’est possible, écrit-il encore, avant de se précipiter dans un des lieux qu’il fréquente parce que quelqu’un l’attend, parce qu’il a soif, parce que sa libido est à la hausse, ou parce qu’il n’en plus plus des rats qui marchent dans sa tête. Une obsession qui ne le quitte jamais et qui lui fait ajouter : Une idée fixe, c’est une pensée qui a pris la couleur des murs parce qu’on n’est pas sorti depuis longtemps.

Il ne sait plus où il va, prépare un suicide qu’il n’ose commettre, va d’errance en errance en déroulant le fil de son existence comme on dévide une bobine qui n’en finit pas, nous emporte dans sa démesure. Et affirme encore : Ma tête est un grille-pain où j’insère des tranches de vie, où ma mémoire attise le feu de mes souvenirs avec une sorte d’obstination désordonnée… Alors qu’il continue à écrire, à lire, à simuler la raison alors que la folie le gagne malgré certains moments de lucidité qui lui font écrire que la première page d’un livre, c’est comme les lignes de la main de l’auteur, out est là : le style ou l’absence de style, la légèreté du propos ou l’inverse, peu importe, si je n’aime pas, je n’ai aucune raison de continuer.

Le tout est un roman volontairement déséquilibré alors que la folie s’empare du sujet qui réussit à nous faire douter du moindre élément de sa vie, du moindre personnage qu’il fait entrer. Le tout est surtout une belle réussite, d’autant plus qu’il s’agissait d’un sujet difficile à aborder mais que Pierre de Chevigny connaît quasi intimement, puisqu’il travaille comme intervenant dans un institut psychiatrique depuis plus de trente ans.

Un premier roman qui se démarque aussi par ses qualités littéraires, la langue imagée de l’auteur et qui m’a touchée parce qu’un des lieux fétiches du narrateur est de tous les endroits que je fréquente mon préféré depuis trente ans, à savoir Les Entretiens, rue Laurier.

Titre pour le Défi Premier Roman

Ça pousse!

Et moi je regarde…

Ce que mots vous inspirent 657

La terre est mère de tout ce qui est animé, le lien des générations passées, présentes et à venir. (Proverbe africain)

*toile d’Erni Kwast

Voix de la Méditerranée 11

Une maison là-bas

Une maison là-bas
avec sa porte ouverte
et ses deux tourterelles
récitant inlassablement le nom de l’absent
Une maison là-bas
avec son puits profonds
et sa terrasse aussi blanche
que le sel de ses constellations
Une maison là-bas
pour que l’errant se dise
j’ai lieu d’errer
tant qu’il y aura une maison là-bas

Abdellatif Laabi
(dans Les poètes de la Méditerranée)

*choix de la lecrice de Milton W. Hopkins

Un roman émouvant

Émouvant. C’est le qualificatif que j’utiliserai pour résumer en un seul le plus récent roman de la Belge Ariane Le Fort, On ne pas se quitter comme ça? Émouvant. Parce que l’auteure a su relater avec beaucoup de finesse le lien trouble qui unit les personnages de ce trio composé d’un homme et de deux femmes ayant fait connaissance au cours d’un voyage au Sénégal. Un homme dont les deux femmes s’éprennent, mais qui choisira la plus éblouissante physiquement pour le défi et pas nécessairement parce qu’elle lui convient le mieux. Erreur dont il se rendra compte avec le temps, mais qu’il refusera d’endosser.

On ne va pas se quitter comme ça? est une réussite totale. De la première à la dernière ligne. Un roman qu’on ferme en pensant à certains films de Sautet. À ces choses qui arrivent et auxquelles on ne peut échapper, aux erreurs de parcours comme aux sentiments. Et on se dit que celle qui a obtenu, avec son quatrième roman, le prix Rossel, le plus prestigieux des prix littéraires belges, n’a pas fini de faire parler d’elle.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Pour entamer mai joliment

Je ne sais rien d’elle, rien de son parcours. Je sais juste qu’Astrid m’a totalement et absolument conquise grâce à son plus récent album A Bossa sempre nova. Tant et si bien que je ne vois pas de meilleure façon de commencer le mois de mai. Voici donc Vai de Vez.

Ce que mots vous inspirent 656

La sérénité réside toujours à fleur de peau. (Marc Gendron)

*toile de Lori Preusch