
Née à Lisbonne au sein d’une famille marrane, Gracia Nasi (connue aussi sous le nom de Beatriz de Luna, son nom chrétien), est toujours aujourd’hui une des figures importantes de l’histoire des Juifs. Issue d’une famille aragonaise qui avait fui l’Espagne au début de l’Inquisition, celle qui est connue sous le nom de la Senora épousa le banquier Francisco Mendes qui possédait une des plus importantes banques du continent européen et à qui toutes les cours étaient redevables.
L’histoire de la Senora, c’est celle d’un siècle où guerres de religions sévissent de l’Occident à l’Orient en passant par Anvers, Ferrare, Venise et Istanbul. Et elle, la richissime banquière, veuve très jeune, dédiera sa vie à sauver ses frères juifs souvent contraints à la conversion en utilisant sa fortune et tout le pouvoir qui en découle, avec à ses côtés son neveu Joseph Nasi, connu aussi sous le nom de João Miquez, qui devint duc de Naxos et inspira Le Juif de Malte à Christopher Marlowe et Le marchand de Venise à William Shakespeare.
Une vie digne d’un roman avec ses intrigues, ses personnages, de Charles Quint à Catherine de Médicis en passant par Soliman le magnifique, ce qu’a bien compris Catherine Clément lorsqu’elle entendit parler de ce personnage et se mit en quête de la Senora. Ce qui nous donne un roman historique fouillé et passionnant de plus de 400 pages dont on sort avec l’impression d’avoir compris nombre de détails historiques.
À cette vie d’intrigues de toutes sortes, au cœur même de l’Inquisition, s’ajoute une histoire d’amour : celle entre une tante et son neveu, lesquels n’ont que cinq ans d’écart et ont grandi ensemble. Une histoire bien sûr impossible, mais qui fera qu’ils ne pourront qu’être constamment là l’un pour l’autre, ensemble, malgré les vies qu’ils mènent chacun de leur côté. Parce que, comme le disaient les personnages de La femme d’à côté de Truffaut : Ni avec toi ni sans toi.
Un roman bâti à la manière des Contes des mille et une nuits, où celui qui raconte n’est nul autre que le comte de Naxos lui-même et celui qui l’écoute son valet, alors que les derniers jours de Joseph Nasi sont comptés.
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