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Un peu du soleil de l’île de Noirmoutier

noirmoutier

Et parce qu’il fait une pluie battante et parce que celle-ci a si bien caché la lumière venant de l’extérieur que j’ai dû allumer la petite lampe du bureau en plus du plafonnier pour tenter de voir un tant soit peu clair, je me mets à rêver… comme toujours. À des lieux de lumière, à des moments de soleil et de douceur.

Pourquoi Noirmoutier ? Pourquoi cet endroit plus qu’un autre ce matin ? Il ne sert à rien de questionner les paysages qui surgissent de la mémoire voyageuse. Il ne sert à rien de chercher loin ce qu’on n’a nul besoin de savoir.

L’image a surgi et j’ai envie de conserver de cette île de Vendée les dunes balayées par le vent, les marais salants, le passage du Gois, cette route submersible qui mène à la terre ferme et qu’on ne peut pratiquer qu’à marée basse. Me laisser envahir par tout ça, par l’odeur de l’océan qui, quand elle nous chatouille les narines, nous fait sentir tellement en vie que tout trouve enfin un sens. Et je veux sentir sur ma nuque le vent comme je le sentais ce jour de juin 1982.

Et je ferme les yeux. Il y a sûrement un battement d’ailes pas très loin. Me voilà rattrapée par mon rêve. Comme il fait bon ce souvenir de Vendée alors que le ciel déverse ici son trop plein. Comme il fait bon ce soleil dans ma tête. Il n’y a rien de tel que le rêve.

Le refuge de la lectrice

samuelrein

Peut-être que les lectrices trouvent refuge dans les livres parce que la vie les blesse trop. Je ne vois que cela chez la lectrice de Samuel Rein. On l’aura encore déçue. Encore une fois, comme si souvent. Peut-être pas exprès, mais elle a mal.

Et elle aura retrouvé le seul univers dans lequel elle est vraiment bien, celui dans lequel personne n’entre. Et peut-être laissera-t-elle de moins en moins de gens entrer et se soustraira-t-elle aux rencontres diverses pour rester là, sur son fauteuil, avec ses chers compagnons.

Un jour vient où, de guerre lasse, les lectrices choisissent le monde des livres parce que celui des relations sentimentales leur aura fait trop mal. Il en va de celle-ci, semble-t-il. Sûrement de beaucoup d’autres.

Il suffisait d’un mot pour ouvrir les échanges

barrepiano

Sans la musique, la vie serait une erreur.
[ Friedrich Nietzsche ]

Une erreur ? Je ne suis pas certaine que le terme soit bien choisi. Vraiment pas. Cela me semble quelque peu péremptoire. Une nuance aurait été de mise. Juste un peut-être n’aurait pas été de trop. Du moins est-ce ainsi que je vois les choses. J’ai toujours eu un peu de mal avec ces phrases affirmatives fermées. Je préfère celles qui laissent supposer, qui ouvrent la porte aux débats. Pas celles qui laissent entendre que c’est ainsi, et toc, voilà, vous faites avec.

Et pourtant, ce n’est pas parce que je n’aime pas la musique: je ne pourrais vivre sans elle. Mais il n’y a que son absence qui pourrait faire que la vie serait peut-être une erreur (ou un moins grand bonheur). Que serait-elle sans la poésie ? Sans les levers de soleil ? Sans les rires des enfants ? Sans les couleurs de Chagall ou de Klimt ? Sans l’odeur du café ? Sans la neige durcie qui fait crouch crouch sous nos pas en plein janvier ? Sans des bras qui s’ouvrent et se ferment sur soi ?

Sans musique, la vie ne serait sûrement pas la même, mais de là à dire qu’elle serait une erreur… Il y est allé un peu fort, Nietzsche. Enfin, si cette traduction est bel et bien la bonne, et si elle n’a pas subi une adaptation un peu trop libre lors de son passage vers le français.

Non, décidément, je n’aime pas cette fermeture, cette affirmation qui n’ouvre à rien sinon qu’à un débat houleux, où l’un contredira l’autre, alors qu’un simple peut-être aurait ouvert la porte à des réflexions généreuses.

C’est tout moi de chercher le partage et non l’affrontement. D’aimer des phrases qui donnent à échanger. Je n’aime pas ce qui engendre la confrontation – et que ça -, pas par peur, non, mais parce que j’aime trop les vrais échanges et la paix. Et c’est pourquoi je ne peux adhérer à la phrase de Nietzsche qui avait bien un petit quelque chose mais qui est surtout limitative et restrictive.

Une lectrice sur son départ

frazier

La lectrice de C. James Frazier est prête à partir. Le chapeau n’est pas loin, c’est bien la preuve. Mais elle se dit qu’elle a encore le temps. Et elle enfile page après page comme si sa vie dépendait de ce qu’elle lit, comme si rien de l’extérieur ne pouvait la toucher. Comme si le temps s’arrêtait pour lui laisser assez de minutes pour finir son chapitre.

L’urgence de partir est là, mais elle en fait fi. C’est trop bon ce temps qu’elle s’accorde que ça vaut bien la course qui suivra. Peu importe ce que sera sa journée, elle aura eu ce temps juste pour elle et pour rêver.

Le plaisir de vous lire

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Il y a des plaisirs tout simples qui, quand ils se présentent, parent la journée d’un nouvel éclat. Et c’est le cas ce matin alors qu’il fait gris et que je ne le vois pas. La même chose était arrivée il y a quelque temps. Sylvie, de Chez Bounty, l’artiste aux diaporamas qui font rêver, était passée ici et avait laissé un petit mot et a depuis ajouté mes pages en hyperlien sur son site. Et quelques bloggeurs que je lis avec plaisir, les deux François, Richard et Olivier, dont les commentaires me font toujours plaisir, même si j’en laisse peu chez eux. Et tous ceux-là font que d’autres passent et laissent parfois un mot, parce que je les ai touchés à ma manière. Et parce que François, de Live from Budapest, m’en a fait la suggestion, j’ai ajouté dans mes catégories Mon Montréal que je compte nourrir avec régularité.

Et ce matin, jolie surprise. Le pianiste Robert Strickland à qui j’ai dédié un billet il y a peu est lui aussi passé et a laissé un mot. C’est là qu’on voit la portée du net.

Et je dois avouer que je suis comblée juste à la pensée que quelque part quelqu’un me lit. Et davantage, il va sans dire, quand dans un commentaire je vois se profiler le sourire de celui ou celle qui m’a lue.

Café, délices et orgues

orgues

C’est un matin où il fait bon le café et la musique. Un matin où je me laisse bercer par Bach. Des orgues qui m’en rappellent tant d’autres. Particulièrement celles de l’église Saint-Jean-Baptiste ces soirs où j’allais m’asseoir religieusement sur les bancs de bois pour écouter quelque concert. Parce que ce lieu a une signification bien spéciale pour moi. Il y a longtemps, très longtemps, ma grand-mère chantait dans la chorale de la paroisse et c’est aussi là qu’elle a uni son destin à celui qui a été le héros de mon enfance et pour qui j’ai été le bonheur de sa vieillesse.

Tout à côté de la rue Saint-Denis, rue Rachel, à quelques coins de rues du quartier portugais, l’église Saint-Jean-Baptiste se dresse, sans prétention. Quelques volées de marches y mènent, lesquelles j’ai toujours franchies avec enthousiasme, car chaque fois que je suis allée dans ce lieu, c’était toujours au nom de la musique, qu’il s’agisse de récitals d’orgue ou d’orchestres, de quatuors à cordes ou de soirées dédiées à des extraits d’opéras.

Et ces orgues majestueuses, de facture Casavant Frères, sont remarquables. Je ne me lasserai jamais de m’asseoir là et de me laisser emporter comme je me laisse emporter ce matin par les doigts de Marie-Claire Alain sur les claviers.

La dévoreuse de livres

padriaans

Et elle a envoyé valser les bottes. Le manteau a sûrement subi le même sort. Tout le trajet du retour, elle n’a pensé qu’au livre laissé sur le sofa. Et c’est presque en courant qu’elle a grimpé l’escalier pour le retrouver, aussi enflammée que si elle allait rejoindre un amant. Ou alors est-elle allée rejoindre l’amant de l’héroïne à laquelle elle s’est identifiée. On peut tout supposer à la regarder.

La lectrice de Pieter Adriaans fait partie de ces femmes qui trouvent dans les livres ce qu’elles ne trouvent pas ailleurs. Qui s’identifient si fort aux femmes des romans qu’elles dévorent qu’elles en oublient parfois de vivre.

« Certaines passions demeurent à jamais insondables. » (Monique Bosco)

La passion pour les livres est-elle ainsi ?

Quelques pas dans cette ville aimée

carresaintlouis

J’aime marcher dans ce Montréal qui est mien. J’aime parcourir cette ville et me laisser imprégner par ses odeurs. J’aime me gaver de couleurs et ne pas décider où mes pas me porteront, vers l’ouest ou vers le sud. J’aime partir en voyage dans ma ville, dans ce Montréal que j’aime et qui m’a faite.

J’aime ces endroits que mes pas ont foulés et où j’ai dû laisser quelques souvenirs. Et j’aime ce carré Saint-Louis où a grandi Nelligan, tout à côté de la rue Saint-Denis où mon arrière-grand-mère tenait une maison de chambre au début du siècle. J’aime les maisons du quartier avec leurs mansardes d’un autre temps. J’aime ces escaliers alignés qu’on ne trouve qu’ici.

Oui, comme j’aime ce Montréal qui est mien et que de moins en moins j’ai envie de quitter pour des ailleurs prometteurs. Et comme j’ai envie aujourd’hui de m’y promener sans savoir si j’aurai ce courage à cause du froid glacial qui nous traverse.

Oserai-je quelques pas dehors à la rencontre de quelque café qui me réchauffera ? D’un parc à la faveur duquel j’esquisserai quelques pas de danse ? D’un coin de rue connu qui saura à nouveau me séduire ? Il est encore tôt pour décider ce que je ferai et le café est si bon chez moi…

Une phrase, juste une phrase…

rubino

Le livre sur les genoux, la lectrice de Joanne A. Rubino semble vouloir retenir la phrase qu’elle vient de lire, comme si celle-ci évoquait tant d’images qu’elle ne veut pas l’oublier. Comme si à elle seule cette phrase pouvait guérir d’une blessure ou aider à lever le voile sur un doute qui s’était glissé en elle.

Alors, elle la relit, referme le livre, la répète et la répète à haute voix. Pour bien l’imprimer à ses lèvres et à son esprit. Pour que celle-ci ne s’échappe pas.

Combien de phrases ai-je ainsi tenté d’inscrire en moi ? Débuts de poème, jolies envolées de mots, phrases qui clouent, il y en a eu tant dans mon parcours de lectrice. Certaines seront restées un temps dans mon esprit, d’autres conserveront leur place à jamais. Et surtout, d’autres s’ajouteront; tel est le cycle de ceux et celles qui lisent.

Pour Christiane

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Je voudrais trouver les mots pour lui dire autre chose que des banalités. Lui dire autre chose que Je suis là. Lui dire quelque chose qui lui ferait sentir à quel point je l’aime et combien je voudrais prendre un peu de sa douleur sur mes épaules. Et peut-être ai-je réussi.

La mort de quelqu’un qu’on aime, c’est toujours une épreuve. La mort d’un père, ce doit être une épreuve terrible. Et depuis le matin, je me demande ce que je pourrais faire pour Christiane, comment la soutenir. Mais je peux juste lui dire Je suis là. Pas loin, au bout du fil, à quarante minutes de route.

Il y a des douleurs que des mots maladroits peuvent aggraver. Des douleurs qu’une présence silencieuse peut atténuer. Car quand la mort survient, tout devient désordre. Les souvenirs affluent, on ne sait lequel privilégier, lequel est le plus important, lequel nous aidera à surmonter l’absence qui semble prendre toute la place.

Je suis là. Je ne puis te dire que ça, Christiane. Et aussi que j’écrirai, que je continuerai de raconter tous ces jours où tu ne me liras pas. Pour qu’au retour tu trouves ce billet et tous les autres, signe de ma présence indéfectible auprès de toi, auprès de ceux que j’aime, auprès de ceux qui me lisent et que je connais pas, beau temps, mauvais temps.