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Les lectrices sont-elles sages ?

tebutler

Ces lectrices sages, à l’instar de celle de Theodore Earl Butler, cachent-elles leur jeu ou sont-elles aussi sages qu’elles le semblent pour celui ou celle qui les regarde ? Ou alors veulent-elles faire illusion ?

Le rose sur leurs joues au passage un peu trouble de quelque récit laisse-t-il entendre qu’elles connaissent ce moment ou qu’elles l’espèrent secrètement ? Ont-elles parfois peur de s’abandonner à la passion du moment ou se préparent-elles sans en avoir l’air à ce qui dérangera ce calme apparent ?

Sont-elles vraiment si sages celles qui posent dans des robes qui les couvrent jusqu’au cou ? Laissez-moi douter et leur prêter quelque amant auquel elles se donnent comme le font les héroïnes de romans dont elles dévorent les aventures. Laissez-moi croire qu’il en est ainsi et que dans chacune s’agite un volcan en puissance.

Musique au ventre

violons

Même les cordes qui s’ajustent entre elles avant que le concert ne commence ont un effet sur moi, car de la cacophonie naîtra l’harmonie. Et c’est toute tremblante, le corps et l’âme à fleur de peau, que je vis un concert de musique classique. C’est fragile que je laisse la musique me prendre sans réfléchir.

Ce fut le cas hier soir à Vincent d’Indy pour le concert de l’orchestre de l’école. J’étais loin, au fond de cette salle, mais on n’est jamais bien loin quand la salle est petite, personne devant moi, les yeux rivés à ce qui allait se jouer de passion. Et tous les concerts de ma vie me revenaient en tête. Ceux des grandes salles, bien entendu, mais encore davantage ceux de mon adolescence où je m’aventurais sur scène, nœud au ventre, pour une des Scènes d’enfants de Schumann ou un prélude de Chopin; ceux où j’allais encourager mes amies, pianistes, violonistes ou guitaristes; ceux de cette école de musique privée où j’ai donné des ateliers littéraires dans une autre vie; et surtout ceux de ces midis dans ce cégep voué à la musique dont je garde le souvenir impérissable de petites salles de pratique les unes à côté des autres devant lesquelles je m’asseyais en indien, carnet en main, tentant de me trouver au milieu de cette délicieuse volée de notes pour l’un ou d’un archet tyrannique pour l’autre.

Et tandis que tout cela remontait en moi, avec des bribes d’autres instants, les notes ont jailli de partout et je n’étais plus que cela: musique. Jusqu’à mon dos qui vibrait comme s’il avait été gratté par l’archet d’un violoncelliste. Et je n’étais plus que cela: musique.

Et aussi bonheur, car il y avait tellement de complicité entre Sven Meier et ses élèves que ça ne peut s’appeler que bonheur. Il fallait voir les yeux de ces jeunes artistes briller. Il fallait les voir dans leurs élans. Il fallait voir l’amour dans les gestes du chef d’orchestre. Et j’ai eu ce bonheur.

Attendrie par le duo des chats de Rossini, amusée par l’idée de joujoux modernes et bruyants incorporés à la symphonie des jouets de Haydn et ravie par le résultat, émue par la valse triste de Sibelius, j’ai été tout ça.

Et je n’ai pas osé entrer dans ce monde qui n’est pas mien pour aller féliciter celui qui a fait de ma soirée un moment exceptionnel. Je suis rentrée tranquillement dans la nuit froide. Il me fallait être seule ou appuyer ma tête sur une épaule, sans rien dire. Et je suis restée seule, avec au ventre la musique qui me portait. Riche d’un moment qui m’inspirera peut-être un poème ou une nouvelle. Ou auquel je reviendrai juste pour ce sentiment de plénitude qui a été mien deux heures durant et qui me berce alors que le soleil prépare son entrée.

Une lectrice, deux moments, un geste

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La lectrice de Fabien, qu’elle soit habillée jusqu’au cou mais pieds déchaussés ou nue, a cette manière qui est un peu la mienne de poser la tête dans ma main quand je veux me concentrer. Et ce geste, combien de fois puis-je le faire dans une journée ? Je préfère ne pas commencer à compter, je ne vais pas m’en sortir: il est bien trop fréquent. Je le faisais encore à l’instant, alors que je pensais à la phrase suivante.

Est-ce un geste coutumier aux lectrices ou alors est-il propre à certaines ? On peut se poser cette question, alors qu’ici la lectrice de Fabien s’adonne à ce geste à deux moments différents. Peut-être une fin d’après-midi dans un cas, et une nuit, dans l’autre. Peu importe.

Elle a, comme toutes celles qui viennent me raconter des bribes de leur histoire ou qui me laissent le loisir de leur en imaginer une, ce petit quelque chose qui la rend particulière. Je crois bien qu’ici, c’est la délicatesse avec laquelle son menton tient dans sa paume alors qu’elle est là, pensive.

Le silence pour tout argument

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J’ai toujours eu du mal avec les disputes, avec ceux qui prenaient toute la place, avec le ton qui monte. Parce que peut-être que m’en mêler n’a fait qu’emmêler davantage les autres et moi-même en ne réglant rien. Et puis, je ne sais pas me défendre, je ne fais pas partie des gens qui ont des arguments et qui savent analyser. Maman me le disait encore récemment. Un reproche, une remarque, un éclat de voix et je devenais muette. Démunie. Et je finissais par déserter la pièce, à retrouver les seuls qui ne me blessaient jamais: mes livres.

Adolescente, à l’heure des guerres pour un rien, je laissais les autres se tirer les cheveux — façon de parler, bien entendu — et j’allais trouver refuge dans le silence de la bibliothèque. Plus tard encore, les jours où mes bonnes idées ne plaisaient pas à mon patron et récoltaient des semonces, j’encaissais sans rien dire pour ne pas envenimer les choses. Et je classais les livres, sans rien dire, le sourire disparu, tentant de me faire la plus transparente possible.

Bien plus tard, alors que j’ai partagé la vie de quelqu’un qui s’en prenait à tous, à la société en général et en particulier, qu’il hurlait même, je me taisais et tirais une couverture sur moi en prenant un livre au hasard. Pas les premières fois. Mais j’ai compris bien vite que tout ce que je pourrais dire ne servirait à rien.

Et la dernière fois où je me suis emportée, où je me suis vidé le cœur, il y a un an et demi de cela, ça ne m’a rien valu, je n’avais pas les mots, moi qui d’habitude sais les trouver quand je suis devant l’écran. Alors, quand il y a tempête quelque part, je la laisse se faire sans moi. Non pas parce que je n’ai rien à dire, mais parce que le silence m’a toujours servi. Et que le calme revient toujours se poser quelque part. Comme sur ce salon vide d’Amy Dixon.

Un peu de Bach comme plaisir du jour

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Bach est sûrement le classique des classiques et celui qui a formé – parfois indirectement – et inspiré le plus grand nombre de compositeurs depuis presque trois siècles. Et si la plupart du temps, j’aime écouter certains grands artistes dont la réputation n’est plus à faire interpréter fugues, préludes ou autres pièces, j’aime aussi oser sortir des sentiers battus.

Ces « Bach Variations », très nouvel âge, ne cassent rien: elles sont agréables. Et c’est déjà beaucoup. En fait, seuls les puristes sont capables de bouder leur plaisir. Seuls les élitistes peuvent passer à côté de jolies merveilles comme celle-ci. Sans prétention. Résultat d’une réunion d’artistes autour de Bach pour le simple bonheur du partage.

Ce CD maintes fois écouté pour m’inspirer ou juste rêver ne changera pas le cours de l’histoire des interprètes de Jean-Sébastien Bach. Peut-être, par contre, le Turtle Island String Quartet et le Modern Mandolin Quartet vous donneront-il envie de faire la révérence sur une gavotte toute en dentelle ? Ou Nightnoise aura-t-il si bien exploité une bourrée que Bach sera devenu le temps de cette pièce un peu celte ?

J’aime ce mélange d’univers où chacun a mis un peu de lui et beaucoup de Bach. Ce mélange qui donne au blanc de la neige un éclat encore plus lumineux.

Et si le peintre était amoureux de la lectrice?

sg

Peut-être Armando a-t-il raison de dire de dire que certains des peintres sont amoureux des lectrices qu’ils peignent. Que certains vivent les émotions de la chanson de Lama :

Le peintre est amoureux,
Il sent son cœur s’éteindre
Et son envie de peindre
Mourir à petits feux
Le peintre est amoureux
Et sur sa toile blanche
Il ne voit que ses hanches
Et sa bouche et ses yeux

Car si Sergey Galchanskiy n’était pas amoureux de son modèle, c’est elle qui était amoureuse de lui. Il y a chez elle ce regard des femmes qui aiment, encore plus belles quand elles regardent celui qu’elles aiment. Il y a dans ce regard celui de l’aimé pour sa belle, ou alors je me raconte des histoires. Et pourquoi pas?

Comme il est romantique de penser que pendant quelques heures, une semaine, des mois ou des années, le cœur de certains peintres a battu pour leur lectrice/modèle. Et même si ce n’était pas le cas ici, j’aime imaginer que oui, que cette tête penchée et ce regard embué n’étaient que pour lui.

Le ciel est blanc de blancs moutons

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Dans une comptine de mon enfance, il y avait cette phrase que j’ai toujours retenue: « Le ciel est blanc de blancs moutons ». Et c’est cette phrase qui me vient en tête alors que nous avons aujourd’hui la première tempête de neige de l’hiver. Pas une bien grosse, mais une qui laissera assez de blanc pour nous assurer que nous voilà bien entrés dans la saison nouvelle.

J’hésite entre regarder la neige tomber par la fenêtre et aller marcher pour tâter comment elle est, cette première de la saison. Il fait si bon chez soi…

Les flocons virevoltent comme les plumes à l’issue d’une bataille d’oreillers. Et je m’émerveille en gamine que je ne cesserai jamais d’être. Même que je me retiens pour me taper des mains !

Le pin est si chargé qu’il est presque aussi blanc que le ciel. Et la danse des flocons a tout de « Für Elise ». Il fallait que je vous raconte.

Le bonheur d’une lectrice

strentz

Comme il y a du bonheur dans cette toile de Yolande Strentz ! Ce sourire qui flotte sur ses lèvres a quelque chose de réjouissant. Et je la regarde en souriant, comme si je me retrouvais en elle… Il y a tant eu de ces heures de bonheur dans ma vie que je ne les compte plus, tant d’heures douces auprès d’un livre qui me faisaient oublier la mesquinerie du monde. Tant de minutes ainsi enfoncée dans un fauteuil à partager la vie des livres qui me paraissait plus vraie que la mienne, parce que je n’osais pas encore être ce que je suis aujourd’hui.

Et si j’ai su, avec le temps, devenir et être, le bonheur, lui, n’a jamais disparu. Il est ici dans cette toile; il est ici, dans ma chambre, sur mon fauteuil.

Le parc d’où je suis

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Le parc Molson n’est pas le plus grand, ni le mieux situé, ni le plus particulier de Montréal, mais il est sûrement de tous les parcs celui auquel je suis le plus attachée. Peut-être bien parce que c’est le premier que j’aie connu, qu’il fait partie de ma vie comme une de ces traces qu’on n’efface pas.

Peut-être même a-t-il été un de ces lieux magiques qui font que je suis là aujourd’hui, puisqu’il faisait partie des promenades de mes parents bien avant ma naissance. Peut-être même, et même sûrement, se sont-ils abrités sous ce kiosque à musique et ont-ils écouté des fanfares certains dimanches: leurs yeux brillent d’un éclat extraordinaire quand j’évoque ce parc. Mais ces souvenirs sont à eux et jamais je ne leur demanderai si sous un arbre, nuit de pleine lune comme ce soir, ils se sont embrassés. Mais j’espère que oui.

Ce que je sais, c’est que pendant neuf mois, ce parc m’a connue avant que je ne le connaisse. Ce que je sais, c’est qu’avant d’y poser les pieds bien des années plus tard, puisque mes parents ont quitté le quartier lorsque j’avais huit mois, c’est dans une poussette, inconsciente de la beauté du parc, qu’il m’a été donné de d’abord le découvrir.

Je retourne de temps en temps fouler le sol comme on va sur les pas de ses racines. Ou j’y retourne juste par simple plaisir. Avec un regard attendri pour ces arbres immenses et protecteurs. Et là, je laisse le temps couler sur moi, je ne pense plus à rien, je goûte, je profite, je suis heureuse. Et s’il est magnifique, ce parc, quand il croule sous le vert de ses feuilles, il est splendide quand celles-ci se colorent, grandiose dans la blancheur de son manteau d’hiver et chargé d’espoir quand le printemps le guette.

Il est à lui seul le parc de toutes les saisons, de toutes mes saisons.

Une chanson qui résonne en moi

fhardy

La chanson « Tous les garçons et les les filles » m’a fait pleurer plus qu’aucune autre chanson ne l’a fait. Mais de Françoise Hardy, c’est celle-ci que j’ai envie de retenir.

L’AMITIÉ

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d’autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu’un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l’on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu’à mon tour je ne sois plus personne
S’il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J’oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois

(paroles de Jean-Max Rivière)

Probablement parce qu’à elle seule elle exprime tant de choses que je ressens et que je n’ose pas toujours dire.