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Souhait de fin d’été

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Étaient-elles déjà là hier ou avant-hier ? Ce n’est que ce matin que j’ai vu les premières au sol, jaunes pour la plupart. Je sais que les autres couleurs suivront, graduellement et que mes yeux profiteront de chaque nuance. Du moins, s’il ne vente pas trop, ce qui précipiterait leur chute.

Ça m’a fait tout drôle. Des feuilles au sol, alors qu’il fait 26 degrés cet après-midi. Comme si l’été voulait nous signifier sa présence avec intensité encore une fois, alors que dans moins de cent heures il lui faudra laisser la place à l’automne qui, ce matin, a donné un signe infaillible de son arrivée.

Si le magicien des couleurs me lit, qu’il ne laisse pas les arbres se déparer de leurs ors, leurs ocres et leurs rouges sitôt que ces riches couleurs seront partout. Qu’il me laisse me gaver. Je veux en avoir plein la vue. Et le plus longtemps possible.

Quand la sauce se gâte

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C’est le succès de l’heure au box office. Et qui n’a pas encore vu Bon cop, bad cop est, semble-t-il, hors circuit. Je n’ai donc pas failli à la tâche, tous et chacun en parlaient avec tant d’éloge.

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Or, cette photo à elle seule explique presque tout. Un corps est trouvé sur l’enseigne frontière entre le Québec et l’Ontario. À qui va aller l’enquête, les flics ontariens ou ceux du Québec ? Arrivera un petit incident qui fera qu’ils devront se partager la tâche, malgré eux, et malgré la facon des deux bien différente de travailler sur le terrain. Jusque là, ça va encore.

Malgré un jeu impeccable de la part de Colm Feore et Patrick Huard, la sauce se gâte. On ne saisit pas pourquoi ces meurtres s’accumulent, pourquoi autant de violence gratuite, qui est le cerveau dirigeant et encore moins comment un mort n’est plus mort. Le film, qui se voulait peut-être une enquête policière, devient plutôt une toile sociologique amusante sur les différences entre les deux solitudes. Certaines remarques ont du piquant, d’autres tombent légèrement à plat.

Les deux flics sortent de là victorieux, cela va sans dire, ayant même réussi à redorer leur image auprès de leurs enfants respectifs. Mais il n’en reste pas moins qu’il y a là ici exemple de l’adage « Qui trop embrasse, mal étreint ». Bien trop souvent pratiqué, hélas.

Art mineur… jamais, quand il vient du cœur

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J’aime mélanger « mes » lectrices. Je parle bien entendu de celles des toiles que je glane ici et là sur le net. J’aime qu’elles aient inspiré les peintres des siècles derniers issus de toutes les écoles autant que les artistes québécois d’aujourd’hui. J’aime penser que Picasso a tenté d’aller chercher quelque chose en elles et que trois toiles n’ont pas suffi tant elles l’ont inspiré.

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J’aime qu’elles soient de tous âges, de la gamine à la vieille dame. J’aime l’idée qu’elles plaisent assez pour se retrouver accrochées à des murs et pas toutes dans des musées. Oui, j’aime qu’elles soient partout, inspiratrices fidèles des artistes. Et jamais je ne pourrai ici me résoudre à ne choisir que des toiles de supposés grands maîtres ou d’artistes qui ont changé notre vision de l’art, tel Picasso, que je glisse ici au même titre que les autres.

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Car ce qui m’importe est l’œil posé sur le sujet. Comment l’artiste a choisi l’angle dans lequel il a voulu saisir l’attention de la lectrice; si on peut soupçonner qu’il l’a fait poser; si le livre n’est qu’objet au profit d’un visage ou de la courbe d’un corps. Et pour le reste, je me raconte des histoires. Je ne sais rien de celles qui sont là lisant. Je ne sais que ce qui se dégage d’elles et rien d’autre. Ainsi, les deux premières toiles sélectionnées de Picasso me semble montrer la voracité de celle qui lit, croquée dans sa passion la plus vive et obsessive alors que celle-ci est plus douce, comme apaisée. A-t-elle terminé le livre qui la tenait aux tripes? Ou alors celui-ci la laisse-t-il pensive? On peut tout imaginer, car la toile appartient à celui qui la regarde et non plus à celui qui l’a peinte. Comme les mots. Ils sont à ceux qui les saisissent et s’en inspirent, qui s’y retrouvent ou qui cherchent à les comprendre.

Il n’y a pas de littérature mineure si elle donne du plaisir à celui qui s’y attarde, même si elle est dite « populaire ». Il n’y a pas de peinture mineure non plus même si l’artiste ne s’est pas posé la question de se trouver un style ou d’innover, mais qu’il n’a que reproduit – parfois maladroitement mais en y mettant son cœur – ce qu’il voyait ou ressentait. Les poètes, comme les dramaturges, ont écrit des mots qui traversent les siècles, mais aucune phrase ne sera aussi belle que celle écrite avec amour, bourrée de fautes d’orthographe, sur un bout de papier, par l’enfant à sa mère.

Quand l’Histoire s’assied à notre table

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Le Procope n’est pas le meilleur restaurant de Paris, mais il en est le plus vieux. À proximité de la Comédie Française, il a d’abord attiré chez lui les comédiens avant ou après des représentations. Puis, hommes de lettres – Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot – ont défilé. Certains prétendent même que c’est là qu’aurait germé l’idée de l’Encyclopédie et que Benjamin Franklin y travailla à écrire la constitution américaine.

Alors, c’est bien l’Histoire qui nous attire la première fois au Procope, il n’y a aucun doute. De penser que ce lieu a réuni les grands penseurs de ce monde lui confère un charme qu’aucun autre restaurant de Paris ne possède. Et quand je pense au Procope, je pense forcément à Émile, professeur au département d’études françaises, à l’Université de Montréal. Non pas à ses cours, car il ne m’a jamais enseigné, mais à nos longues conversations, et surtout à celle que nous avions eue au Procope en 1983. Ce n’était vraiment pas l’intention d’Émile de m’emmener là, le fin gastronome qu’il était n’allait pas trouver son compte dans une carte aussi banale, disait-il. Mais il l’a fait pour me faire plaisir, pour que je m’emballe à la pensée que j’étais peut-être assise là où se jouait trois siècles plus tôt une grande scène de l’Histoire.

Et il est vrai: le repas lui-même comme le service n’ont pas laissé de souvenir marquant. Mais mes yeux ont été servis. Le Procope offre le charme de ces restaurants installés depuis des lunes. Il offre un décor suranné de bon goût. Et il était tout à fait approprié pour discuter littérature. Et comme « tout est littérature », nous avons parlé de « tout ». Je l’entends encore me dire combien le bonheur d’autrui faisait partie de mon bonheur personnel, et combien il était important pour moi d’y contribuer. Et je crois qu’en ce sens il avait raison, et qu’en plus rien n’a changé depuis. J’ai toujours ce besoin de sentir les gens autour de moi heureux, de leur faire plaisir, de dessiner un sourire sur leurs lèvres ou de faire briller leurs yeux.

J’ignore d’où cela me vient, je sais seulement qu’il en a toujours été ainsi. Quoique j’imagine que j’ai hérité ça de ma mère, même si dans son cas, ce besoin s’adresse à un cercle plus restreint que le mien.

Et ce matin, alors que le café refroidit dans son bol, je pense au Procope et me revient en tête son escalier et les toiles représentant les grans écrivains d’une autre époque. Et ce matin, alors que le soleil hésite à percer les nuages, je revois cette soirée de la fin mai 1983 en compagnie d’Émile. Et je repense à cette longue promenade dans Paris après le restaurant, à cette minute où il m’a mise dans un taxi, en notant la plaque d’immatriculation, avec ordre de lui téléphoner sitôt que je serais à Maisons-Alfort. Émile avait une fille de mon âge, je l’ai rencontrée deux ans plus tard par un ami commun. Toute petite, la planète. Et le Procope n’est finalement qu’à six heures d’avion, si on y pense bien.

Lecture de saisons

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J’aime imaginer que quand elle s’est installée sous l’arbre, la lectrice de Carol Aust avait choisi celui-ci pour son magnifique feuillage aux teintes d’or et de feu qu’on ne trouve qu’à l’autome. J’aime imaginer qu’elle a entamé là la lecture de ce livre et qu’elle n’a pas vu le temps passer ni les feuilles s’envoler ou tomber. Qu’elle a été si prise par cette histoire de voyageur ou cette saga familiale qu’elle n’a rien vu de ce qui se passait autour d’elle.

Oui, j’aime imaginer que la lecture est de toutes les saisons, et même des passages de celles-ci.

Une reporter au grand cœur

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J’aime cette Jeannette Pointu, reporter sans frontière qui n’en fait qu’à sa tête, allant là où les autres ne vont pas, souvent en mission humanitaire, mais toujours elle-même, s’opposant parfois à l’ordre établi ou posant LA question qui fait tout basculer.

J’aime cette héritière de Tintin, foulant les terres et les déserts, s’engouffrant dans la jungle ou traversant le désert. J’aime le côté fonceur, voire frondeur, de la miss au grand cœur qui veut changer le monde. J’aime qu’elle soit entière et ne fasse pas toujours les concessions qu’on attend d’elle pour privilégier l’information ou au nom d’une vie humaine à protéger.

Il y a bien longtemps que je n’ai pas lu une de ses aventures qui donnent envie de voyager et de connaître. Trop longtemps que je ne me suis laissée emporter en rêve par la même destination qu’elle. Trop longtemps que je n’ai pas souri devant son audace et son obstination à aller jusqu’au bout.

De tous les nouveaux personnages qui se sont inscrits dans le paysage de la bande dessinée ces dernières années, c’est à Jeannette Pointu, décidément, que va ma préférence. C’est peut-être pour cette raison que j’ai offert un de ses albums à ma filleule il y a quelque temps. Je crois me souvenir qu’elle avait aimé aussi. Mais bon, on m’a fait une filleule sur mesure, alors ce n’est pas étonnant.

Oui, Jeannette Pointu (signé Wasterlain) a de quoi ravir ceux et celles qui la découvriront.

Les frites de Poulseur

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Elles ne goûteront jamais celles de Poulseur. Les premières de mes frites belges. Celles du soir de l’arrivée aux Guillemins sous une pluie battante. Celles d’une friterie en bord de route où tout nous émerveille, parce qu’on a si attendu si longtemps, qu’on a réussi, que ça y est, on a conquis la Belgique qui d’avance, avait conquis celle attablée devant ses boulets/frites.

On m’aurait offert un trésor, voire la lune, je n’aurais pas été plus heureuse. Probablement émue. Il y avait là l’homme qui avait tout déclenché, qui avait donné à la curieuse que je n’ai jamais cessé d’être, le goût de sa Belgique, des routes vertes de Wallonie, de la langue aux expressions imagées, du surréalisme de ses artistes. Et il y avait des frites, de tous les emblèmes celui qui caractérise le plus – le mieux ? – ce pays qui fait partie de moi au même titre que celui de mes origines.

Et elles étaient bonnes. Et j’étais affamée. Pas juste du ventre mais de l’esprit et du cœur. J’allais enfin m’en mettre plein les yeux de ces paysages qui illustraient mes guides. J’allais enfin entendre au quotidien cet accent grave des Wallons aux A bien cassés qui ressemblent à ceux de chez nous. J’allais enfin pendant 18 jours vivre à l’heure belge, sans décalage horaire, puisqu’il y avait des mois que je vivais entre les deux. Et tout cela, je le voyais dans mes frites que je plongeais dans la mayonnaise.

Et ce midi, alors que je dinais avec Sophie et Marie-Eve, nous partagions tout haut toutes sortes de pensées et de réflexions. Ainsi, celle de la meilleure bouteille de vin qui nous serait offerte et qui nous paraîtrait insipide si nous la buvions seules. Alors qu’une piquette avec des gens qu’on aime est un délice.

Et je crois bien que ces frites ,qui n’étaient sûrement pas les meilleures que j’aie mangées en Belgique au sens gastronomique du terme, étaient malgré tout les meilleures tout court, parce que j’étais dans l’enthousiasme, avec quelqu’un séduit par mon appétit pour la vie et pour ce pays qui est le sien. Non, je ne crois pas qu’un jour Jacques pourra oublier ces minutes où je dévorais mes frites comme je dévore chaque minute qui m’est donnée.

Le pont Jacques-Cartier

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Aujourd’hui, c’est à quelqu’un qui habite près de Verviers, que je dédie mon billet, comme c’est son anniversaire le 14, et qu’en Belgique, c’est déjà demain.

Et si j’ai choisi le pont Jacques-Cartier qui sépare Montréal de la rive sud pour illustrer cette journée, c’est d’abord pour une raison. Le grand-père de cette verviétoise, parti de Liège, fait partie de ceux qui ont bâti ce pont, et il avait pour projet d’installer sa famille ici. Le destin en a décidé autrement puisqu’il a perdu la vie sur un chantier liégeois quelques jours avant la grande traversée.

Il y a aussi un pont entre la Belgique et Montréal, il s’est installé petit à petit au fil des mois depuis mon retour en juillet 2005. Et je puis vous assurer qu’il est drôlement solide et qu’il ne va pas s’écrouler de sitôt.

Et ce pont Jacques-Cartier auquel une légende urbaine aurait prêté quatre tours Eiffel décoratives offertes par la France, alors que celles-ci faisaient partie du plan de départ, est le plus beau de tous les ponts qui relient l’île à l’une ou l’autre des rives. Lui qui n’a que trois quarts de siècle se dresse fièrement au-dessus du Saint-Laurent. Lieu de rassemblement lors des feux d’artifice, il sert de point de liaison le reste du temps.

Il est à l’image des êtres généreux et enthousiastes, qui cherchent toujours à faire plaisir et à réunir ceux qu’ils aiment, qu’ils soient de tous les horizons ou de la porte à côté et dont plusieurs font partie de ma vie.

Le projet de Waclaw Wantuch

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Renversant, le travail de l’artiste polonais Waclaw Wantuch, qui tantôt photographie en noir et blanc des corps et qui, à d’autres moments, peint à même la peau de ses modèles afin que, photographiées, elles se marient au décor d’une toile.

Géométrie des lignes, ombres et lumières, poses surréalistes, quand il s’agit des nus, les photographies/peintures deviennent démésure quand des couleurs s’ajoutent, vives pour la plupart, un peu à la manière des fauvistes d’une autre époque.

Il y a décidément quelque chose de très attirant chez cet artiste « global » que j’ai découvert ce soir grâce à un diaporama qui m’a plu à un tel point qu’il m’a fallu aller plus loin, chercher, fouiller. Car la sensualité des tableaux photographiés de Wantuch a quelque chose de violent par le choix des couleurs et d’en même temps très doux, surtout dans le regard des modèles.

A-t-il trouvé, en couvrant ses modèles de peinture, en les faisant jouer devant des toiles sous des éclairages théâtraux une façon de parler du double soi, de l’eau et du feu qui se disputent en chacun de nous et qui ici, semblent s’harmoniser ?

Je ne peux, comme toujours, que parler de l’émotion que j’ai ressentie, je ne sais faire que ça. De cette envie de dire WOW. Les yeux écarquillés devant le projet réussi. À vous de découvrir: vous aimerez ou pas. Mais chose certaine: on ne reste pas insensible face à cette démesure, à ces couleurs et ces décors.

Une lectrice prévoyante

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Cette toile de Jose Luis Lazaro Ferre a quelque chose de rassurant. Car je trouve inquiétant, dans mon cas, le fait de ne pas avoir de livres d’avance, bien davantage que celui de voir à l’occasion les tablettes du frigo peu garnies.

J’ai besoin de cette abondance, de pouvoir choisir à même mes livres non lus, sélectionnés pour leur auteur, pour le sujet, pour l’impression fugace lors de l’achat. Puisque je ne lis pas tout de suite ce que j’achète, mais emmagasine, pour après choisir une seconde fois, comme si je me constituais une propre librairie à domicile, où tous les livres m’appelleraient à tour de rôle.

Enfant, quand nous partions en vacances, il m’importait plus d’avoir suffisamment de livres que de vêtements. Je n’ai pas trop changé, je crois. C’est encore dans les librairies et chez les disquaires que je me sens le mieux, et non pas dans les magasins de vêtements.

Manquer de livres ne m’est heureusement jamais arrivé. Alors que la phrase de celles qui ont trop de vêtements est « Je n’ai rien à me mettre! » Preuve, peut-être, que le jeu de séduction entre lecteur et le livre dure beaucoup plus longtemps que celui entre magasineuse et vêtements.

Oui, décidément, j’aime beaucoup cette toile, le semi-confort de celle qui lit et qui a, autour d’elle, réuni en piles les projets des jours et des semaines à venir. Pousserai-je jusqu’à dire qu’elle a le sens des valeurs ? Oserai-je ? Allez, pourquoi pas ? Voilà ici une vraie lectrice, une dévoreuse de livres. Et il fait bon me retrouver en elle.