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Contempler la Meuse à nouveau

palmaerts

Parce que dans neuf mois, à moins d’un imprévu, je ne serai probablement pas loin de la Belgique ou peut-être déjà là, je rêve déjà des bords de Meuse. Et cette toile de Roland Palmaerts, un Belge installé au Québec depuis 1980, a tout pour m’inspirer. Et pourtant, je reste là, pantoise.

Et c’est au poète mosan François Bovesse que je laisserai le soin de décrire la Meuse, lui qui l’aimait tant et que d’autres m’ont fait aimer:

Ô Meuse, mon pays, mon doux pays, Ô Meuse

Je t’aime pour ce qui te fait ce que tu es

Pour chaque matinée à l’écharpe brumeuse

Où dans le brouillard bleu, chaque jour tu renais.

Je t’aime mon pays pour ta fine lumière

Qui met des reflets roux sur le bleu nos toits,

Et des baisers dorés sur nos maisons de pierre

Où de simples bonheurs parlent un lent patois.

Parisian breakfast couleur café

parisianbreakfast

Il fait envie, ce petit déjeuner, ne trouvez-vous pas ? Il possède vraiment quelque chose d’invitant, autant dans le choix du menu que dans la couleur… café.

Les artistes de Coffe art ne sont peut-être pas les seuls à se servir du café comme matériau pour peindre, mais je dois avouer que j’ai été agréablement séduite par ce qu’ils proposent. Même si toutes les galeries qu’on trouve sur le site ont toutes un intérêt, j’avouerai que celle qui a pour thème le café me plaît vraiment beaucoup plus que les autres.

Il est vrai que j’aime vraiment le café. Le café lui-même, les gâteries au café, le rituel du café, les endroits où on le sert et le fait de se donner rendez-vous pour un café. Pas étonnant donc que mes pas m’aient menée jusqu’à ce déjeuner que je vous offre avant de partir prendre le mien ailleurs. Quel beau dimanche qui s’annonce là !

Quand une toile me parle de moi

gregallen

C’était après l’amour, il y a des années de cela. Fermez bien les rideaux et rapetissez la pièce pour une image plus près de la réalité, et remplacez le violoncelle par un violon.

Je croyais que deux êtres qui viennent de partager un tel moment pouvaient rester dans la même pièce, chacun livré à sa passion, Michel à sa musique, moi à mes livres. Que comme j’avais su lui inspirer une de ses plus belles compositions, je n’allais pas l’envahir en restant allongée là, à le regarder du coin de l’œil, amoureusement — sûrement — entre deux pages tournées. Car j’aimais ce corps à corps qu’il avait avec son violon. Car j’aimais cette façon qu’il avait de le tenir contre lui, le menton sur son épaule.

Mais une scène sembable à celle peinte par Greg Allen n’a pas eu lieu. Je pouvais écouter s’il avait toute mon attention, mais non pas faire autre chose. Je crois même que les pages froissées l’auraient dérangé.

Mais ça allait au delà de ça. Le désir assouvi, je n’avais plus lieu d’être là, si c’était pour être dans ma propre bulle. L’obsession du « ensemble » ou rien du tout; une peur atroce du « côte à côte ». Et si, des années plus tard, nous nous sommes retrouvés tantôt chez lui, tantôt chez moi, j’ai toujours pris soin de ne pas traîner après et de ramasser les vêtements épars pour me rhabiller vite fait, partir dans la nuit ou le raccompagner à la porte.

Peut-être est-ce depuis ce soir d’hiver que je n’ai plus été capable d’un éventuel côte à côte hors de l’amitié qui elle, permet cela. Peut-être. Car, même après, je ne lisais pas quand l’homme avec qui j’ai vécu, était là. Je gardais cela pour moi. Tout comme écrire, tout comme ma musique.

Et c’est peut-être la raison pour laquelle je suis si bien comme je suis. Et aussi celle pour laquelle j’ai raconté une très belle histoire à un ami récemment. Celle d’un homme assis dans un fauteuil qui regarde celle qu’il désire, allongée sur le lit, lire. Et qui attend, patiemment, qu’elle se consacre à lui. Même s’il lui faut pour cela patienter jusqu’à ce qu’elle termine le livre.

Il faudrait bien que je l’écrive, au fait, cette nouvelle, au lieu de rêver devant des toiles.

Vivre, c’est oser descendre Lombard Street

lombardstreet
« Trouver d’abord, chercher ensuite » (Marguerite Duras)

Je ne cherche plus à savoir pourquoi tel ou tel souvenir quand il surgit dans mon esprit. Je le cueille et je le laisse descendre à mes doigts pourqu’il s’inscrive ici. Chercher ne donnerait rien de toute manière. Sauf peut-être après, l’idée trouvée, si nous sentons le besoin absolu de comprendre le pourquoi du comment. Mais je ne m’astreins plus à aller jusque là. Je saisis l’image et la laisse vivre. Sans plus.

Et ce soir, c’est Lombard Street qui est arrivé sans crier gare dans ma tête. Lombard Street un jour de juin 1979 où je faisais office de guide et de liseuse de cartes routières. Mission du jour: la fameuse rue en tournicoti-tournicotons de San Francisco. Et quand j’ai annoncé tout de go, en haut d’une côte qu’elle était là, qu’il suffisait juste de la descendre, je revois le regard de mes parents. Ils avaient engendré une cinglée ! On n’allait quand même pas descendre la rue en voiture ! Et moi de dire, en guise de plaidoyer, c’est tout de suite ou jamais. Et ce fut tout de suite !

J’aime les gens qui ne réfléchissent pas des heures quand l’occasion se présente. C’est oui, c’est non, pas cette espèce de zone floue entre les deux, ces valses où on hésite, un pas devant, un pas derrière. Et ça valait le coup ! C’est fou, cette descente de pente à 60 degrés avec des virages en épingle, oui, fou ! On fait ça une fois dans une vie !

Et d’en bas, on regarde tout cela et on dit juste Wow ! Parce qu’il n’y a pas d’autre mot pour ça. Parce que vivre, c’est ne pas toujours se demander si, mais plutôt foncer. Qu’il s’agisse de descendre Lombard Street, de dire Je t’aime ou juste ce que l’on pense vraiment, sans trafiquer la vérité, ce qui semble être le jeu de bien des gens.

Et si toute vérité n’est pas bonne à dire, je considère qu’il vaut mieux se taire que de dire une vérité relative. Mais il m’est bien difficile de me taire. Déjà qu’à deux ans, j’allais au devant des gens me présenter d’un « Kiki, 2 ans » en tendant la main aux étrangers sous le regard affolé de mes parents… Ils se sont remis depuis, n’ayez crainte. Et ont bien compris que je n’en ferais qu’à ma tête, toujours, même si à mon âge, ils restent les seuls à pouvoir me retenir… à l’occasion.

Commentaires prise 2

ecritoire1

Nouvelle du jour: plus besoin de s’enregistrer pour laisser un commentaire. Merci à Olivier SC qui m’a poussée à le faire, conseil que j’ai suivi puisque je pourrai gérer autrement les spams qui pourraient arriver jusqu’ici.

Alors, si jamais un de mes billets vous inspire quelque commentaire que ce soit, ces pages sont aussi les vôtres ! Je vous laisse même un grand cahier et une plume, alors cette fois, vous n’avez plus de raison de ne pas laisser votre griffe !

Petite réflexion sur le bonheur

kurihara

Le bonheur? Celui avec un grand B ou un petit? Celui que les uns et les unes recherchent inlassablement tout en trouvant fades les bonheurs parce que LE bonheur doit bien exister quelque part? Celui-là même qu’au bout de la route, ceux qui l’ont en vain espéré, n’ont pas trouvé?

Faut-il à tout prix partir à sa quête? Faut-il réduire l’importance de tous les petits au profit de ce grand et unique qui va supposément tout changer? Si oui, je n’ai rien compris, mais vraiment rien.

Car le chercher, ça aurait été me priver de tous ces merveilleux instants de bonheur qui ont jalonné ma route, ça aurait été minimiser un geste ou un regard, les joies et tout ce qui fait que je suis en vie. Et ça, je suis incapable de le faire. Je préfère de loin sortir un microscope pour examiner de près un événement pour d’autres banal mais dont je conserve un souvenir inaltérable plutôt que regarder au loin avec des jumelles ce qui va venir et qui s’annonce comme exceptionnel.

La seule assurance de bonheur, c’est celle qu’on porte en soi, c’est notre façon de regarder les choses. Et quand on sait le faire, TOUT est bonheur. Et c’est cette addition de petits détails qui fait que le soir venue, je suis rassasiée. J’ai trouvé du bonheur partout.

Dans une carte postale de Bayreuth dans la boîte aux lettres. Dans le morceau de pain arraché à une baguette et que j’ai couvert de pâté de campagne. Dans les pubs de Vincent Delerm et Renaud que j’ai trouvées sur le net. Dans mon miroir alors que j’essayais de faire de quoi avec ma tignasse. Dans mon café du matin qui sentait bon un vendredi de congé. Dans l’heure passée au lit avec un livre, installée à la manière de la lectrice de James Kurihara.

Il était partout aujourd’hui, le bonheur. Dans les CD prêtés par maman. Dans la pizza de ce midi. Dans la perspective de déjeuner en famille dimanche et de revoir Denise, la belle-fille de ma sœur.

Et je devrais chercher le bonheur avec un grand B à tout prix ? Nul besoin. Je suis heureuse et ce n’est pas parce que je me contente de peu, mais bien parce que je vois le bonheur où il est sans chercher ailleurs, sans l’attendre. Il est en permanence là où on sait regarder. « Avec les yeux du cœur », comme le chantait si bien Gerry Boulet. Il n’y a pas, je crois, d’autre manière pour que le bonheur ne soit non pas à nos portes, mais chez soi, bien au chaud.

Quand de sérieux patrons ne se prennent pas au sérieux

33tours

Imaginez un groupe de gens sérieux qui dirigent des recherches cliniques en vue de trouver de nouveaux médicaments. Vous les voyez austères et incapables de s’amuser, toujours le nez dans les formules chimiques, les calculs et les probabilités, n’est-ce pas? Et bien, cette fois, vous avez tout faux!

Il existe quelque part des gens sérieux qui ne se prennent pas au sérieux et dont le patron doit être celui qui se prend le moins au sérieux de tous ces gens sérieux: le patron de ma sœur. Il a trouvé un jeu pour occuper son équipe qu’il trouve trop peu au fait de… la chanson française et de ses classiques. Si, si. Et il a trouvé de quoi faire chercher son équipe de recherche.

26 chansons dont il fallait trouver le titre et l’interprète. Un jeu comme je les aime ! Et tout à fait pour moi, ma sœur le savait, puisqu’elle a dit que j’étais son « arme secrète ». Elle n’a pas eu tort. Et c’est avec un bonheur fou que j’ai trouvé les évidences — Guy Béart, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Daniel Guichard, Hugues Aufray, Juliette Gréco et autres — et même Ricet Barrier. Il n’en reste qu’une seule sur la liste qui me fasse un peu douter. Tant de gens ont interprété « Que reste-t-il de nos amours » en dehors de Trenet. Reste à voir si Eddy Mitchell est le bon choix pour que j’aie une note parfaite. Clin d’œil.

Mais quelle excellente idée d’inventer des jeux pareils. Trop de gens ne pensent pas que s’amuser ensemble par des défis et/ou des énigmes peut être aussi important que de bien travailler ensemble. Et j’applaudis quand je vois une telle initiative de la part d’un patron. Et si tout cela vous semble bien anecdotique et banal, c’est que vous avez perdu le sens ludique de la vie et que c’est bien dommage.

Bon vent !!

voldoiseaux

Je les ai entendus bien avant de les voir. Leurs battements d’ailes et leurs voix ont fait un tel vacarme que je me suis précipitée sur mon balcon pour les voir couvrir le ciel. Étaient-ce des oies blanches qui filaient déjà ce soir vers le sud ? Ou des fous de Bassan ? Ou encore des mouettes rieuses ? Ou bien les oiseaux volent-ils ensemble, toutes races confondues ?

Le ciel était à eux ce soir. Et je me demande bien comment ils ont fait pour savoir que c’est cette nuit que se fera le passage officiel de l’été à l’automne, alors que bien des gens, pour ne pas dire la plupart, l’oublieront.

Je leur ai fait signe de la main, je ne sais pas si l’un d’entre eux l’aura vu. Mais comme ils disaient au revoir, il me semblait logique de leur répondre. Et leur rappeler de ne pas oublier de revenir au printemps…

Le presque sourire de la liseuse

markmiltz

Qu’a-t-elle lu qui ait rendu cette lectrice aussi songeuse ? Est-ce une lettre dont on ne voit que l’eneveloppe décachetée ? Une de ces vieilles lettres d’amour qu’on conserve et qu’on relit pour se faire mal ou pour croire qu’on n’a pas rêvé ? Une lettre de rupture de la part de celui qui a préféré couché la liste des raisons sur une feuille de papier ?

Ou alors est-ce la page d’un vieil agenda retrouvé au fond d’un tiroir ? Ou même celle d’un journal intime qui lui a permis de remonter le temps et de constater qu’elle avait bien raison, que c’était bien il y a un an jour pour jour qu’il lui avait avoué qu’il l’aimait ? Ou bien une phrase d’une page prise au hasard qui lui a rappelé cette journée insouciante d’il y a de nombreux mois sous un soleil resplendissant, les cheveux au vent ?

Qui peut dire ce qui a donné cet air songeur à la liseuse de Mark E. Miltz ? Je ne peux qu’inventer des raisons comme des prétextes. Me servant là de ce que je vois: un carnet, une enveloppe et la lumière qui se glisse sur sa peau trop blanche.

Je ne peux qu’imaginer, me transposer. Trouver ce qui me donnerait un visage tel et ce presque sourire. Et c’est tout ce travail de détective qui me plaît ce soir. Résoudre l’énigme de ce visage au nez rougi comme après les larmes. Mais qui n’est pas triste. Qui, peut-être, se réjouit d’avoir su retrouver au fond de ses souvenirs, grâce aux quelques lignes d’un cahier ou d’une lettre, celui qui lui fait dire qu’elle a de la chance d’avoir vécu.

Anecdote d’un mardi matin

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Je n’ai aucune idée du pourquoi. Pas plus que je n’ai idée depuis quand cela se perpétue. Je sais juste que trouver un « sou » par terre est un porte-bonheur. Que quand on trouve une pièce de un cent, il faut faire un souhait. Mais le pourquoi du comment, nada, je n’en ai aucune idée.

Je l’ai toujours fait, autant que je me souvienne, sans y attacher beaucoup d’importance, sans trop y croire, amusée quand ça arrive. Et ce matin, une pièce m’attendait dans l’escalier entre les deux paliers. Je l’ai ramassée, j’ai fait un vœu, et je l’ai mise dans la poche de mon ciré. Il n’a pas fallu longtemps pour que je me mette à rire. Comme mes voisins n’empruntent jamais cette porte, mais toujours celle de derrière, tout comme leurs visiteurs, vraisemblablement, cette pièce était tombée de mon sac ou de la poche de ma veste, peut-être en repêchant mes clés du fond de l’un ou de l’autre la veille.

Et j’avais ramassé ma propre pièce qui n’était pas là à 23 h quand j’ai monté les marches, mais qui m’attendait à 8 h 20. Je riais. Comme d’une bonne blague. Après tout, faire un souhait en tenant entre ses doigts une pièce qu’on a probablement laissé tomber soi-même, c’est tout de même assez drôle.

Et c’est en sortant les clés de ma poche pour prendre le courrier que j’ai retrouvé la pièce qui, visiblement, avait suivi le chemin d’une autre – ramassée quand? – puisqu’elles étaient maintenant deux.

Je n’ai aucune idée du vœu que j’ai fait lorsque la première pièce est venue rejoindre le fond de ma poche. Et je ne suis pas non plus certaine de me souvenir avec exactitude de celui de ce matin, puisque je n’y ai pas attaché beaucoup d’importance, faisant le geste machinalement, comme je le fais depuis toujours.

Mais ça m’amuse de penser que je vais laisser les pièces là. Que peut-être d’autres vont s’ajouter et que l’addition de tous ces vœux me donnera peut-être dans dix ans la mirobolante somme de deux dollars.