On n’est pas poète sans éloquence ; on n’est pas orateur sans poésie. (Joseph Roux)
*toile de Belinda Del Pesco
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On n’est pas poète sans éloquence ; on n’est pas orateur sans poésie. (Joseph Roux)
*toile de Belinda Del Pesco
Vers du souvenir
Je songe à sa venue
Brillante, brillante en haut des marches du jardin
Impatient, impatient de faire cesser notre séparation
Inépuisables, inépuisables, nous parlons d’amour
Nos regards s’embrassent sans pouvoir se rassasier
Je te contemple et en oublie la faim
Je songe à l’instant où elle s’assit,
Consciencieuse, devant le rideau fin.
Elle chante par trois fois
Et par trois fois pince les cordes du luth.
Son rire efface le souvenir des autres êtres.
Elle fait la mine et n’en est que plus belle.
Je songe à son sommeil
Gardant l’éveil quand tous se reposent
Elle défait la torpeur sans y être poussée
Immobile sur le coussin,
Elle attend qu’une caresse la trouve.
Effrayée par mes regards,
Elle rougit sous la lueur des chandelles.
Shen Yue
(dans Nuages immobiles)
*choix de la lectrice de Michele Tosini
Toute relation est illusoire, mais on ne peut se passer d’autrui. Le monde extérieur vous donne continuellement l’occasion de vous voir et de vous observer, donc une chance de vous transformer. (Swami Prajñanpada)
*toile d’Ulrike Hahn
La lectrice du peintre Nicolaas van der Waay n’a pas jeté un regard à la pile de recueils sur la table. Sans hésitation, elle s’est dirigée vers les rayons. Elle savait exactement quel livre elle voulait ouvrir, lequel elle voulait partager avec les lectrices du soir. Elle s’est donc installée en compagnie de Nuages immobiles et a laissé le livre ouvert sur ces vers du poète Yang Fang :
L’union amoureuse
L’amant détourne à lui la pointe de l’aiguille de fer
Le verre en fusion rassemble le feu et la fumée
L’aigu et le grave tonnent à l’unisson des accords parfaits
Et les cœurs voisins s’attirent toujours à l’intime
Mon amour me lie à toi comme l’ombre au corps
Nous dormons côte à côte sous des draps de trame fine
Dont la soie généreuse provient de cocons jumeaux
Aux heures chaudes, nos éventails sont deux ailes qui se touchent
Aux heures froides, nos épaules s’embrassent sur la natte feutrée
Tu ris soudain et me voilà hilare
Tu t’affliges alors et ma joie s’évanouit
Allant, je joins mes as aux tiens
Partant, nous partageons la poussière du chemin
Inséparables, comme les lions des portes célestes
Je ne recherche que ta présence
Et je ne crains que ta distance
Unissons nos corps en une seule forme
Partageons nos vies dans une chambre commune
Et dans la mort, scellons nos os sous un seul tombeau.
Le poète qui sut dire l’amour au plus vrai;
Le nôtre surpasse encore les mots.
Ce qui n’a jamais été articulé en mots finit par devenir trop nébuleux pour s’inscrire dans la mémoire. (Jane Smiley)
*aquarelle de Marie Matthews
dans le train pour Cascais
tu as vu la plus belle des filles.
son visage à la peau tannée
ses seins ronds
(comme ceux d’Ornella Muti)
elle portait un tee-shirt
Dolce & Gabbana
avec l’allure de Thérèse d’Avila
au moment où elle contemplait la lance
par laquelle le soldat la tenait
etc.
mais elle a dû être décontenancée
par la biographie de Wittgenstein
entre tes mains
car soudain elle s’était levée
pour descendre à Estoril
pendant que tu continuais pour Cascais
tristement convaincu
que tu as peut-être laissé filer
la jeune fille de ta
vie
(ou du moins de la vie de quelqu’un)
La belle de l’Atlantide
semblable au corps de son idiome insaisissable,
juteux et chuintant
ressemblait à cette samba
de jadis dans la ville de Bohinj
l’été de tes dix-huit ans
mais que pouvais-tu faire?
tu as continué de lire ce livre maudit
avec la conscience amère
que les limites de ta langue
signent les limites de ton monde
entièrement dépendant du hasard,
semblable à celui-là
que je n’aurais accepté de soustraire à aucun prix.
Damir Soldan
(dans Les poètes de la Méditerranée)
*choix de la lectrice de Philip Naviasky
Voici ce qui reste
de ma patrie.
La main qui cherche
sans amertume logique
le corps de ces morts.
Je ne sais même plus qui je suis
à l’instant du crépuscule
espace face au temps
éternité blessée
entre la faim et le sanglot.
Cœur en tumulte
dis-moi, mère,
avec ta bouche mouillée
si la mémoire soutient
le monde livide.
Ana Marques Gastão
(dans Les poètes de la Méditerranée)
*choix de la lectrice de Jean Montémont
On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent. (Bertolt Brecht)
*toile d’Emily Patrick
Si la lecture des journaux n’a rien de réjouissant ces temps-ci, chez nous comme ailleurs, aussi bien ne pas les ouvrir. Les textes déposés sur la toile de la semaine dernière et validés hier par Adrienne, Anémone, Armando, Armèle Labelle, Lou et Mamido ne vous feront peut-être pas oublier l’actualité, mais ils vous permettront sûrement de bien commencer la semaine!
*toile de Rachel Labbé
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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