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Un bonheur parfait qui ne ressemble à aucun autre

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Bien des années plus tard, quand elle repensera à la scène, quel souvenir sera le plus précis pour la demoiselle peinte par James Jebusa Shannon? Le livre que sa mère lui lisait? La voix de celle-ci aux accents mélodiques, lisant avec tendresse des histoires qu’elle allongeait le plus possible pour faire durer le moment de complicité entre elles deux? La main de sa mère caressant ses cheveux toute la durée de la lecture? Ou peut-être juste cette impression d’un bonheur parfait qui ne ressemble à aucun autre?

2 réponses

  1. Très beau moment de bonheur entre une mère et une fille. La demoiselle se rappellera de tous ces instants, aucun ne sera laissé de côté. Des souvenirs qui ne s’envoleront pas car ils forment un tout dans le coeur de la petite.

  2. Que faut-il choisir ? Eloge de la mère ? de la lecture ? de la langue française ? de la mémoire ? Mais pourquoi choisir ! Prenons tout !

    « Si ma mère était une lectrice infidèle, c’était aussi, pour les ouvrages où elle trouvait l’accent d’un sentiment vrai, une lectrice admirable par le respect et la simplicité de l’interprétation, par la beauté et la douceur du son. […] quand elle lisait la prose de George Sand […] elle fournissait toute la tendresse naturelle, toute l’ample douceur qu’elles réclamaient à ces phrases qui semblaient écrites pour sa voix et qui pour ainsi dire tenaient tout entières dans le registre de sa sensibilité. Elle retrouvait pour les attaquer dans le ton qu’il faut, l’accent cordial qui lui préexiste et les dicta, mais que les mots n’indiquent pas ; grâce à lui elle amortissait au passage toute crudité dans les temps des verbes, donnait à l’imparfait et au passé défini la douceur qu’il y a dans la bonté, la mélancolie qu’il y a dans la tendresse, dirigeait la phrase qui finissait vers celle qui allait commencer, tantôt pressant, tantôt ralentissant la marche des syllabes, pour les faire entrer, quoique leurs quantités fussent différentes, dans un rythme uniforme, elle insufflait à cette prose si commune une sorte de vie sentimentale et continue.
    Mes remords étaient calmés, je me laissais aller à la douceur de cette nuit où j’avais ma mère auprès de moi. »

    Proust « Du côté de chez Swann » Ch. I

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