Voilà des semaines que la lettre est arrivée, des semaines qu’elle l’a lue à plusieurs reprises les trois premiers jours, se promettant d’y répondre. Et puis l’urgence a disparu et les mots se sont dérobées à elle.
La lectrice de Robert Aaron Frame ne souffre plus, du moins pas comme elle a souffert au début même si une douleur sourde lui étouffe encore la poitrine, une de celles qui durent le temps qu’elle doivent durer et qui finissent par s’estomper. Mais elle n’a plus rien de lancinant.
C’est devenu comme un engourdissement plus qu’une douleur proprement dite, parce que la vie a continué depuis. Comme une blessure de guerre qui se réveille quand il pleut. Ou parce qu’une phrase lui revient. Parce qu’elle porte cette jupe de la première fois. Parce que dans le livre dont elle a tourné les pages, la toile de Manet qu’il aimait tant a pris toute la place. Mais c’est chaque fois moins fulgurant comme douleur. Ou alors a-t-elle appris à vivre avec ce pincement au ventre et n’est-elle plus terrassée.
Si bien qu’elle ne répondra pas à la lettre.
Une réponse
Ce n’est peut-être que la seule solution. Admettre les choses. S’en souvenir comme un épisode heureux de sa vie.
C’est à quoi je m’éfforce aussi.
Le soleil a brillé, nous l’avons vu.