Commentaires récents
Admin:
Archives:
mars 2026
D L M M J V S
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  
En vos mots 984

  

Mars. Enfin. Est-ce ce que se dit celle à qui est destinée la lettre qu’elle lit, tremblante, pleine d’espoir peut-être? À moins que ce soit des nouvelles moins ensoleillées? À vous de nous le dire, de raconter en vos mots ce que ce tableau peint par Leo Whelan suscite en vous.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc amplement le temps de lire les textes déposés sur la toile de dimanche dernier et d’écrire quelques lignes. C’est avec plaisir que nous vous lirons.

D’ici là, bon dimanche, bonne semaine et bon début de mois!

3 réponses

  1. voilà mon texte Mars. Enfin.

    Elle reste debout, comme si s’asseoir risquait de rompre l’équilibre fragile qui la tient encore droite. La lettre tremble légèrement entre ses doigts — à peine, presque imperceptiblement — mais assez pour trahir l’orage silencieux qui l’habite. La lumière de la fin d’hiver glisse par la fenêtre et vient se poser sur le papier, comme pour en souligner chaque mot, comme si le soleil lui-même voulait confirmer que tout cela est vrai.

    Mars. Enfin.

    Depuis des semaines — des mois peut-être — elle attendait. Les jours s’étaient succédé avec la lenteur grise des saisons froides, pareils les uns aux autres. Le silence était devenu une présence, un compagnon lourd et discret. Et puis ce matin, le bruit bref de la boîte aux lettres, presque anodin. Un battement de cœur suspendu.

    Elle relit une phrase. Puis une autre. Elle ne sourit pas encore. L’espoir est une chose délicate : on le touche avec prudence, comme une porcelaine fine qu’un geste trop brusque pourrait briser. Ses épaules restent droites, mais sous le châle clair, on devine la tension, la retenue.

    Dehors, les branches près de la fenêtre portent déjà les premiers bourgeons. Rien d’éclatant encore, rien d’affirmé. Juste la promesse.

    Mars, enfin.
    Ce n’est peut-être qu’une date écrite en haut d’une page.
    Mais pour elle, c’est un passage.
    Une porte entrouverte.
    Un retour possible.

    Elle ferme un instant les yeux.
    Cette fois, le printemps pourrait tenir parole.

  2. Elle a passé une bonne partie de la nuit à l’écrire, cette lettre, ne trouvant pas le sommeil. Va-t-elle la lui envoyer ? Hier il faisait affreusement gris et morose. Aujourd’hui filtre de façon inattendue un air délicieux de printemps. Son humeur a changé.
    Elle n’éprouve plus de hargne plus de tristesse. Son coeur a cessé de cogner dans sa poitrine avec trop de force. Tous les sentiments négatifs qui la déchiraient se sont évanouis comme par enchantement. La nouvelle saison semble avoir chassé miraculeusement tous les malentendus.
    Recommencer une autre lettre? Elle n’en a guère envie. De l’avoir rédigée l’a soulagée. Tout mettre sur papier a clarifié son malaise et l’a dissipé. Tout est en paix maintenant. Et parler de cette paix revenue ne ferait qu’évoquer l’existence d’une guerre passée. Guerre qui n’a eu lieu, tout bien considéré et en toute honnêteté, qu’à l’intérieur d’elle-même, où les acteurs du conflit s’affrontaient, et sont désormais pacifiés.

  3. «Tu n’a jamais aimé recevoir les lettres que je t’ai envoyées », chantait le poète en duo avec Sharon Robinson, dans Dear Heather.

    Un moment suspendu.

    Comme tant d’autres auxquels je m’accroche certains soirs pour adoucir ma solitude. Ou pour me souvenir qu’il fut un temps où on prenait le temps d’écrire quelques mots à l’encre du cœur, en pensant qu’à l’autre bout du monde quelqu’un les attendait. Impatiemment.

    Et la nostalgie de ce qui fut notre vie n’y est pour rien. Laisser la vacuité de nos pensées prendre ce chemin, ce serait un leurre.

    Seuls les mots murmurés se perdent dans la toile tissée par l’oubli. Ceux qu’on dépose, dans les pages intimes d’une lettre, ne dépérissent jamais. Ils voyagent au-delà de nos vies. Et, comme un cri dans nos silences, ils reviennent en écho. Souvent.

    « J’étais mort, je suis vivant, tu es le sang de mon cœur », écrivait Hugo à Juliette. Comment ne pas s’attarder, pensif, sur les tendres mots d’Apollinaire, « Et je vous aime avec un frisson si délicieusement pur… »

    Sait-on encore, ce que cela veut dire. Un frisson délicieusement pur…

    Peut-être que la réponse se trouvera dans le murmure d’une chanson ou dans les secrets mystérieux d’un poème, où on pourrait encore entendre le crissement tendrement léger de la plume sur une feuille blanche, délicatement parfumée de ce que nous sommes. Et nous dire, comme Félix Leclerc, « qu’on voudrait bien être la lettre que j’envoie ce matin à celle que j’aime ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *