Alors que je viens tout juste de valider les textes inspirés par la toile de dimanche dernier que je vous invite d’ailleurs à lire, j’en ai profité pour accrocher cette scène livresque imaginée par Annika Connor qui vous est destinée.
À vous de raconter ce qu’elle évoque. À vous de nous faire part en vos mots d’une histoire totalement inventée ou d’un souvenir. À vous les mots que je validerai dans sept jours.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

2 réponses
Pas de passé !
Pas de deux !
Pas de lettre !
Pas de cette encre !
Pas de livres vieux !
Pas de bibliothèque !
Ni de peinture !
Ni de musées !
Foin de l’histoire !
Ou de l’humanité !
Faisons place nette !
Epouvantables murs !
Coeurs desséchés !
Violettes timides !
Mains croquevillées sur tant d’indifférence !
Pas de passé !
Pas de grenier !
Jamais d’enveloppes !
Ni de victimes !
Pas de lettres !
Ni de livres !
De livres qui font peur !
Et moi, je dis,
Ce soir, c’est ton silence qui me fait peur !
Il me vient en tête cette après-midi d’automne où j’ai vu déambuler, égaré, à pas timides, à travers les rayons de livres, un homme robuste et âgé, cherchant manifestement un ouvrage qui semblait ne pas vouloir se montrer.
Je me suis approché de lui pour lui porter secours. Il cherchait Le vieil homme et la mer. Un livre dont il avait entendu parler dans sa jeunesse et que, maintenant qu’il avait enfin appris à lire, il voulait absolument lire. Je lui ai parlé d’Hemingway. Un immense écrivain. Je lui ai raconté L’adieu aux armes et Pour qui sonne le glas. Je lui ai dit pour le Nobel de littérature.
Le vieil homme semblait hypnotisé par mes paroles. Son regard était profond et sa respiration suspendue. Ses mots étaient simples et humbles. Il m’a demandé de ne rien lui dire du Vieil homme et la mer. C’était un ancien marin. Il voulait découvrir l’histoire par lui-même. Même si certains mots lui posaient encore des problèmes.
Puis, avant de partir, il m’a confié à voix basse qu’un jour lui aussi écrirait un livre. Pour raconter sa vie de marin.
Je lui ai souri avec condescendance.
Puis je suis allé rejoindre mes camarades.
Je leur ai dit que le vieil homme voulait écrire un livre.
Nous avons beaucoup ri, noyés dans l’arrogance de nos vingt ans. Faut dire qu’en ce temps-là nous étions quelques élèves à fréquenter la bibliothèque avec la même assiduité qu’un moine fait ses prières. On distillait les heures à lire et à disserter sur les grands auteurs, dans la certitude qu’un jour nous en ferions partie. Et pourtant… je me trouve dans cette file interminable, à la Foire du livre, à attendre mon tour pour faire dédicacer mon livre. En espérant qu’il se souvienne de moi.
(inspiré par : http://www.dailymail.co.uk/news/article-2073885/Captain-James-Arruda-Henry-98-First-time-author-overcame-illiteracy-91.html)