Alors que je viens à l’instant de valider les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite à lire, je vous propose cette semaine de vous laisser inspirer par l’illustration de l’artiste Golnar Servatian, d’origine iranienne et vivant au Canada,
Vous avez donc devant vous une semaine pour faire vivre en vos mots cette scène, sorte de clin d’œil pour ma filleule, qui vient de retourner aux études en vue d’obtenir une maîtrise en sciences de l’information, avec un parcours axé sur la bibliothéconomie. C’est avec joie que nous vous lirons.
D’ici là, bon dimanche, bonne semaine et bonne fin de mois à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
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Quand j’étais enfant, je me visualisais parfois exerçant un métier. Par exemple, j’aimais imaginer que j’interviewais avec plaisir une personnalité à la radio. Ou que j’étais moi-même interviewée, parfois dans une langue étrangère rendue dans un parfait « yaourt ».
Un moment, j’étais encore très petite, j’ai pensé qu’il pouvait être agréable de présenter des modèles de vêtements, tels qu’on peut les voir sur les photos de certaines publicités ou de certains magazines. Maman m’en avait dissuadée en me parlant des longues et ennuyeuses séances de pose. Elle avait passé sous silence les régimes astreignants et les abus fréquents des employeurs de ce monde sans pitié, dont elle ignorait probablement tout à l’époque. De toute façon, la fillette de quatre ans que j’étais n’en aurait pu rien comprendre.
J’aimais par ailleurs jouer à la petite marchande. J’avais reçu de ma tante une jolie échoppe de marché et quelques victuailles factices pour la garnir, ainsi qu’une petite caisse enregistreuse pourvue de billets et de monnaie. L’ennui était que je devais demander à maman de la sortir de l’armoire et de me l’installer, ce qui paraissait toute une entreprise. Mais je transformais aussi volontiers le living de mes grands-parents paternels en magasin d’antiquités. Et pour cela je n’avais besoin d’aucune aide. Je vendais alors ou essayais de vendre à de virtuels passants napperons, cadres, vases, objets divers et petit mobilier dont se composait le séjour. Quand je tombais sur un acheteur, j’emballais avec soin le butin dans un morceau d’étoffe chamarrée issu du coffre à trésors hérité de ma grand-mère maternelle. Dans le cas contraire, je remerciais poliment le client ou la cliente de sa visite. C’était l’un de mes jeux préférés.
Plus tard, en réelle recherche d’un métier, j’ai essayé de trouver une liste des métiers existants. Car j’avais l’intuition qu’il en existait des kyrielles, même si nous n’en connaissions que peu et parlions toujours des quelques mêmes.
Personne toutefois ne put m’apporter cette liste. Aucune fée ne se glissa dans les rayons de la bibliothèque pour me l’apporter.
Je me laissai donc guider par le destin. Un emploi d’enseignante pour adultes se profila, qui me convint. Je ne me sentais pas prête à m’engouffrer dans des études artistiques car je manquais d’expérience du monde, et les débouchés en semblaient aléatoires.
Il me paraissait cependant essentiel autant que possible de faire de notre existence une œuvre d’art.
Et je gardai toujours en mon coeur le désir de laisser se réaliser la part de l’artiste en moi. Au fil du temps, en marge de mon métier, j’y suis parvenue en partie. Sans besoin d’études ni de diplômes, mais tout simplement en laissant se dérouler joyeusement le cours de la vie et de mes envies.
Madame Geneviève était tellement habituée aux chamailleries de Maxime et d’Anh, qu’elle s’en amusait à chaque fois.
Leurs parents avaient pour exigence la lecture d’un livre par semaine. Ensemble. Cela, selon eux, servirait à empêcher qu’ils se réfugient chacun dans leur coin et les obligerait à échanger sur ce que chacun retenait de ce qu’il lisait. Et, souvent, on aurait dit qu’ils n’avaient pas lu le même livre.
Cette fois-ci, Maxime s’était entêté à choisir mordicus Graines de bandits d’Yvon Roy, alors qu’Anh s’obstinait à vouloir lire La maison du canard bleu de Clavel Bernard.
Madame Geneviève savait que sa tâche allait être aussi incommode que les fois précédentes. Convaincre les deux enfants d’adopter une lecture commune était chose laborieuse à laquelle même les parents ne voulaient pas se mêler.
Elle a commencé par demander à Maxime le pourquoi de son choix. Aimerait-il vraiment lire l’histoire de deux frères malheureux qui ont fui la violence parentale alors que leurs parents étaient si affables et si aimants?
Maxime est resté silencieux… sans soutenir un quelconque argument.
Puis elle a demandé à Anh la raison de son choix qui a plaidé le goût de la nature, des animaux et la douceur de vivre, ce qui n’était pas assez motivant pour Maxime, qui ne voulait pas lire d’ histoires de filles…
Après avoir ri aux éclats de leurs petits pinaillages enfantins, Madame Geneviève leur a dit « Je sais exactement ce qu’il vous faut. Que diriez-vous de jouer les détectives Benson et Carson et de mener l’enquête sur un étrange antiquaire qui vous aurait vendu de la fausse monnaie?… »
Aussitôt Maxime enthousiaste a crié : « Je serai Carson et toi Benton!… »
Madame Geneviève, souriante, leur a remis Un étrange antiquaire de George Wyatt en poussant un grand soupir de soulagement. Ah, les enfants!…