Le monde de la réalité a ses limites; le monde de l’imagination est sans frontières. [Jean-Jacques Rousseau]
La lectrice de Philippe Mariette a laissé la phrase à votre intention. Sans savoir ce que vous en ferez. Sans savoir si vous y répondrez par une citation, par une chanson ou par un long commentaire. Ou même si elle suscitera une histoire de votre part.
Elle sait seulement qu’elle l’a déposée ici pour ce que mots vous inspirent. Et que dans une semaine, elle vous lira. Pas avant.
Aura-t-elle quelque chose à lire? Vous seuls le savez.

Une réponse
Dans son petit deux-pièces très modeste, Fabienne n’y vit pas souvent. Plus de vingt ans ont passé depuis son emménagement ici, en France. Elle retrouve son petit appartement, deux fois pas année pour se reposer car elle en a grand besoin.
Il faut dire que sa tâche n’est pas facile mais elle ne pourrait pas vivre autrement. C’est son choix. Un choix qu’elle a fait à vingt ans.
Fabienne est institutrice et passe la plupart de son temps en Afrique.
Le souhait de Fabienne a toujours été de venir en aide aux enfants démunis, sans école, et n’ayant plus de parents.
Il y a une vingtaine d’années donc, Fabienne s’est inscrite un jour dans une association qui recherchait des institutrices pour différents pays. Son choix s’est porté sur le Burkina Faso.
Elle n’a pas hésité une seconde puisque de toute façon sa vie en France était très monotone. Elle avait besoin d’action et surtout de venir en aide. Fabienne a toujours été ainsi depuis sa plus tendre enfance.
Rien ne la retenait en France étant donné qu’elle n’avait plus ses parents et pas de petit ami, à l’époque. Elle était libre comme l’air.
Fabienne se souvient très bien de son arrivée en Afrique dans ce petit village fait de huttes et le vent qui soufflait si fort qu’elle devait se protéger les yeux de la poussière de la terre.
L’école était inexistante. Il n’y avait rien. Les enfants jouaient à pieds nus et se tenaient à l’ombre.
A l’association, on lui avait bien dit que les débuts seraient difficiles.
Toutes fraîches des ses vingt printemps, Fabienne se débrouilla pour faire venir les autorités dans ce village. Après moult discussions sous le baobab, elle obtient gain de cause pour faire construire une école et des sanitaires en dur.
Mais en attendant la réalisation de l’école, elle organisa sa classe et les cours étaient donnés dehors sur la terre battue.
Comme elle aimait ces enfants qui le lui rendaient bien. Pendant les cours, ces petits noirs l’écoutaient avec leurs yeux gros comme des billes. Ils avaient le rire facile et très communicatif. Les journées se passaient dans la joie, le partage, l’affection et la communication. Chaque matin, les petits écoliers étaient déjà assis à leur place, par terre et attendaient leur maîtresse avec impatience car ils étaient tous avide d’apprendre.
Fabienne avait toujours un mot gentil pour chacun.
Cela fait un peu plus de vingt ans qu’elle enseigne toujours en Afrique. Ses petits écoliers du début sont devenus des jeunes gens. Tous ont trouvé du travail dans les grandes villes, la plupart viennent lui rendre visite et la remercient de sa patience, de sa bonté. Tous ont maintenant une bonne situation. Evidemment, tous ces mots touchent Fabienne.
Mais voilà ! Fabienne se sent fatiguée, elle va rentrer en France reprendre des forces. Elle n’est pas âgée mais elle n’a plus vingt ans non plus. Elle a besoin de réfléchir sur ses futures années. Retournera-t-elle en Afrique ou prendra-t-elle une autre direction, moins loin ? Où fera-t-elle tout autre chose ?
Elle va y réfléchir.
De retour chez elle, Fabienne reprend sa vie peut-être moins monotone qu’avant. Elle correspond beaucoup avec ses anciens élèves qui se confient beaucoup à elle. Et même si elle ne s’est pas mariée, si elle n’a pas eu d’enfants, elle se considère comme privilégiée d’avoir eu « autant d’enfants ».
Dans ses mains, elle tient un petit billet que son grand-père lui avait donné pour ses 18 ans en lui disant, garde le toujours sur toi, un jour, il pourra t’aider…il avait écrit la citation de Jean-Jacques Rousseau :
« Le monde de la réalité a ses limites; le monde de l’imagination est sans frontières. »