C’est avec Lylatov, il y a un peu plus de dix ans, que le pianiste et interprète Alain Lefèvre a sorti ses compositions de ses tiroirs pour le plus grand plaisir de ceux qui le suivent. Un album que je réécoute toujours avec grand plaisir pour ses nuances, ses envolées, sa poésie, cette démesure retenue qui se déploie dans la moindre mesure afin de faire vibrer le cœur de qui l’écoute. Il me fait plaisir de partager avec vous Mon absolue.
Dès que vous prononcez le nom de Ravel, il y a quelqu’un autour de vous pour vous chanter deux ou trois mesures du Boléro avec fierté, avec l’air de vous dire que bien évidemment qu’il connaît Ravel, que tout le monde connaît Ravel. Voyons. Évitez alors de prolonger la conversation. Elle risque de tourner au vinaigre si vous osez dire qu’il y autre chose que le Boléro. Il y a toujours des gens qui aiment parler de ce qu’ils connaissent uniquement.
Mais si jamais, au simple nom de Ravel murmuré, vous croisez un regard qui attend la suite, parlez-lui de l’œuvre pour piano de l’éclectique compositeur qui a laissé derrière lui quantité de pièces en tous genres. Parlez-lui d’Alexandre Tharaud, à qui on a décerné le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros pour son interprétation des œuvres de Francis Poulenc en 1997, puis pour celle des œuvres de Maurice Ravel en 2003. Puis faites-lui entendre quelques pièces, ou même toutes. Peut-être aura-t-il envie d’écouter en boucle l’un et l’autre de ces albums magnifiques où Alexandre Tharaud fait chanter les mélodies qui se croisent, notamment dans Une barque sur l’océan, une des cinq pièces de Miroirs, à propos desquels Ravel écrira plus de vingt ans après leur composition : « Le titre des Miroirs a autorisé mes critiques à compter ce recueil parmi les ouvrages qui participent du mouvement dit impressionniste. Je n’y contredis point, si l’on entend parler par analogie. Analogie assez fugitive d’ailleurs, puisque l’impressionnisme ne semble avoir aucun sens précis en dehors de la peinture. Ce mot de miroir en tout état de cause ne doit pas laisser supposer chez moi la volonté d’affirmer une théorie subjectiviste de l’art. »
Elle est ce soir à Dublin. À la fin du mois, c’est Bogotá puis La Nouvelle-Orléans qui l’accueilleront. En octobre, ce sera l’Allemagne. La pianiste classique Gabriela Montero, d’origine vénézuélienne, possède un talent qui n’est pas propre à tous les interprètes, un talent qu’elle a si bien développé qu’il a fait sa réputation : l’improvisation.
Le Monde de la musique lui a remis en 2006 le prix Choc de la musique de l’année pour son album Bach and Beyond, un album qui est un pur enchantement, à la fois hommage et inspiration. Un album duquel j’ai tiré ses improvisations sur le Prélude en do qui ouvre le Clavecin bien tempéré, qui demeure une des pièces que je joue encore et dont je ne me suis jamais lassée.
Qui apprécie la harpe devrait aimer l’album Autour de la harpe, réalisé en 2006 par les Chambristes de Montréal, un groupe composé de Marianne Dugal, Brian Manker, Jonathan Crow, Jennifer Swartz, Timothy Hutchins, Neal Gripp et Robert Crowley, réunis afin de mettre à l’honneur les compositeurs Claude Debussy, Maurice Ravel, Joseph-Guy Ropartz, Charles Koechlin et Albert Roussel. Un album de grande qualité, tout en nuances, qui fait ressortir les particularités de chacune des pièces sélectionnées, très différentes les unes des autres, certaines légères, alors que d’autres sont plus graves.
Et juste pour le plaisir, la Sonate pour flûte, viole et harpe de Claude Debussy.
À Vienne? Oui, le temps de l’album Salon viennois de Musica Camerata Montréal, ensemble de musique de chambre créé en 1970, la même année où le violoniste Luis Grinhauz, à qui on doit les arrangements de ce CD, s’est joint à l’Orchestre symphonique de Montréal. Le temps d’un pot-pourri sur des thèmes de l’opérette Comtesse Maritza du compositeur d’origine autrichienne Imre Kalman.
Juste pour le bonheur d’un dimanche en musique, le Concerto en la mineur pour deux hautbois, RV 536, de Vivaldi, dirigé par Jeanne Lamon, de l’orchestre baroque Tafelmusik.
Parce que j’ai toujours aimé le côté lancinant de certaines musiques russes, surtout quand elles sont interprétées au violoncelle, je suis bien sûr tombée sous le charme de Vocalise Russian Romances, mettant en vedette le violoncelliste Mischa Maisky, accompagné au piano par Pavel Gililov, lequel regroupe des airs de Moussorgski, Rachmaninov, Glinka, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov et quelques autres. Des airs souvent tristes, parfois teintés de langueur qui révèlent le talent des artistes et l’âme déchirée qui se profile dans chacune des pièces sélectionnées. C’est donc à un magnifique album que nous avons droit ici. Pour vous le prouver, Sleza de Moussorgski et Vocalise, op.34 no.14 de Rachmaninov.
Parce qu’il est né à Orléans, qu’il a fait ses études à Paris et qu’il vit à Montréal, on a envie de dire de Jérôme Minière, le cinéaste et chanteur, qu’il est un citoyen du monde. Or, c’est en tant que Québécois qu’on lui a remis récemment le prix Rapsat-Lelièvre, remis en alternance à un artiste belge et à un artiste de chez nous. Un prix bien mérité pour celui qui se démarque de tout ce qui se fait ici, de pire comme de meilleur, le pire étant plus courant que le meilleur, les artistes d’exception ne faisant guère légion à l’heure où la télévision fabrique sur mesure des vedettes interchangeables. Heureusement que nous avons des Dumas, Marco Calliari, Nicola Ciccone et une pléiade de musiciens classiques pour nous faire oublier la morosité ambiante. Et Minière, que je découvre avec retard, même si j’ai souvent croisé son nom sans m’attarder, avec cet album, Le vrai le faux, aux rythmes on ne peut plus actuels et aux paroles bien senties et loin de la mièvrerie. Comme vous le prouvera Dans ton oreille.
Connu davantage comme organiste, professeur d’harmonie et directeur du Conservatoire de Paris que comme compositeur, Théodore Dubois a pourtant laissé derrière lui plus de 500 œuvres, pour orchestre, pour orgue, pour piano, des ballets, de la musique de chambre et des pièces vocales, ainsi que des écrits consacrés à l’harmonie et à la composition.
La violoniste Anne Robert s’est entourée du violoncelliste Paul Marleyn et du pianiste Stéphane Lemelin, épris de musique de chambre, lorsqu’elle a fondé en 2000 le Trio Hochelaga, qui a choisi de se dédier à la diffusion de celle-ci et plus particulièrement à celle de la fin du XIXe siècle et du début du siècle suivant. « Les musiciens canadiens séduisent par leur jeu tendre, flexible et léger comme une plume, qui réussit parfaitement à la facture classique des œuvres », affirme Christian Vitalis à propos de l’enregistrement des œuvres pour piano et cordes de Dubois, tandis que Claude Gingras loue le trio en ces mots : « Le Trio Hochelaga apporte une affection évidente, un enthousiasme communicatif et une exemplaire préparation technique, et la prise de son est claire et présente. Une véritable découverte! »
Et afin que vous puissiez vous aussi découvrir Théodore Dubois et le Trio Hochelaga, je vous offre Promenade sentimentale pour violon et violoncelle avec accompagnement de piano.
Parfois, on a juste envie d’être ailleurs. En Italie, par exemple. Il suffit pour cela d’écouter Placido Domingo chanter Italia, ti amo pour se sentir de l’autre côté de l’Atlantique, dans une ville dont on rêve, Venise ou bien Florence, Sorrente ou Amalfi. Le temps d’un album, le ténor d’origine madrilène rend hommage au pays de l’opéra. Magnifiquement. De tout son cœur De toute son âme. Avec passion.
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