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Couleur chagrin

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La couleur chagrin, c’est celle de l’éclipse dans le ciel. Et l’éclipse, dans cet album signé Élisabeth Brami et illustré par Georges Lemoine, agit comme symbole de la disparition. Il peut s’agir de quelqu’un qui est parti vivre au loin, d’êtres qui se séparent ou du décès d’un proche, libre au parent lecteur d’adapter au besoin cette courte histoire selon la situation.

Un bel album qui laisse beaucoup de place à l’imagination et au rêve tout en ne cachant pas la tristesse que peut provoquer une disparition. Oui, un bien bel album sur un sujet qui est et demeurera toujours difficile à aborder avec les enfants.

Le secret de l’éléphanteau

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C’est un joli album plein de fantaisie que propose Carl Norac avec Ne dites pas à maman que je suis dans les nuages, lequel raconte l’histoire d’un éléphanteau qui a inventé une bicyclette volante (qui n’est pas sans rappeler celle du film E.T. ou des dessins de Léonard de Vinci). Mais comme sa mère n’est pas au courant que cet engin existe et encore moins qu’il est fonctionnel, mieux vaut que ça ne se sache pas, d’où le titre du livre qui est la phrase qu’il dit à ceux qu’il croise.

Oui, un bien joli album vous dis-je, avec un sympathique clin d’œil à la fin et des illustrations très colorées et empreintes de douceurs signées Mireille Levert, une auteure jeunesse et illustratrice de talent de chez nous.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Une princesse qui fait la fine mouche

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Voilà un moment que je me promettais d’ouvrir à nouveau Princesse Finemouche de Babette Cole. J’ai tant vendu d’exemplaires de ce livre du temps de ma vie de libraire que je me demandais s’il avait vieilli. Et sans hésiter, je l’affirme : il n’a pas pris une ride.

La princesse Finemouche est toujours aussi rigolote. Toujours aussi vive d’esprit, toujours aussi décidée, toujours éprise de liberté et nullement prête à s’encombrer d’un prince. Mais elle est jolie et riche, ce qui attire de nombreux prétendants dont elle n’a que faire. C’est pourquoi elle crée à leur intention une série de défis inusités, voire irréalisables auxquels ils se plient sans grand succès : couper du bois, faire une balade à moto, nourrir ses animaux, récupérer un anneau dans le bassin des poissons rouges, etc. Et chaque fois que l’un ou l’autre échoue, elle est au comble du bonheur. Mais c’est sans compter sur l’ingéniosité du prince Flamblard qui la surprendra en réussissant chacun des défis imposés.

Mais la princesse Finemouche a plus d’un tour dans son sac et elle trouvera bien une façon de se débarrasser de l’importun. Pas question que ce conte de fées finisse autrement que par une vie longue et heureuse pour la princesse.

Et à chaque épreuve, face à chacune des illustrations, j’ai ri de bon cœur. Il y a sûrement une princesse Finemouche en moi.

Un livre inépuisable

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Imaginez qu’existe un livre inépuisable que vous pourrez raconter de mille façons différentes à un enfant, un livre que lui-même vous racontera de mille autre façons et que tous ceux qui l’ouvriront raconteront de mille autre façons. Je vois d’ici votre regard sceptique : un tel livre n’existe pas. Et pourtant si. Il s’appelle Chute libre.

Chute libre raconte l’histoire d’une enfant qui s’endort auprès d’un livre ouvert et à qui il arrive toutes sortes d’aventures alors que ses rêves l’entraînent dans un monde imaginaire où interviennent les héros de ses lectures. À moins que Chute libre ne raconte autre chose. Car il n’y a que des illustrations dans ce superbe album signé David Wiesner. L’histoire appartient donc à qui la racontera.

Oui, il existe bel et bien un livre inépuisable.

Mercredi à la librairie

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Chaque mercredi, une petite fille croise à la librairie, où elle dévore des bandes dessinées, un vieux monsieur qui retrouve chaque fois un gros livre, qui semble bien lourd pour la petite, et qui fait verser quelques larmes à son lecteur, lequel repart en souhaitant que le livre ne soit pas vendu quand il reviendra le mercredi suivant.

Puis vient un jour où le livre n’est plus là… Nous sommes à quelques jours de Noël et le livre a été vendu le jour même. Un livre signé Sylvie Neeman, native de Lausanne et responsable de la revue Parole de l’Institut suisse Jeunesse et Médias (ISJM) qui ravira petites et grandes mains qui aiment les histoires de libraire et les fins qui vous décrochent à la fois un sourire et des larmes.

Un catalogue décevant

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Le titre était prometteur et j’avoue que les premières pages de cet album signé Claude Ponti m’ont amusée. Puis je me suis assez vite lassée, même si je suis allée jusqu’au bout de ce catalogue destiné aux enfants insatisfaits de leurs parents.

J’imagine que le but didactique de l’album est de convaincre les enfants qu’il vaut mieux avoir les parents qu’ils ont que d’en choisir un à leur goût dans un catalogue, lesquels viennent équipés et peuvent être échangés au bout d’un certain temps. J’imagine. Car je me vois mal offrir ce livre en cadeau. Même à un enfant qui se plaint de ses parents.

Il faut avouer que je n’ai pas aimé les illustrations. J’ai toujours beaucoup de mal avec la transformation d’êtres humains en animaux même sous les talents du plus brillant illustrateur. Ça me fait décrocher. Je n’y peux rien, c’est ainsi.

Autant le titre était accrocheur, autant la lecture m’a déçue et autant je me sentirais incapable de l’animer et de le lire à haute voix à un enfant. Et pourtant, je suis bon public.

Tant pis. Je trouverai bien un autre catalogue à me mettre sous la dent.

Un sujet grave traité sans gravité

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Il n’est jamais facile de parler de la mort aux enfants et encore moins de la mort d’un parent. La réussite de Ma maman du photomaton d’Yves Nadon, qui enseigne aux enfants du primaire depuis 30 ans, n’est en que plus remarquable.

Il est en effet difficile d’être sans maman quand on a six ans et demi. Surtout quand il ne reste d’elle que des souvenirs et quelques photos prises dans un photomaton une de ces journées heureuses auxquelles on s’accroche parce qu’on sait que plus jamais elles ne reviendront.

Et même si on aime notre papa et aussi sa copine, et qu’avec eux on se construit des souvenirs pour l’avenir, notre maman est toujours là, dans le vent et dans les bulles de savon. Omniprésente par la voix et les éclats de rire qu’on n’oubliera jamais. Qu’on ne veut jamais oublier. Ceux d’une maman qui a choisi volontairement la mort et dont on parlera un jour à ses propres enfants et aux enfants de ceux-ci. Pour qu’elle ne soit jamais oubliée.

Un livre plein de pudeur, avec peu de texte — juste assez, quoi — et des illustrations de toute beauté signées Manon Gauthier. Un livre mettant en scène un sujet grave… sans gravité. Un livre que j’aurais mis en évidence du temps de ma vie de libraire, des livres sur la mort, et de cette qualité, étant si rares.

SMS, blogs, clavardage et autres façons de communiquer

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Nous sommes à l’ère des SMS, des blogs, des salles des clavardage, des courriels, mais le journal intime (sur support informatique ou papier) est loin d’être désuet selon Francis Bartin, jeune enseignant en début de carrière qui vient d’arriver à l’école de la Cité des fleurs fanées (nom donné par les jeunes du quartier parce que toutes les rues ont des noms de fleurs).

Nous sommes en plein XXIe siècle, en Belgique, dans un quartier multiethnique, qui réunit des jeunes de différentes confessions religieuses, dont la langue parlée à la maison n’est pas toujours le français, dont les habitudes de vie ne sont pas partout les mêmes. Des jeunes où il y a des bons comme des méchants et qui se retrouvent en dehors de l’école dans une salle de clavardage où ils peuvent discuter « en privé ».

Cette salle accueillera Faktorye, une jeune Algérienne arrivée en cours d’année scolaire, à qui son père interdira de participer à un stage, ce qui déclenchera toute une série d’événements, car la petite bande qui se réunit pour discuter a décidé de venir au secours de leur nouvelle amie et de mobiliser chacun des élèves de 3e au moyen d’une pétition.

Une roman alerte où la plume passe de l’un à l’autre des protagonistes au moyen des journaux intimes, de courriels, de pages de blogs et de conversations dans la salle de clavardage alors que ponctuellement intervient le narrateur. Un roman dans lequel les ados se retrouveront même si à certains égards ils se trouveront confrontés à quelques clichés qui pourront les agacer, mais qui ne sont pas en nombre suffisant pour nuire à la lecture de ce roman.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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L’ogre avaleur de bruits

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Quel formidable album que celui proposé par Christos Ortiz (ou tout simplement Christos) sous le titre Le mangeur de sons, lequel est illustré par Lauranne Quentric.

Le mangeur de sons, c’est un ogre apprécié de tous, notamment des enfants car l’ogre qui mange tout ce qui fait du bruit — le glouglou des bouteilles, les pleurs des enfants, les fausses notes des dièses jusqu’aux bémols, le vacarme des marteaux-piqueurs, les bruits de pas sur les pavés, — avale aussi les bruits de leurs bêtises pour les éviter de se faire gronder.

Mais à force de manger de tout, de dévorer le moindre son et de grignoter entre les repas, notre ogre finit par tomber gravement malade. Mais comment le guérir? Ce sont les enfants qui trouveront une façon écologique de sauver leur ami.

Un album joliment raconté et illustré qui devrait plaire aux petits et aux grands!

L’histoire de Jaï

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En ce début du XXIe siècle, il y a encore des esclaves sur notre planète, et qui plus est, des enfants qui le sont, devons-nous le constater avec tristesse, rage au cœur et parfois impuissance.

Et c’est ce fait que s’appliquent à dénoncer dans un album empreint de poésie l’écrivain Paul Thiès et l’illustrateur Christophe Merlin, un album qui met en scène Jaï, petit Indien qui travaille dans une usine de tapis.

Jaï est un enfant à qui on vole sa jeunesse, un enfant qu’on traite avec mépris, qu’on bat. Et pourtant, alors qu’il vivait encore dans son village et avant qu’on ne le vende au directeur de la fabrique, Jaï était considéré comme un sorcier à cause de son regard et des pouvoirs magiques qu’on lui attribuait. Nous le verrons d’ailleurs exercer ses exploits, le temps d’une promenade sur un tapis volant avant qu’il ne retourne à son quotidien dont il finira par s’échapper pour faire l’apprentissage d’une liberté que tout lecteur, petit ou grand, lui souhaite.

Le sujet du travail des enfants n’étant pas facile à aborder, il fallait beaucoup de finesse (voire de sagesse) pour sensibiliser sans dramatiser. Et le fait que Paul Thiès ait opté pour le conte plutôt que le documentaire ne rend pas les choses moins graves, mais cela apporte à l’album illustré par Christophe Merlin (assez joliment) un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Un bémol toutefois : le personnage de la fille du patron de l’usine (que Jaï trouve très belle) qui n’ajoute rien du tout à l’histoire et dont je ne vois pas du tout l’utilité.

Un bel album sur un sujet rarement développé qui devrait se retrouver sur les rayons de toute bibliothèque ouverte sur le monde, sur ses beautés comme sur ses injustices.