Nous avons plus d’une fois porté des robes identiques. La plupart du temps, pas de la même couleur. Je pense notamment à celles que mon grand-père avait choisies à la boutique Marie-Chantal, qui étaient si jolies que nous les portions encore alors qu’elles commençaient à être un peu trop courtes. Verte pour moi, bleue pour Monique.
Le propriétaire du restaurant allemand de Lake George, dans l’État de New York, voulait tellement trouver de telles robes pour ses filles que nous avions décousu l’une des étiquettes avec les détails de l’une des deux robes. Laquelle? Maman le sait peut-être. C’était il y a 52 ans.
Cours de solfège, de piano, de diction, de ballet, de natation, d’équitation. Nous les avons suivis ensemble. Passablement longtemps, sauf le ballet. Nous n’étions douées ni l’une ni l’autre. Monique n’était jamais au bon endroit, s’élançant vers la gauche au lieu de la droite, et moi inventant des figures qui ne faisaient pas partie de la chorégraphie. Pourtant, nous rêvions de devenir ballerines depuis le jour où un ami de mon père nous avait rendu visite, accompagné de sœur, laquelle avait été Miss Canada un ou deux ans auparavant. C’est elle qui nous avait enseigné les cinq positions de base. Mais le ballet, c’était bien plus que cela. Et nous l’avons compris. Nous en rions encore…
Un 27 mai, il y a de cela quelques années, naissait Monique. Et c’est à quelques souvenirs que nous partageons, ma sœur et moi que je voulais consacrer le dimanche précédant son anniversaire. Or, c’était sans compter sur un problème d’Internet qui ne s’est pas résolu aussi rapidement qu’annoncé il y a une semaine.
J’ai par la suite perdu ma ligne de téléphone terrestre pendant près de 36 heures. Il a fallu trois autres réparateurs pour venir à bout du problème. Une situation qui n’a fait que confirmer à quel point j’ai besoin d’Internet pour travailler et pour communiquer.
Ce sera donc aujourd’hui, grâce à des lectrices que j’imagine des sœurs, notamment celles-ci, peintes par l’artiste Diane Leonard, que je partagerai avec vous quelques-uns de ces moments retenus de notre passé commun.
Nous n’avons pas toujours été aussi sages que ces lectrices, Monique étant toujours prête pour un mauvais coup, dont d’aucuns diraient que c’était son esprit de future chercheuse scientifique qui la guidait. Peut-être bien. Après tout, c’est bien possible qu’une brosse à cheveux soit capable de disparaître loin, loin, loin si on tire la chasse d’eau. Surtout un samedi après-midi où trouver un plombier était d’une complexité sans nom.
Ce n’était pas mon idée. Mais je ne l’ai pas laissée tomber. Nous nous sommes tenues par la main pendant toute l’opération. La brosse a bien fini par apparaître avec un peu d’aide.
Un peu plus de cinquante ans ont passé depuis. Mais ça demeure une des histoires que nous adorons raconter. Il y en a d’autres, vous verrez…
Que sera la vie après? La peur sera-t-elle toujours là? Aurons-nous envie de nous réunir ou si nous aurons pris au confinement?
Que sera la vie après, car il y aura forcément un après? Sûrement bien différente de celle d’avant, même si nous ne savons pas encore quelles seront les séquelles de cette pandémie sur nos vies et nos habitudes.
Il y a toujours eu des livres partout chez moi. Dans toutes les pièces. Maintenant, il y a des livres en cours en lecture partout. Un sur le sofa. Un dans mon bureau. Un autre sur ma nouvelle table de travail. Deux dans mon lit.
À la moindre pause, j’ouvre l’un d’eux. Et je voyage d’un pays à l’autre, d’un autre siècle aux années 1980. Et j’oublie le confinement.
Quand il vente et qu’il pleut comme c’est le cas en ce moment, j’apprécie le fait de ne pas avoir à sortir. Et le confinement ne me pèse nullement. Mais je me dis que pour certaines personnes, cela doit aggraver les choses, notamment le sentiment d’isolement, quand pas un pan de bleu ne se profile derrière la fenêtre. Et je souhaite pour eux, pour moi, que le beau temps soit de retour demain.
Quand je veux faire une pause, après avoir fait le tour de l’appartement, je viens m’asseoir sur mon sofa. Je lis parfois une page ou deux. Et sagement, je retourne à ma table de travail qui était encore il y a peu la table où je m’installais pour manger. Et je me dis que j’ai de la chance. J’ai encore du travail – plus que jamais devrais-je dire – et les gens autour de moi vont bien.
Tout a commencé au printemps de 1973. Nous avions alors 11 ans toutes les deux et nous ignorions alors combien nous serions liées au cours des années à venir. Nous ne savions pas que je la visiterais une première fois en 1981 en compagnie de ma sœur. Nous n’aurions pas plus pu imaginer qu’un jour j’assisterais à son mariage. Et pourtant…
Bien des années ont passé. Le fils de Liliane est maintenant marié. Sa sœur Alice est trois fois grand-mère, tandis qu’Élisabeth a épousé son amoureux portugais.
Le lien n’a pas toujours été maintenu avec la même assiduité. Mais il n’a jamais été interrompu. Il était bien trop fort pour cela. Il y a toujours eu un pont indestructible entre nous, entre l’Alsace et le Québec.
Aujourd’hui, toutes mes pensées sont pour Liliane, Alice et Élisabeth, qui viennent de perdre leur mère, victime de la COVID-19. Puissent-elles leur apporter des forces pour traverser ces heures difficiles. Leur père est aussi atteint.
C’était prévisible. Nous n’allions pas y échapper. Quand toutes les activités réunissant des groupes sont annulées jusqu’à la fin de l’été, un organisme de bienfaisance dont la viabilité dépend des dons du public ne peut se permettre de maintenir les postes des personnes organisant ces activités. C’est donc 300 de mes collègues qui ont été mis à pied temporairement hier. Nul ne sait pour combien de temps. Personne ne sait si tous les postes seront maintenus quand la vie reviendra à la normale. Ou à peu près.
Aujourd’hui, c’est à mes collègues que je pense, le cœur gros.
Des livres, du café et du thé, de la musique, un ordinateur branché sur le monde, et même le chant des oiseaux alors que j’écris ces lignes… Il ne me manque rien en cette période de confinement pour traverser la journée.
Et je n’aurai pas à affronter la pluie qui ne cesse de tomber depuis plus de 24 heures.
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