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Les chats du dimanche 5

ZELTZER (Milla) - 1

La ballade des chats

Il en est de tout noirs, des chats d’Andalousie
Exubérants d’amour et fous de jalousie :
Des chats à la peau brune, au pelage soyeux,
Sortant au moindre appel de leur douce paresse
Pour se rendre à la main d’où leur vient la caresse,
Et se cambrer joyeux !

Il en est de tout roux, des grands chats d’Allemagne,
Importés sur le Rhin du temps de Charlemagne :
Des chats très froids, très mous que chacun peut saisir,
Sans les tirer de leur état soporifère,
Des chats qu’on flatte en vain et qui se laissent faire
Sans plainte et sans plaisir !

Il en est de tout blancs comme un bloc de Carrare,
Des chats immaculés, le chat vierge – très rare –
Farouche au premier qui les frôle de près ,
Égratignant leur maître aussitôt qu’il fait mine
D’effleurer de ses doigts leur délicate hermine…
Mais se calmant après !

Il en est de petits, de moyens et d’énormes,
D’obèses, de fluets et de toutes les formes .
Certains bâillent d’ennui, certains autres sont gais;
Certains ont par moments des ardeurs érotiques,
Certains sont, au contraire, hébétés, chlorotiques,
Tristes ou fatigués.

Mais comme dans l’Eden , les chats et l’Ève humaine,
Sont soumis de naissance au même phénomène,
Qu’ils soient noirs,blancs ou roux, dodus ou rabougris,
Dès que la nuit s’abat sur les toits et les tentes
Toutes les femmes ont des ivresses latentes,
Et tous les chats sont gris!

Henry de Fleurigny, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*illustration de Milla Zeltzer

En vos mots 421

OHIKA (Magaly)

L’univers de Magaly Ohika m’a tellement plu que j’ai eu envie de vous offrir quelque chose venant de ses cahiers. Et comme le printemps semble avoir décidé de rester, pourquoi pas une scène qui soit une sorte de clin d’œil à la saison des fleurs?

À vous maintenant! À vous de nous raconter en vos mots ce que vous inspire cette scène livresque comme vous l’avez fait avec enthousiasme avec celle de la semaine dernière.

Évidemment, pour que le plaisir soit entier, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain, ce qui vous laisse amplement le temps de déposer quelques lignes tout en profitant des beaux jours.

Sur ce, bon dimanche et bonne semaine à tous!

Les chats du dimanche 4

PENSINI (Lori) - 4

Le sphinx

Ô mon beau chat frileux, quand l’automne morose
Faisait glapir plus fort les mômes dans les cours,
Combien passâmes-nous de ces spleeniques jours
À rêver face à face en ma chambre bien close.

Lissant ton poil soyeux de ta langue âpre et rose
Trop grave pour les jeux d’autrefois et les tours,
Lentement tu venais de ton pas de velours
Devant moi t’allonger en quelque noble pose.

Et je songeais, perdu dans tes prunelles d’or
– Il ne soupçonne rien, non, du globe stupide
Qui l’emporte avec moi tout au travers du Vide,

Rien des Astres lointains, des Dieux ni de la mort?
Pourtant!… quels yeux profonds!… il m’intimide
Saurait-il donc le mo ? – Non, c’est le Sphinx encore.

Jules Laforgue, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*toile de Lori Pensini

Les chats du dimanche 3

PARKINSON (Tascha)

Sensations

Des cils roides et longs, antennes hérissées,
Font sentinelle autour de son nez frémissant;
Et le plus léger bruit qui le frôle en passant
Élargit sur son front ses oreilles dressées.

Quand la nuit a brouillé les formes effacées,
Il voit; le monde noir à son regard perçant
Ouvre ses profondeurs; il distingue, il pressent;
Ses sens plus acérés aiguisent ses pensées.

Des craquements de feu courent sur son poil roux;
Tout le long de sa moelle un tressaillement doux
Conduit l’émotion en son âme inquiète.

Les poils de son museau vibrent à l’unisson,
Et sa queue éloquente a le divin frisson,
Comme une lyre l’or aux mains d’un grand poète.

Hyppolite Taine, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*toile de Tasha PArkinson

Les chats du dimanche 2

ONEILL Philomena)

Chanson du chat gris

Heure très belle et très fine
Où le soleil non pareil
Qui décline
Promène sur le mur de longues tresses d’or!
Oh regarde! Sur le gazon
Devant la maison
Le chat gris à la queue rayée,
Qui, charmant tigre domestique,
Lève une patte
Délicate
Et joue avec un moustique.

Louis Codet, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*illustration de Philomena O’Neill

Les chats du dimanche 1

BROKVIN (Michael)

Quand la lectrice peinte par Michael Brovkin est arrivée avec l’anthologie d’Albine Novarino-Pothier intitulée Le chat en 60 poèmes, j’ai tout de suite deviné ce qu’elle avait en tête : consacrer ce dimanche aux lecteurs et lectrices accompagnés de leurs chats afin de leur proposer quelques-uns des titres de ce recueil.

Voici donc pour entamer cette journée un poème d’Émile Verhaeren :

Matins frileux

Matins frileux
Le vent se vêt de brume;
Le vent retrousse au cou des pigeons bleus
Les plumes…

L’air est rugueux et cru
Un chat près du foyer se pelotonne;
Et tout à coup, au coin u bois résonne,
Monotone et discord,
L’appel tintamarrant des cors
D’automne.

Porte dérobée 1

O CATHAIL (Bob)

Des mots qui plongent dans les remous, qui sont des remous.

Preuve tangible de ton obscur pouvoir. Si obscur qu’il était ignoré, même de moi.

Qui aime consent à la perte du temps. À la tyrannie des mots enroulés comme suaire.

Louise Deschênes, Porte dérobée

*choix de la lectrice de Bob O Cathail

Un univers déroutant

PACHECO (Gabriel) - 1

PACHECO (Gabriel) - 3

PACHECO (Gabriel) - 2

Certains univers vous font perdre vos balises et vous déroutent. Vous aimez tout de même vous perdre dans leurs dédales et les regards qu’ils proposent. Tel est celui de Gabriel Pacheco, que je vous invite à visiter.

Emprunt

OSTERTAG (Mary) - 2

Je me glisserais dans sa peau, lui emprunterais sa robe légère et ses cheveux au vent.
Au loin, des goélands tacheraient le ciel d’un bleu à couper le souffle.
Et je lirais les vers d’un poète méconnu tandis que les vagues viendraient mourir à mes pieds.

*sur un dessin de Mary Ostertag

Des voix 7

DONOHOE (Jean R.)

Plus habile est le sommeil

Plus libre l’infini
Qui ne connaît que les récits
La pure continuité du ciel

Je pense à ceux qui marchent au loin
Ou font demi-tour

Tu es avant ma fin

Tu la renouvelles

Martine Audet, Des voix stridentes ou rompues

*choix de la lectrice de Jean R. Donohe (dont toute trace a disparu)