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Porte dérobée 4

PALOTTI (Daria)

N’avoir plus le droit à l’émoi. Le craindre, l’appeler sans voix, l’inventer timidement.

Le pleurer sans relâche. Puisqu’il n’éclaire que lui-même.

Entrer dans le souvenir par la porte dérobée.

La voix viendra-t-elle désenfiler la peur de perdre?

Louise Deschênes, Porte dérobée

*choix de la lectrice de Daria Palotti

Ce que mots vous inspirent 1435

ZAMPIERI (Domenico) - 3

La créativité en grammaire ça s’appelle des fautes d’orthographe. (Luc Ferry)

*toile de Domenico Zampieri

Porte dérobée 3

OWEN (Thomas J.)

Quelle heure est-il? Ai-je dit un mot de trop?

Quelle est cette inquiétude qui ne tient à rien, qui épouse tous les miroirs?

L’histoire a-t-elle refusé sa fin?

La nuit, seulement, je peux la lire et pleurer d’avance l’agonie qu’elle avance.

Louise Deschênes, Porte dérobée

*choix de la lectrice de Thomas J. Owen

Ce que mots vous inspirent 1434

ZERNITSKY (Leon)

Un ami est un homme devant lequel on peut penser à haute voix. (Ralph Waldo Emerson)

*toile de Leon Zernitsky

Porte dérobée 2

OSCAR-CLAUDE

Heure après heure, je compte hallucinée les visages qui ne sont pas le tien.

Ne le seront jamais,

Comme si cela n’avait pas de fin : cette lumière qui fuit, s’éteint et prive l’amour de son chemin.

Louise Deschênes, Porte dérobée

*choix dela lectrice d’Oscar-Claude

Les chats du dimanche 10

WESSELMAN (Frans) - 2

Entrechat

Longue oreille, des crocs intacts, des vrais ivoires,
Le corps svelte quoique râblu,
Son beau pelage court et gris à barres noires
Lui faisant un maillot velu;

Des yeux émeraudés, vieil or, mouillant leur flamme
Qui, doux énigmatiquement,
Donnent à son minois le mièvre et le charmant,
D’un joli visage de femme.

Avec cela rôdeur des gouttières, très brave,
Fort et subtil, tel est ce chat,
Pratiquant à loisir le bond et l’entrechat,
Au grenier comme dans la cave.

Maurice Rollinat, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*toile de Frans Wesselman

Les chats du dimanche 9

WESTENDORP (Fiep) - 5

La maison

Sur la marche tiède un chat dort en boule.
Un frelon se cogne aux vitres ternies,
Où la vigne vierge et les araignées
Ne laissent passer que l’ombre des nuits.

Georges Chennevière, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*illustration de Fiep Westendorp

Les chats du dimanche 8

WILSON (Janet)

Douceur féline

Rien n’est plus doux
Rien ne donne à la peau une sensation
Plus délicate
Plus raffinée
Plus rare
Que la robe tiède et vibrante d’un chat.

Guy de Maupassant, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*toile de Janet Wilson (dont toute trace a disparu)

Les chats du dimanche 7

WISE (Judy) - 2

Sonnet à Ménine

Ménine aux yeux dorés, au poil doux, gris et fin,
La charmante Ménine, unique en son espèce;
Ménine, les amours d’une illustre Duchesse
Et dont plus d’un mortel enviait le destin.

Ménine, qui jamais ne connut de Ménin,
Et qui fut de son temps des chattes de Lucrèce
Chatte pour tout le monde, et pour les chats tigresse :
Au milieu de ses jours en a trouvé la fin.

Que lui sert, maintenant, que dédaigneuse et fière
Jamais d’aucun Matou, sur aucune gouttière,
Elle n’ait écouté les amoureux regrets!

La Parque étant ses droits sur tout œ qui respire
Et de ne rien aimer tout le fruit qu’on retire,
C’est une triste vie, et puis la mort après.

Joachim Du Bellay, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*toile de Judy Wise

Les chats du dimanche 6

WONG (Nicole) - 14

Frissons

Aux becs de gaz éteints, la nuit, en la maison,
Il prolongent souvent des plaintes éternelles;
Et sans que nous puissions dans leurs glauques prunelles
En sonder la sinistre et mystique raison.

Parfois, leur dos aussi secoue un long frisson,
Leur poil vif se hérisse à des jets d’étincelles
Vers les minuits affreux d’Horloges solennelles
Qu’ils écoutent sonner de bizarre façon.

Émile Nelligan, dans Le chat en 60 poèmes d’Albine Novarino-Pothier

*toile de Nicole Wong