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Voix tchèques 2

Concerto de Bach

Le matin, je n’ai jamais dormi longtemps;
les tramways me réveillaient
et aussi mes propres vers.
Me tirant du lit par les cheveux,
ils me traînaient jusqu’à la chaise
et m’obligeaient à écrire
dès que j’avais fini de me frotter les yeux.

Relié par une douce salive
aux lèvres du singulier instant,
je ne pensais point
au salut de mon âme misérable;
plutôt qu’un bien-être éternel,
je désirais un bref moment
d’éphémère plaisir.

En vain les cloches me soulevaient du sol;
j’y adhérais de mes dents, de mes ongles.
Il était plein de parfums
et de provocants secrets.
Quand, la nuit, je regardais le ciel,
ce n’est pas le ciel que je cherchais.
Je m,effrayais plutôt de trous noirs
béant quelque part au fond du cosmos
et plus effrayant encore
que l’enfer lui-même.

Mais j’ai pu entendre des sons de clavecin.
C’était un concerto
de Johann Sebastian Bach
pour hautbois, clavecin et instruments à cordes
D’où venait-il? Je l’ignore.
Mais ce n’était pas du sol.
Même si je n’avais pas, alors, bu de vin,
je titubais légèrement
et dus me cramponner
à ma propre ombre.

Jaroslav Seifert, Anthologie de la poésie tchèque contemporaine 1945-2000

*choix de la lectrice de Delphin Enjolras

Ce que mots vous inspirent 741

En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux. (Marc-Aurèle)

*toile de Pol Magis

Voix tchèques 1

Feuilleter

Il est doux de feuilleter
le psautier des nuits sans sommeil,
de chercher à découvrir, dans
l’ombre, une lumineuse lettrine de paix.

Est-ce la lune avec les étoiles,
un oméga, le liséré brûlant d’un nyage,
au-dessus de nous une branche enneigée,
le brouillard au-dessus d’un champ

où s’éveille par vagues sans bruit
l’alpha des sentiers,
lettrine épanouie,
souvenirs des gels d’hier.

Bohuslav Reynek, Anthologie de la poésie tchèque contemporaine 1945-2000

*choix de la lectrice de Georges Croegaert

Ce que mots vous inspirent 740

Souvenir. Ce qui reste après le geste. (Claude Godbout)

*toile de Claude Verlinde

Les vers de Chantal 7

Au hasard de tes yeux
de ma voix qui fait peur
sur un pied mal posé
je refais l’univers
en passant par ton corps

Chantal Motard, Le temps des enfarges

*choix de la lectrice de Connie Chadwell

Au pays des racines pataouètes 10

S’avaler la tomate :
Essuyer l’humiliation que la honte vous monte à la figure qui vient toute pourpre comme le fruit. En français naturel on dit : rouge comme une tomate mais nous, l’expression, elle est d’un art plus consommé.

Roger Bacri, Trésor des racines pataouètes

*illustration d’Herbert Andrew Paus

Au pays des racines pataouètes 9

Faire du tcheklala :
L’origine, à part que c’est pas du tchèque, on sait rien. Faire du tcheklala c’est quand vous en faites beaucoup pour vous donner de l’importance, que c’est vrai, mieux vaut être simple.

Roger Bacri, Trésor des racines pataouètes

*toile de Paolo Giovanni Bedini

Au pays des racines pataouètes 8

Chè chè :
Expression pour quand on n’a pas trop d’souci, qu’on fait pas trop cas des tracas, qu’on est tranquille, quoi!

Roger Bacri, Trésor des racines pataouètes

*toile signée Hope Gangloff

Au pays des racines pataouètes 7

Maigre comme une estocafitche :
Expression pour dire que le pauvre il est aussi plat et sec qu’une morue salée et tassée. Les Espagnols sont allés le pêcher chez les Anglais (stockfish) et nous, on l’a accomodé en pataouète.

Roger Bacri, Trésor des racines pataouètes

*toile de John J. Porter

Au pays des racines pataouètes 6

Cagate :
Du mot cagada qu’en espagnol, c’est l’échec le plus total. Par l’extension que ça a pris en Algérie, c’est le gâchis tout à fait où on est jusqu’au cou.

Roger Bacri, Trésor des racines pataouètes

*toile d’Elizabeth J. Cadwalader