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La 117 avec Marc

sainteagathe

On partait sur les chemins, comme ça, sans but. C’était la belle époque de la route 117 et de ses détours. Celle qui nous emmenait, Marc et moi, dans ses Laurentides qu’il aimait tant, et où il a depuis élu domicile.

Une des belles escapades fut celle de l’Action de Grâce, il y a déjà quatre ans. Nous voulions voir les feuilles avant qu’elles ne soient toutes tombées, nous gaver de couleurs, laisser la route défiler. Et nous sommes ainsi allés jusqu’à Saint-Donat. Le Saint-Donat du lac Archambault tant aimé de Danielle et de Manon. Mais nous l’avons fui, quand nous avons constaté qu’il y avait là cette fin de semaine un rassemblement de motocyclistes qui allaient sûrement faire rouler leurs engins. Nous n’avions tout de même pas quitté Montréal pour nous retrouver dans le bruit.

À Sainte-Agathe, où nous avions déjeuné une fois précédente avec bonheur au cœur du village et fait le tour de la librairie d’occasion, nous n’avons fait que nous arrêter à l’épicerie, question de prendre ce qui allait constituer notre repas du soir : crevettes, pain, fromage, pâté, vin.

valmorin

Puis, nous avons hésité entre Val-David et Val-Morin pour finalement opter pour ce dernier, et choisi le motel d’une autre fin de semaine heureuse où nous avions nagé dans une piscine qui n’était qu’à nous. Ce n’était plus l’heure de la baignade, mais celle d’un régal sans fin pour les yeux. À gauche, à droite, devant, derrière, il y avait là toutes les palettes du jaune au rouge flamboyant.

Nous avions un ou deux jeux de société, de la musique, de quoi manger et le paysage. Il n’en fallait pas plus pour des amis qui avaient fui le brouhaha de la ville. Ce fut l’avant-dernière de nos escapades. L’hiver ne nous pas menés sur la route 117. Et à Pâques qui a suivi, nous avons une dernière fois pris le large.

Partir à deux sans destination sera toujours intimement lié à Marc. Je n’avais jamais fait ça avant et ne l’ai pas refait depuis. Il y avait tellement de plaisir dans ces soirées où nous parlions livres et où on chantait Joe Dassin à tue-tête. Loin de tout. À une heure de Montréal.

Et si Marc me lit encore, qu’il sache que je conserve de chacune de ces escapades un souvenir impérissable. Des chaises de jardin et un livre de questions/réponses pour nous amuser quelque part, lui qui se dore au soleil une autre fois, ou moi marchant sans lui qui dort encore pour me gaver d’images. Et nos déjeuners gargantuesques avant le retour.

C’est quand je pense à tout ça que je regrette de ne plus avoir de voiture, de ne plus pouvoir décider sur un coup de tête de partir, comme je faisais autrefois, bien avant Marc qui, lui, m’a donné le goût de voyages dont on ne rentre que le lendemain. Au risque de me répéter, l’important reste d’avoir eu la chance de vivre de tels instants et non pas que la vie sans voiture ne me donne plus ce privilège.

Lire en anglais à Paris

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Je sais, je sais, à première vue, Shakespeare & Company, ça ne fait pas trop français. Et pourtant cette librairie est on ne peut plus parisienne. Et même, ce n’est pas tout à fait une librairie, c’est une institution.

Il faut un jour avoir franchi le seuil de cette caverne d’Ali Baba en plein cœur de Paris pour comprendre à quel point son fondateur, George Whitman, qui vient de prendre sa retraite à l’âge de 91 ans, est un véritable amoureux des livres. C’est le genre d’endroit où on passerait des heures et des heures, si bien sûr, lire en anglais ne nous rebute pas.

Un endoit de rêve, vous dis-je, et rien de moins. Entrez, vous ne serez pas déçus. En fait, vous aurez du mal à sortir les mains vides tant tout vous tentera, tant il y a là de livres pour tous les goûts dans un attirant désordre ordonné où le maître de céans savait toujours se retrouver.

J’ai souvenir de quelques visites que je trouvais quasi « déplacées ». Entrer dans une librairie anglophone à Paris, ça ne se fait pas, alors qu’il y a dans la capitale suffisamment de librairies françaises pour occuper les bibliophiles d’entre nous pendant des semaines. Mais j’ai osé entrer. Et je sais ce que c’est maintenant d’avoir les yeux écarquillés, ce n’est pas un mot choisi au hasard.

Entrer chez Shakespeare & Company, c’est comme entrer dans le très beau 84 Charing Cross d’Helen Hanff, qui a donné ce si joli film mettant en vedette Anne Bancroft. Il y a dans cette librairie parisienne quelque chose de très londonien qui ne s’explique que par l’amour de la littérature anglaise, puisque George Whitman est un Américain du Massachusetts qui a choisi Paris comme domicile.

S’il est deux choses que je puisse souhaiter à qui aime les livres, c’est bien cette halte dans ce lieu hors du commun, qui sent bon l’encre et le cuir, et la lecture de 84 Charing Cross Road. À eux deux, quel voyage au pays des mots. Quel amour dans les deux cas pour les livres et ces lieux qui les font vivre, ces vraies librairies qui tiennent le coup malgré les grandes surfaces où les nouveautés se succèdent à un rythme fou sans égard pour autre chose que faire sonner le tiroir caisse, mais là, je m’emporte, il s’agit là d’un autre débat. Pour l’heure, je vous laisse visiter les lieux. Et si vous ne connaissez pas encore, je sens que Shakespeare & Company sera inscrit au carnet de vos incontournables.

Vivre, c’est oser descendre Lombard Street

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« Trouver d’abord, chercher ensuite » (Marguerite Duras)

Je ne cherche plus à savoir pourquoi tel ou tel souvenir quand il surgit dans mon esprit. Je le cueille et je le laisse descendre à mes doigts pourqu’il s’inscrive ici. Chercher ne donnerait rien de toute manière. Sauf peut-être après, l’idée trouvée, si nous sentons le besoin absolu de comprendre le pourquoi du comment. Mais je ne m’astreins plus à aller jusque là. Je saisis l’image et la laisse vivre. Sans plus.

Et ce soir, c’est Lombard Street qui est arrivé sans crier gare dans ma tête. Lombard Street un jour de juin 1979 où je faisais office de guide et de liseuse de cartes routières. Mission du jour: la fameuse rue en tournicoti-tournicotons de San Francisco. Et quand j’ai annoncé tout de go, en haut d’une côte qu’elle était là, qu’il suffisait juste de la descendre, je revois le regard de mes parents. Ils avaient engendré une cinglée ! On n’allait quand même pas descendre la rue en voiture ! Et moi de dire, en guise de plaidoyer, c’est tout de suite ou jamais. Et ce fut tout de suite !

J’aime les gens qui ne réfléchissent pas des heures quand l’occasion se présente. C’est oui, c’est non, pas cette espèce de zone floue entre les deux, ces valses où on hésite, un pas devant, un pas derrière. Et ça valait le coup ! C’est fou, cette descente de pente à 60 degrés avec des virages en épingle, oui, fou ! On fait ça une fois dans une vie !

Et d’en bas, on regarde tout cela et on dit juste Wow ! Parce qu’il n’y a pas d’autre mot pour ça. Parce que vivre, c’est ne pas toujours se demander si, mais plutôt foncer. Qu’il s’agisse de descendre Lombard Street, de dire Je t’aime ou juste ce que l’on pense vraiment, sans trafiquer la vérité, ce qui semble être le jeu de bien des gens.

Et si toute vérité n’est pas bonne à dire, je considère qu’il vaut mieux se taire que de dire une vérité relative. Mais il m’est bien difficile de me taire. Déjà qu’à deux ans, j’allais au devant des gens me présenter d’un « Kiki, 2 ans » en tendant la main aux étrangers sous le regard affolé de mes parents… Ils se sont remis depuis, n’ayez crainte. Et ont bien compris que je n’en ferais qu’à ma tête, toujours, même si à mon âge, ils restent les seuls à pouvoir me retenir… à l’occasion.

Quand l’Histoire s’assied à notre table

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Le Procope n’est pas le meilleur restaurant de Paris, mais il en est le plus vieux. À proximité de la Comédie Française, il a d’abord attiré chez lui les comédiens avant ou après des représentations. Puis, hommes de lettres – Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot – ont défilé. Certains prétendent même que c’est là qu’aurait germé l’idée de l’Encyclopédie et que Benjamin Franklin y travailla à écrire la constitution américaine.

Alors, c’est bien l’Histoire qui nous attire la première fois au Procope, il n’y a aucun doute. De penser que ce lieu a réuni les grands penseurs de ce monde lui confère un charme qu’aucun autre restaurant de Paris ne possède. Et quand je pense au Procope, je pense forcément à Émile, professeur au département d’études françaises, à l’Université de Montréal. Non pas à ses cours, car il ne m’a jamais enseigné, mais à nos longues conversations, et surtout à celle que nous avions eue au Procope en 1983. Ce n’était vraiment pas l’intention d’Émile de m’emmener là, le fin gastronome qu’il était n’allait pas trouver son compte dans une carte aussi banale, disait-il. Mais il l’a fait pour me faire plaisir, pour que je m’emballe à la pensée que j’étais peut-être assise là où se jouait trois siècles plus tôt une grande scène de l’Histoire.

Et il est vrai: le repas lui-même comme le service n’ont pas laissé de souvenir marquant. Mais mes yeux ont été servis. Le Procope offre le charme de ces restaurants installés depuis des lunes. Il offre un décor suranné de bon goût. Et il était tout à fait approprié pour discuter littérature. Et comme « tout est littérature », nous avons parlé de « tout ». Je l’entends encore me dire combien le bonheur d’autrui faisait partie de mon bonheur personnel, et combien il était important pour moi d’y contribuer. Et je crois qu’en ce sens il avait raison, et qu’en plus rien n’a changé depuis. J’ai toujours ce besoin de sentir les gens autour de moi heureux, de leur faire plaisir, de dessiner un sourire sur leurs lèvres ou de faire briller leurs yeux.

J’ignore d’où cela me vient, je sais seulement qu’il en a toujours été ainsi. Quoique j’imagine que j’ai hérité ça de ma mère, même si dans son cas, ce besoin s’adresse à un cercle plus restreint que le mien.

Et ce matin, alors que le café refroidit dans son bol, je pense au Procope et me revient en tête son escalier et les toiles représentant les grans écrivains d’une autre époque. Et ce matin, alors que le soleil hésite à percer les nuages, je revois cette soirée de la fin mai 1983 en compagnie d’Émile. Et je repense à cette longue promenade dans Paris après le restaurant, à cette minute où il m’a mise dans un taxi, en notant la plaque d’immatriculation, avec ordre de lui téléphoner sitôt que je serais à Maisons-Alfort. Émile avait une fille de mon âge, je l’ai rencontrée deux ans plus tard par un ami commun. Toute petite, la planète. Et le Procope n’est finalement qu’à six heures d’avion, si on y pense bien.

Escapade gourmande en Montérégie

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C’est à Saint-Pie-de-Bagot que l’histoire débute, du moins deux histoires, celle de ma mère et celle du périple d’aujourd’hui. Car c’est là qu’est née ma grand-mère, et son père et sa mère avant elle, et peut-être la génération précédente, mais je ne connais pas tous ces détails. Et curieusement, maman n’avait jamais vu Saint-Pie; mon arrière-grand-mère, alors veuve avec trois jeunes enfants, a quitté son patelin pour aller apprendre le métier de modiste aux États-Unis avant de s’installer à Montréal. C’est donc moi qui ai emmené maman sur les traces de ses ancêtres et non pas ma grand-mère qui n’y est jamais retournée, n’y ayant plus de famille au village, celle-ci plutôt dispersée dans les villages des alentours.

L’église n’a pas bougé, c’est celle du siècle dernier, celle où Marthe, ma grand-mère a été baptisée et où elle a fait sa première communion. Et même si le village compte de nombreuses maisons au moins centenaires, celle-ci ne reconnaîtrait probablement que vaguement ce village qui s’est étendu et a fait place à de nombreuses entreprises agricoles.

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Mais elle aurait reconnu celui de Saint-Paul d’Abottsford, même si elle n’a pas eu l’occasion de voler au-dessus du mont Yamaska, comme j’ai pu le faire en deltaplane motorisé et atterrir dans un champ, il y a trois ans. Elle aurait reconnu la ferme de son cousin Marcel, voisine de celle des Guertin, qui se consacrent désormais, outre la culture des petits fruits, à la fabrication du vin.

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C’est d’ailleurs dans leur boutique Les artisans du terroir que le maître des lieux nous a accueillis et fait goûter aux diverses confitures, comme celle de poires à la vanille et celle de rhubarbe aux noix, à son chutney, à ses cornichons, à sa gelée de pommettes et à celle de piments rouges.

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Et c’est avec fierté que Réjean Guertin nous a fait déguster ses vins. Ils ont tous un petit quelque chose mais c’est pour une bouteille de Yamaskassis que j’ai craqué : du sirop de cassis qui a macéré dans le vin rouge. De quoi accompagner le fromage, les viandes bien assaisonnées et le gibier. Ma bouteille est déjà au frais et je me réjouis de la déguster.

Nous sommes sortis de chez les Guertin les bras chargés de bouteilles et de bocaux. Il y aura des repas bien arrosés et des déjeuners sucrés pour mes parents, je le sens. Et nous avons descendu le rang de la Montagne, jeté un œil à l’école de deltaplane et de parapente fondé par mon cousin Philippe qui s’est tué en plein vol il y a quelques années et qui, de nombreuses fois, a atterri dans le champ du cousin Marcel, qui était bien fier de dire que le petit gars qui vole, il est de la famille. Le temps de ramasser au village des pommes, des tomates, du miel, du pain de ménage et des glaïeuls et nous partions pour Rougemont.

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Destination la cidrerie Michel Jodoin pour une visite suivie d’une dégustation. Quel bonheur de se retrouver dans un endroit où l’accueil est si chaleureux, où ça sent bon la pomme et où on sent la passion du travail bien fait pour ceux qui ont choisi d’en vivre.

Et après une gorgée de mousseux rosé, de blanc mousseux sec, de liqueur à base de cidre, nous sommes repartis encore une fois les bras chargés et un peu grisés, et d’excellente humeur. Les petites routes nous attendaient : Marieville, Sainte-Madeleine, des champs de maïs et des vergers à perte de vue.

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À Saint-Damase, petite halte chez Damafro, question de se titiller les papilles devant le choix, d’hésiter longuement devant l’un ou l’autre et d’embarquer quelques fromages et du yogourt au café. Et nous avons repris la route, cette fois-là direction Montréal, le coffre de voiture chargé de provisions, la tête pleine d’images, et laissé derrière nous les villages de la Montérégie, jusqu’à une prochaine fois. Car il y en aura d’autres. Les victuailles ne durent qu’un temps.

monteregie

Veille d’escapade

pommes

Qui dit fin d’été dit aussi saison des pommes. Et comme demain il va faire beau et que je suis en congé, je vais, comme au temps de mon enfance, prendre la route des pommes, à la seule différence que je suis passée de la passagère émerveillée au statut de conductrice-guide.

Et je me suis bien amusée des heures durant à tracer l’itinéraire, à choisir les haltes, en ne négligeant pas celles de mon enfance, tout en ajoutant quelques autres qui risquent de ne pas être banales. Demain, ce sera jour de vacances pour la traductrice qui mérite de prendre le large après le casse-tête qu’a été un texte sur l’amiante, celui-truffé de termes techniques et de mots savants. Oui, elle est plus que méritée cette escapade en Montérégie. Et je rêve déjà au cidre que je rapporterai… entre autres délices.

Morlaix pour ses maisons

Morlaix

Encore une fois, les images sont venues, suscitées par un élément extérieur. Cette fois, une carte postale de Morlaix envoyée par une Tchèque qui a épousé un Breton. Et je suis à peu près certaine que quand Luba a posté cette carte, elle ne pouvait imaginer que la Canadienne dont elle ne connaissait que les grandes lignes de son profil sur un site d’échange international de cartes postales, avait visité Morlaix en 1981 et qu’elle en conservait un très bon souvenir.

De tous les endroits où on trouve des maisons à colombages, Morlaix fait sûrement partie de ma top list. Peut-être parce qu’une de ces maisons est celle de la duchesse Anne de Bretagne, et que de la voir a été l’occasion d’une belle leçon d’histoire de la part de Marie-Suzy.

On ne résume pas l’histoire de la Bretagne en quelques lignes. On ne résume pas ce qui fait que la Bretagne n’est ni Paris, ni la Bourgogne, ni le Languedoc. On ne résumera pas non plus les Bretons, le fait qu’ils ne fassent pas confiance aisément, mais qui sont des amis fidèles dès que la confiance est gagnée. On ne résumera pas non plus en quelques lignes la côte sauvage, les villages plus beaux les uns que les autres, les calvaires sur le bord des routes et le goût d’une crêpe.

Morlaix, c’était ce petit hôtel avec plein de couloirs, que j’ai eu l’impression de retrouver dans Les valseuses de Bernard Blier quelques années plus tard, sans jamais trouver confimation nulle part de cette impression. C’était aussi, au petit déjeuner, manger à la table voisine de Michel Serreault.

C’était aussi cet aqueduc romain toujours aussi solide qui surplombe la petite ville. Et j’y reviens toujours: ces splendides maisons à colombages et les pavés. Il y a des images dont on ne se détache pas.

À cause d’une plaque du Massachusetts

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Ce soir, peut-être parce qu’avec Danielle, le mot Cape Cod a été prononcé, je rêve de Hyannis. Premières vacances dont j’aie encore des images un peu floues, puisque je devais avoir trois ans; dernières vacances avec mes parents quand j’en avais 18. Et quelques séjours entre les deux dates.

Souvenirs de la plage, du village où on peut aller d’une galerie à l’autre et rencontrer des artistes, des bateaux qu’on regardait au loin avec des jumelles, et des vagues qui nous berçaient toute la nuit. Souvenirs heureux, images douces que celles de ce Massachusetts, au large de Boston.

C’est là, sûrement, que mes parents nous ont raconté Kennedy, en nous montrant là-bas, au bout du doigt, les chalets des divers membres du clan. C’est là que j’ai appris qu’on assassine des présidents et que les énigmes restent irrésolues. C’est là, donc, que j’ai appris l’impuissance des uns et la puissance des autres. Et c’est depuis que je sais qu’il y a des choses que je ne comprendrai jamais, des éléments qui ne s’expliquent pas, ou que n’on veut pas expliquer.

Mais ce soir, malgré l’anecdote qui fait réfléchir et sur laquelle je pourrais m’étendre longtemps, c’est aux vagues que je préfère penser, et encore plus aux couchers de soleil sur l’eau. Car ce soir j’ai envie de paix et de tranquillité. Car ce soir j’ai envie de fuir dans mes rêves et de ne pas chercher plus loin qu’une image heureuse. Et j’ai choisi Hyannis parmi tant d’autres, à cause de ce Cape Cod évoqué aujourd’hui, parce que Danielle et moi avons croisé une voiture qui affichait une plaque du Massachusetts.

Il faut peu pour mettre la machine à rêves en marche. Du moins, pour moi.

Quand Chantal m’attendait à Saint-Malo

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Et ce soir mon cœur est à Saint-Malo, souvenir d’une escale après l’Angleterre, été 1988. Je ne savais pas le souvenir si vif et pourtant, je me revois la tête appuyée sur mon sac à dos sur le banc de bois du bateau qui faisait la traversée, tentant tant bien que mal de grapiller çà et là quelques minutes de sommeil. Mais je crois ne pas avoir dormi, excitée de traverser la Manche, heureuse de partir à la découverte de Saint-Malo et encore davantage de revoir Chantal.

Et si je pense ce soir à Saint-Malo, c’est peut-être parce que j’ai eu un courriel de Chantal il y a quelques jours et qu’il y a si longtemps sans nouvelles que je ne sais pas par quoi commencer en lui répondant. Nous avons tant partagé des années durant, nous écrivant tous les jours, comme je le fais maintenant ici. Sans réserve et sans pudeur, avec nos coups de cœur et nos constats.

Chantal, c’est mon vent frais de Bretagne, mon amie poète. Et pourtant je la connais si bien que je sais qu’elle ne m’en voudra pas pour mes silences et ma longue absence. Et pourtant, je sais qu’elle sera juste heureuse de renouer et qu’il n’y aura pas de reproches. Et cette assurance me donne envie de lui écrire longuement, de lui rappeler Saint-Malo, et puis la crêperie de Vannes, et Damgan, et le château de Josselin, et la Chapelle des Lombards où nous sommes allées danser à Paris, et ses vacances montréalaises, la visite de Québec avec la panne d’autobus au retour, et les poèmes, et l’écriture…

Finalement, je trouverai les mots. Peut-être lui rappellerai-je le pull bleu que j’avais tricoté et qu’elle a cousu, et que je porte encore ? Il a le bleu de l’eau de Saint-Malo. Il a le bleu du ciel de Vannes un jour de juin. Il a le bleu d’une pièce de faïence rapporté de là-bas.

Oui, je trouverai les mots, je le sens.

Promenade dans Lanaudière

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Et nous avons longé le fleuve par le chemin du Roy, cette route qui va de Montréal à Québec, sous un ciel bleu fabuleux et un soleil radieux. Et nous en avons pris plein les yeux de ces images. Il y a si longtemps que nous avions longé ainsi le fleuve vers le nord.

Saint-Sulpice, village où s’est installé l’ancêtre paternel il y a trois siècles et demi, venu de son Saintonge comme soldat. Lavaltrie. Lanoraie où nous avons bifurqué pour nous rapprocher du fleuve et vu avec plaisir les maisons aux parterres d’un vert émeraude, aux bouquets d’hydrangers croulant sous leur poids, aux tournesols géants, aux peupliers majestueux. Et Berthierville, où nous avons diné tranquillement près de la place du Marché.

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Un peu avant Sainte-Élisabeth, halte provisions à la boulangerie. Beignes au sirop d’érable et pain au chocolat et aux canneberges pour moi. J’ai résisté à la confiture aux cerises de terre, au ketchup aux fruits et au miel baratté, mais pas maman, encore plus gourmande que moi.

Et la paysage se déployait sous nos yeux. Fermes, jolies maisons, clôtures de bois, boîtes aux lettres à l’ancienne peintes de motifs colorés.

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Jusqu’à Saint-Félix-de-Valois, village natal de mon arrière-grand-père, destination visée. Où nous avons acheté du blé d’Inde cassé du matin. Avant de reprendre la route et ses côtes. Saint-Jean-de-Matha, Saint-Alphonse-de-Rodriguez, Sainte-Julienne, Sainte-Béatrix, Rawdon.

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Les Basses Laurentides s’étalaient devant nous avec leurs lacs à profusion. Et nous roulions, tranquilles.

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La promenade dans Lanaudière nous a ravis. Il y en aura d’autres: elle faisait office de repérage. Fromagerie, vignoble et chutes seront pour une autre fois.

Il reste en tête plein d’images pour rêver et au palais le goût des beignes.