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Amitié suisse

evolene

Cette semaine, Anne-Françoise et moi avons toutes deux fêté nos 45 ans, à une journée près et 6000 km de décalage. Encore une amitié qui dure depuis vingt-cinq ans et qui ne souffre ni de la distance ni des absences prolongées. Qu’on sait reprendre là où l’échange s’est arrêté. Voilà un des beaux cadeaux de la vie.

Qu’il était bon de renouer avec elle et de la trouver toujours aussi dynamique et chaleureuse. Et de repenser à notre promenade en Valais, dans son chez elle, sa Suisse tant aimée, et particulièrement à Évolène, dont je conserve un merveilleux souvenir. Bien entendu, le lac Leman m’a charmée, les Alpes, la route, le fendant – hic -, mais c’est de ce village que je conserve les plus belles images. Difficile à dire pourquoi, mais le souvenir est bien là, aussi vif que s’il datait d’hier.

Quand le village a surgi au détour de la route que nous parcourions, ce fut magique. Toutes ces vignes alignées et ces maisons sorties tout droit d’un conte de fées. Et ce calme. Et le bonheur de nous retrouver toutes, Anne-Françoise, sa sœur Marie-José, Odile, notre amie parisienne, Monique et moi, dans ce paysage à couper le souffle. Le jour où je retournerai en Valais, il me faudra repasser par Évolène.

Anne-Françoise a proposé Zermatt pour 2007. Ce n’est pas l’idée ne me séduise pas, mais je crois que ce sera plutôt 2008, comme je tiens à aller en Champagne et en Belgique l’an prochain. Mais quelle merveilleuse idée de nous retrouver en Suisse toutes les deux et de préparer ce projet. J’adore rêver de voyages que je ferai ou déjà accomplis. J’aime toute cette préparation longue et minutieuse qui précède les départs, même si sur place j’improvise.

Et je crois bien que ce nouveau projet va lui aussi m’occuper. Seul hic : il n’y a décidément pas assez d’heures dans une journée.

Les montagnes de Caroline du Sud

annvasilik

Je ne connais de la Caroline du Nord que la partie qui longe l’Atlantique pour avoir traversé l’état plus d’une fois, enfant, en direction du sud. Je n’avais jamais imaginé qu’à l’ouest on pouvait trouver des montagnes et de petites villes où les galeries d’art foisonnent. Et pourtant, grâce au Postcrossing, cette chaîne d’échange de cartes postales qui me fait voir du pays, j’ai découvert hier ce coin qui m’était inconnu.

C’est une artiste locale, Ann Vasilik, qui a peint l’aquarelle représentant Ashville, la petite ville au pied des montagnes. Une bien jolie toile qui donne envie d’y entrer à cause de ses couleurs vives invitantes. Une toile qui donne envie d’aller à l’ouest du connu.

Je n’aurai pas assez d’une vie pour voir tout ce que je veux voir, pour apprendre d’autres langues et pour étancher ma soif d’apprendre. Signe qu’il me faut profiter de chaque minute pour ne cesser de découvrir. Des lieux, l’Histoire et les gens.

Le sel de Guérande

poismange-tout

De tous les légumes verts, ce sont les pois mange-tout que je préfère. C’est chaque fois la fête quand j’en fais et ceux du jour sont exceptionnels. Merci à la voisine de maman par qui ils sont arrivés jusqu’à moi: je me suis délectée. D’autant plus que moi qui sale très peu, voire quasi jamais, ai sorti de l’armoire un sel qui a réveillé en moi plein de souvenirs. Car il est un luxe que je me permets, puisque je l’utilise avec parcimonie: du sel des marais salants de Guérande. Il n’est peut-être pas meilleur que les autres, mais il a pour moi le goût particulier des souvenirs et des émotions.

guerande

Car, en 1981, j’ai eu cette chance d’aller sur place, de voir les marais salants de près. Qui ne les a jamais vus ne peut imaginer une telle splendeur. Ceux-ci façonnés par les mains de l’homme depuis un millénaire sans porter ombrage à la faune de la région, puisque les oiseaux y sont nombreux, certains sont issus d’espèces rares.

Et de tous les métiers qui ont évolué au fil des ans avec la mécanisation, celui de paludier est sûrement un des derniers à en être demeuré un presque exlusivement manuel. Ce qui, étrangement, donne un sens et une majesté aux marais salants.
Et un autre goût à mes pois mange-tout.

À la terrasse des Deux Magots

deuxmagots

J’aime vivre dans ma tête et puiser là tel souvenir ou telle image. Ainsi, celle de cette fois avec Jasmine et des amis québécois disparus depuis, nous avons bu du champagne à la terrasse des Deux Magots, peut-être le plus littéraire de tous les cafés parisiens. S’y sont côtoyés politiciens, artistes et écrivains, surréalistes à une époque, existentialistes par la suite.

Et tandis que je tenais ma coupe et que Jasmine entretenait les amis de mon ami Richard, je laissais mes pensées divaguer, imaginant les uns et les autres assis là. Plus particulièrement à l’écrivaine russe Elsa Triolet, muse de Louis Aragon, qui l’avait rencontrée à la Coupole et à qui il a dédié ses plus beaux poèmes. Je l’imaginais, elle, l’étrangère, devenue un peu des leurs, et à qui on doit notamment de très belles traductions d’auteurs russes, comme le poète Maïakowski. Elle pour qui un homme a acheté un moulin dans les Yvelines et qu’on a enterrée sous les hêtres, en 1970, comme elle en avait manifesté le souhait en 1953.

Un jour, je visiterai la Maison Elsa Triolet-Aragon. J’y retrouverai peut-être un peu de cette femme sur laquelle j’ai tant lu. Une des rares vraies muses du XXe siècle. Une muse qui savait inspirer tout en étant elle-même une artiste à part entière. Et une muse qui n’a jamais failli à la tâche. Qui a su pendant plus de 40 ans inspirer un poète comme l’amour.

J’ai été la muse d’un compositeur quelques mois, il en subsiste un enregistrement sur une cassette. D’un autre quelques semaines le temps que nous écrivions ensemble une nouvelle qui a été publiée depuis. Un autre m’appelait aussi sa muse, mais je ne sais pas au juste si j’ai su l’inspirer outre le nom qu’il me donnait et le fait qu’il ait été amoureux de moi.

Je ne souffre pas de n’avoir pas su dans aucun cas être une muse bien longtemps. Car l’important reste toujours que ça ait été et non pas que ça soit fini. Mais j’éprouve une grande admiration pour celle qui a su en être une sans défaillir pendant aussi longtemps et dont l’âme traîne encore sur une terrasse de Saint-Germain-des-Prés. Là où, il y a plus de quinze ans, je rêvais à elle et à une autre époque.

Voyager par satellite

eiffeltower

Christiane a trouvé pour moi une autre façon de voyager, comme si voyager dans ma tête et grâce aux cartes postales n’était pas suffisant. Je peux maintenant faire le tour du monde par satellite, et aller où bon me semble, du toit de chez moi à l’épinette devant la maison de mes parents… jusqu’à la tour Eiffel, en passant par Rome, puisque tous les chemins y mènent !

Le petit joujou gratuit qui permet ces escapades s’appelle google earth et il suffit de le télécharger pour que le monde entier s’ouvre à soi, vu de l’espace, du ciel ou de quelques centaines de mètres. Bien entendu, quand on a vu son chez-soi du ciel – c’est la première chose que je suis allée voir -, c’est la planète qu’on a envie de visiter ainsi. Du coup, je suis allée à Bruxelles et à Paris. Et connaissant davantage la ville-lumière, j’ai choisi quelques points de repère pour aller y voir de plus près. Le Louvre, les Champs-Élysées, l’île Saint-Louis, la tour Eiffel… Magnifique, presque surréaliste, et magique, dès que j’ai pu trouver le zoom !

Moi qui déjà passe des heures devant l’ordinateur question de trouver mille et une réponses à deux ou trois questions, je n’ai pas fini de me retrouver les yeux rivés dessus. Quand bien même je vous vanterais toutes les possibilités de google earth, je crois bien qu’il vous faudra l’essayer pour apprécier ce que je suis loin d’avoir apprivoisé tant les fonctions sont nombreuses et les possiblités presque infinies.

Morceau de vie au jardin du Luxembourg

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Combien de fois, à l’instar de la lectrice de Guillaume le Foyer de Costil, me suis-je installée dans un parc pour lire? Le plus souvent assise en indienne à même la pelouse, loin des regards et des conversations. Mais aussi, combien de fois sur une chaise comme celle-ci, peut-être une du jardin du Luxembourg, un des endroits du monde dont je ne me lasse pas, un de ceux qui est de tous les voyages à Paris, que je ne peux contourner, qu’il me faut parcourir même si je le connais par cœur.

C’est devant ses grilles que j’ai mangé ma première glace au citron. C’est devant son bassin que je me suis extasiée à regarder voguer des bateaux téléguidés ou non, ce qui me donnait la curieuse impression d’une incursion dans un de ces films français que j’affectionne. C’est auprès d’une de ses fontaines moussues et dysfonctionnelles que j’ai rêvé à ceux qui se sont embrassés là, en catimini.

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C’est chaque fois la première fois. Ses allées, ses arbres et son gravier. Les enfants qui courent en toute liberté, les étudiants leurs notes de cours sur les genoux, les vieux couples qui se remémorent leurs promenades d’antan dans ce lieu qui n’a pas vieilli, les touristes venus de partout découvrir si cet endroit est à la hauteur de sa réputation, des peintres chevalet installé et palette à la main, des marchands de glaces sillonnant eux aussi les allées, des joggeurs essoufflés, des écrivains qui notent d’une main hâtive des pensées dans un carnet.

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Et tous ceux assis sur les chaises comme dans cette aquarelle de J. W. Lowe. À deviser, à débattre politique, à raconter avec force gestes tel épisode d’une série télévisée, à ne rien dire aussi, se contentant de regarder la vie bouger autour d’eux. Et des lecteurs, des lectrices. Venus là pour le parc et ses merveilles, venus là pour lire en toute quiétude. Car tous ceux qui se retrouvent au Luxembourg cohabitent simplement, sans se déranger. Personne n’y va pour les mêmes raisons, mais chacun a sa raison d’y être.

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Comme beaucoup d’entre eux, j’ai laissé là un peu de moi, un regard ou une phrase que je n’ai pas su terminer. Une chaise m’y attendra toujours pour continuer le voyage.

Les cahiers de Jane Austen

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Il y a à la British Library, à Londres, une des plus belles collections au monde de manuscrits d’écrivains. Et qui n’a jamais vu un manuscrit n’a aucune idée de ce qu’est l’écriture. Qui n’a pas connu ou vu de près toutes les étapes, l’élaboration minutieuse de ce qui va devenir le texte final, ne sait rien ou très peu de l’acte d’écrire.

Quand, en 1988, je me suis retrouvée devant les cahiers de Charlotte Brontë et de ses sœurs, de Jane Austen et de quelques autres, j’ai ressenti une vive émotion. J’avais devant moi les ratures, la calligraphie, les taches d’encre, les dessins en marge. J’étais tout simplement fascinée.

Ce sont les pages de Jane Austen, la célèbre romancière anglaise qui commençait à redevenir à la mode, qui a attiré mon attention. Le papier, les cahiers, tout ce qui nous semble évident, étaient à l’époque une denrée rare. Il fallait souvent aller en ville, et pas toujours la plus proche, pour trouver ces feuilles sur lesquelles des histoires allaient se bâtir. Et cette difficulté à s’approvisionner a fait que Jane Austen a utilisé avec parcimonie ses cahiers. D’une écriture fine, elle a rempli des pages et des pages à la suite, sans marge. Pas de gaspillage chez elle.

Pouvoir voir, sous la vitre, ces mots en lettres minuscules, à peine pâlis, de la main de Jane Austen, a constitué un des grands moments de ma tournée londonienne. Un de ces moments qui restent gravés et qui, des années plus tard, m’inspirent encore.

Quelques jours à Plouharnel un certain juillet 1992

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La lumière qui entre dans l’appartement ce matin me rappelle celle d’un matin de fin juillet à Plouharnel. Elle a ce même doré qui éclairait la chambre que m’avait réservée Jacqueline en Bretagne. La maison était belle et ressemblait à celle-ci, si on ajoute çà et là une profusion d’hortensias. Cette image est restée dans ma tête, intacte, ou peut-être embellie, je n’en suis pas certaine, même si elle date de quatorze ans.

Je n’ai pas revu la Bretagne depuis. Et quand je pense à elle, à MA Bretagne, puisque quiconque la visite et l’aime se l’approprie, c’est souvent à Plouharnel que je pense, au tour de bateau avec Pierre, Rafaël et Jacqueline, au plateau de fruits de mer et à mes promenades toutes seules.

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Seule destination: l’eau. Et je restais là des heures, à lire, à écrire, à écouter de la musique. Plus rien n’existait que ce paysage dans lequel je m’incorporais et tentais d’oublier une récente déception sentimentale. Et je crois bien que toutes ces minutes passées là, à regarder les vagues et à rester dans ma bulle ont réussi à me guérir.

La mer me manque. Il me semble que si elle était à proximité, ou du moins plus près, je pourrais parfois partir et aller y déposer le trop plein de ces émotions qui me gagnent et dont je ne ne veux pas, pour ne conserver que la légèreté et la joie de vivre. Alors, je regarde les cartes postales et les photos, et je tente du mieux que je peux d’entrer dans le paysage. Et parfois, ça fonctionne.

Ce matin, j’ai laissé ici dans ces photos de Plouharnel un peu de ce qui m’a fait mal hier. Et c’est le cœur un peu moins lourd que je vais aller déjeuner au restaurant.

Impressions d’une journée en pays amish

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Un jour de juillet 1990, je suis entrée dans un film. C’est vraiment l’impression que je ressens quand je pense à ces kilomètres vers Lancaster, en sortant de Philadelphie. Quasi le même trajet que les héros de Witness.

Rarement un film a-t-il collé autant à la réalité. Le pays des Amish du film de Peter Weir est bien celui que j’ai vu. Celui où on se déplace sur des carrioles, celui des hommes à chapeau de paille et des femmes à robe longue fermée jusqu’au cou malgré la chaleur. Débarquer là-bas, c’est presque faire un voyage dans le temps. Et ce bonheur qui est le leur, ces sourires partout, nous donnent la perception non pas de leur incongruîté mais de la nôtre, où certaines valeurs se sont perdues, comme celle de l’entraide.

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il nous faille vivre sans électricité, déjà que je ne puis imaginer ma vie sans ordinateur, mais je me demande parfois si nous ne pourrions pas tirer profit de la leçon communautaire que les Amish nous donnent. Est-il trop tard pour réapprendre à saluer les gens qu’on croise, à dire merci au chauffeur d’autobus, à rendre service sans rien demander en retour ?

Je repense à cette journée à Lancaster à discuter avec les artisans de là-bas, à goûter la cuisine de ce « pays », à m’émerveiller de cette chaleur humaine. Mais peut-être tout cela est-il propre à la vie rurale et que c’est mon étonnement de citadine qui me revient ?

amishmailbox

Et puis, encore une question, la vie a-t-elle changé là-bas en seize ans ou est-elle restée ce qu’elle était ?

Aux Champs-Élysées…

drugstore

Le drugstore des Champs-Élysées a bien changé au fil des ans, mais je me souviens que lors de mon premier séjour parisien, il faisait partie de mes incontournables, car c’est là qu’au début des années ’60 mon oncle, alors étudiant à Paris, allait s’approvisionner en journaux canadiens. Il a donc fait partie de chacun de mes périples à Paris. Tantôt pour y acheter des cartes postales, une autre fois pour une glace avec Odile et Monique, une autre pour un café, la plus récente le 29 juin 2005 pour y déjeuner avec Sonia afin de clôturer en beauté ma halte à Paris pour voir les amis.

Et il n’est pas une fois, je crois, où je n’ai chanté Joe Dassin en me dirigeant vers le drugstore.