Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Solide comme la tour Eiffel

eiffel

Où que l’on soit dans Paris, elle est là, à l’est, comme au nord, dans tous les champs de vision. Celle qui ne devait tenir debout que le temps de l’exposition universelle est toujours là, figure dominante de la plus belle ville du monde. Deux fois, j’y suis montée, question de voir la ville autrement.

C’est aux pieds de la tour Eiffel qu’on sent le plus combien elle est imposante et immense, nulle part ailleurs. Et parce que je déroule le film de 2005 dans ma tête, il y a un an, jour par jour, je me rappelle que j’étais là: c’est le souvenir de ses lumières qui me revient. Et l’image de Sonia et moi assises dans le gazon, tandis que des jeunes grattent la guitare et qu’elle et moi faisons le bilan depuis sa visite en février. Il faisait bon, si bon.

Et j’étais à Paris, les yeux rivés sur un de ses plus grands symboles, heureuse. Je ne savais pas ce qu’allait réserver mon séjour en Belgique, mais j’imaginais facilement qu’il aurait la magnificence de cette tour, qu’il allait me rendre à moi-même une part négligée et m’émerveiller, comme le faisait la construction de Gustave Eiffel. Il faisait bon l’amitié et Paris ce soir de juin. Un de ces moments qui font dire que la vie est belle, Et si on sait s’arrêter, bien fixer ces instants dans nos esprits, ces moments deviennent encore plus précieux.

Sonia et moi partageons des tas de souvenirs de sa vie au Québec. Je ne cherche pas bien loin pour les voir apparaître. Certains plus gais que d’autres, et c’est ceux-là que je privilégie. Et ce soir, tandis que la France dort – enfin une partie, puisque l’autre doit être en train de fêter sa victoire -, c’est à Sonia que je pense, sœur de cœur et non de sang, à qui je suis liée et je l’affirme, pour la vie. Car notre amitié est aussi solide que cette tour.

Strasbourg pour Liliane

st1

Je suis ces villes parcourues trop rapidement ou en y flânant. Je suis ces rues, ces quartiers d’ici. Je suis tous les parcours de ma mémoire et de mes souvenirs à construire. Je suis le fleuve de ma ville natale, je suis le lac auprès duquel mon grand-père a grandi, je suis un peu de ces océans où j’ai trempé les pieds.

Je suis le vent de Bretagne, celui d’Ostende, de Provincetown et de Marseille. Je suis le coucher de soleil sur Santa Barbara, sur la vallée de Martigny et sur Oxford. Je suis faite de tout ça, de toutes ces traces sur ma peau, de toutes ces odeurs, de ces couleurs.

Je suis faite de ces détails qui ont embrasé mes sens.
Je suis tantôt ici, tantôt là-bas. Et je me promène dans ma mémoire, suscitant là une émotion, une image, une impression que je tente de révéler. Mais je ne serai jamais objective. Il y a trop de moi dans mes histoires pour que ça le soit.

Et ce soir, je me revois à Strasbourg. Bientôt 25 ans depuis cette première fois et la seconde n’a été qu’un arrêt vite fait à la gare. Mais mes souvenirs n’ont pas vieilli. Je revois les maisons à colombages comme si je les avais quittées hier. Je ferme les yeux et j’ai sur la langue le goût de la tarte à l’oignon, mangé sous un chapiteau, à la sortie de la ville. Dommage de ne plus avoir de nouvelles de Liliane, alors qu’en 1983 j’étais à son mariage.
Il y a tant de gens dont j’ai perdu la trace, mais que je devrais me donner la peine de retrouver.

Et si j’en faisais le projet de mon été ? Retrouver Liliane… et Jane, Iona, Marie-Christine, Chantal, Anne-Françoise, Florence…

st2

Oui, Liliane, pour ce jour de juillet, là, juste là, dans ce paysage que je n’oublierai pas.
Pas plus que je ne l’oublierai elle.

La petite sirène de Solvang

sirenesolvang

Je n’ai pas vu Copenhague, pas vu sa sirène, souvent vandalisée, parfois volée.
Mais j’ai vu l’autre sirène, celle dont on ne parle pratiquement jamais, parce que ce n’est pas LA sirène de Copenhague, même si elle en est la réplique parfaite.

Celle de Solvang, village danois en pleine Californie, existe pourtant. Elle constitue quasi à elle seule la fierté de cette communauté pourtant imprégnée par ses racines.

solvang

Moulins à vent, architecture, pâtisseries, costumes folkloriques, assez pour que les Danois en visite à Solvang disent que ceux de Solvang sont plus danois que les Danois.

solvang2

Autant c’est joli et agréable de se promener dans cette fausse ville danoise, puisqu’elle en possède les caractéristiques exportables et surtout vendables – donc touristiques à souhait -, autant je me demande comment, en mettant l’accent sur ses origines, le nouvel arrivant s’intègre à sa nouvelle vie. Comment peut-on être à la fois Californien et Étatsunien en vivant dans un monde décoratif ?

Je ne dis pas qu’il faille gommer ses origines. Loin de moi, cette idée, au contraire.
Mais je reste mitigée. Faut-il aller jusqu’à Solvang pour savoir que des gens venus du Danemark se sont installés aux États-Unis ou y a-t-il ailleurs en ce pays quelques traces qui l’indiquent ?

Solvang donne l’impression d’une part d’une attraction touristique très réussie et d’autre part d’un ghetto. Deux choses que, foncièrement, je n’aime pas. Et pourtant, j’ai aimé les quelques heures passées sur place. Probablement parce que j’avais 17 ans, que l’Europe que je ne connaissais pas encore venait à moi de cette façon quelque douze ans après l’expo de 1967. Probablement aussi parce que je n’avais pas encore assez lu ou vu du pays pour que je puisse émettre une telle opinion.

Solvang, arnaque ou ghetto ? Un peu des deux et même davantage ? Je me demande bien ce qu’en penserait Hans Christian Andersen.

Le théâtre du Rond-Point

trp

J’aime penser à Paris. J’aime fermer les yeux et m’y retrouver.
Souvenirs d’une glace chez Berthillon avec Monique. D’une promenade avec Hélène. D’un souper japonais avec Olivier et Sabine. D’un déjeuner avec Sonia sur les Champs-Élysées. D’une soirée au théâtre avec Jasmine.

Souvenirs si nombreux qu’il me faut raconter Paris par épisodes. Comme ils surgissent. Dans le désordre. Et c’est très bien ainsi. On ne range pas ses souvenirs, on les laisse se faire eux-même leur place.

Et ce soir, je me revois au Théâtre du Rond-Point, il y a 20 ans. Je revois la petite table du café du théâtre, où, arrivée tôt, je m’étais installée avec de quoi écrire et un livre. Je revois aussi à quelques mètres de moi, que je n’ai pas osé aborder, Jean-Louis Barrault. J’étais dans son théâtre, peut-être même plus sa maison que tout autre lieu. Il buvait son café, tout seul. Parfois, quelqu’un le saluait, lui demandait quelque chose en pointant du doigt une ligne sur une page. Mais toujours brièvement. Comme pour le laisser à ses pensées.

J’aimais le regarder sans troubler sa quiétude. Par pudeur, par respect, va savoir.

Le théâtre du Rond-Point sera toujours empreint de cette image de Jean-Louis Barrault, installé là, parce qu’il n’avait pas à aller ailleurs: toute sa vie était là, en ces murs. Dans ce lieu où ce soir-là j’allais voir Les amours de Jacques le fataliste d’après Diderot, dans un texte servi par Jacques Spiesser et Francis Huster, qui en avait fait l’adaptation.

J’ai un souvenir vague de la pièce. Le sentiment de quelque chose d’intimiste, mais d’aride en même temps. Mais peut-être ai-je tout faux. L’image de Barrault est plus forte que le souvenir de la pièce. Aussi forte que celle de sa peau blanchie dans Les enfants du paradis, revu à Haarlem l’année précédente, avec Annemarieke.

jlb

Lequel des deux Jean-Louis Barrault est plus présent dans ma tête ? L’acteur ou l’homme ? Celui du film de Carné ou celui assis à une table, tout seul ? Les deux, je crois, mais pas pour les mêmes raisons. C’est Barrault en Baptiste que j’ai d’abord connu bien avant de découvrir l’homme de théâtre, puis l’homme tout court.

Arrêt sur images

roch1

roch2

roch3

Et je suis restée en Bretagne depuis hier. Peut-être parce que Christine, mon amie bordelaise installée à Montréal y sera bientôt et que j’ai envie de la faire rêver, de lui ouvrir ma besace d’images et de souvenirs, de chanter pour elle Ma Bretagne quand elle pleut de Jean-Michel Caradec. De l’entraîner vers Rochefort en Terre, une des plus belles communes du Morbihan, sise entre le golfe et Rennes.

Rochefort où elle n’aura pas assez de ses yeux pour tout voir, parce que chaque maison, chaque fenêtre, chaque enseigne est un poème. Je lui souhaite de s’asseoir à une terrasse et de prendre le temps de se gaver d’images qui ne la quitteront plus, elle qui aime l’histoire et les pierres, tout comme moi.

roch4

Je souhaite qu’elle prenne le temps d’emprunter chaque rue, qu’elle aille voir le lavoir de près, qu’elle grimpe le sentier qui surplombe Rochefort. Elle ne pourra conserver que des traces indélébiles de son arrêt à Rochefort.

Il m’amuse de dresser des pistes d’itinéraire à Christine, elle qui le fait pour d’autres puisqu’elle est agent de voyages. Il me plaît de lui dire combien j’aime cette Bretagne de pluie, de vent, de crêpes, de crustacés, de cidre, de plages, de peintres et de poètes.

Elle ne pourra qu’aimer Rochefort en Terre, je le sens.

Un ciel de côte sauvage

quib1

Il fait sur Montréal un ciel de Bretagne, un ciel de côte sauvage, un ciel de Quiberon. Un peu gris, un peu bleu, et venteux. Il fait sur Montréal le ciel de juin 1981, de juillet 1988 et d’août 1992. Et le vent m’emporte dans mes souvenirs, vers ce large où je souhaite qu’un jour on jette mes cendres. Enfin, si bien entendu, on peut faire des trucs pareils, il paraîtrait que c’est de moins en moins possible.

J’ai tant aimé la première fois à Quiberon, le pique-nique avec Chantal et Jean-François, et le vent qui se mettait de la partie, tant aimé Quiberon que j’y suis retournée plus tard avec Chantal en rentrant du Mont-Saint-Michel, puis avec Jacqueline, avec qui ça a été un plateau de fruits de mer comme je n’en verrai jamais plus de ma vie. Langoustines, crevettes, étrilles, huîtres, palourdes, écrevisses, bulots, bigorneaux…

quib2

Et les vagues qui se jettent sur les rochers et dont la musique me revient sans faillir. Il y a longtemps et pourtant… Tout s’est inscrit et chaque morceau de plage, qu’elle soit de sables ou de roches, possède sa propre tonalité. Le même Atlantique ne sonne pas à Provincetown comme il le fait à Quiberon. Et expliquer un son, une musique, quand il s’agit avant tout d’une émotion, cela me semble bien compliqué.

Est-il important que la vague se brise dans une mesure à trois temps avec deux dièses à la clé ? Oui, vous avez raison, je m’amuse. Car il est fort possible que la suivante choisisse une mesure à deux temps avec un bémol à la clé… Oui, je m’amuse encore. Parce que le ciel de Montréal a des airs de Bretagne et que je souris en me remémorant la côte sauvage et son vent, et encore davantage les vagues et leur musique inclassable.

Ça donne envie d’écouter Alan Stivell, tout ça. Ou de relire le Poème de l’île et du sel de Gérard Le Gouic. Il y a des jours où la vie, en plus d’être belge et québécoise, est aussi bretonne.

Le Golden Gate s’endort

gg1

Et si Nicolas Peyrac n’avait pas chanté So far away from L.A., me serais-je un jour intéressée à la Californie? Aurais-je eu besoin de voir le Golden Gate de près, de rouler dessus jusqu’à Sausalito, puis vers la vallée de Napa?

sailboatgg

Aurais-je mangé des crevettes dans un resto du Fisherman’s Wharf en regardant les voiliers sur la baie? Ou des plats chinois à Ghirardelli Square?

alcatraz

Aurais-je cherché de l’information sur Alcatraz? Peut-être, mais bien plus tard, pas à 14 ans.
Par cette chanson et toutes les autres de Nicolas sur la Californie, c’est un monde qui s’est ouvert à moi. Polanski, le meurtre de Sharon Tate, Caryl Chessman. Mais aussi les villes. L.A., San Diego. Le Queen Mary.

Rarement suis-je entrée intimement dans l’univers de quelqu’un autant que lors de mon voyage en Californie où tout me parlait de Nicolas. Malibu et puis Bel Air, exit on Sepulveda, Ventura, le San Diego Freeway. Je suis allée sur ses pas. M’enthousiasmant devant le non-conformisme de San Francisco, ville de tolérance par excellence. Où on peut s’exhiber en costume de Superman sans se retrouver dans un asile. Puis, ahurie de rouler à tombeau ouvert sur Sunset Boulevard.

Autant la Californie a été mon premier voyage préparé de A à Z, autant il a été un voyage sur les pas de Nicolas. Et à quel point Nicolas a-t-il influencé mon amour pour les voyages, la culture, les chansons de Jacques Brel ? Je ne saurais le dire, mais je dirais beaucoup, sans me tromper.

Chacun des disques de Nicolas m’a fait découvrir un coin du monde. Colombo, les remparts de Gorée, Amsterdam, Manhattan, Bangkok.
Je me demande où il m’emmènera avec le CD qui sort dans quelques jours. C’est chaque fois une aventure.

Il fallait bien qu’un jour le Golden Gate s’endorme pour que Nicolas entre à petits pas dans ma vie.

Là où Byron se recueillait

byron

Peut-on, en visitant l’endroit où un poète a vécu, y déceler un peu de son âme ?
Il me semble avoir trouvé à Newstead, où a passé quelque temps Lord Byron, un peu de la tristesse de ses poèmes. Autant le jardin est vert et magnifique, autant l’abbaye est sombre. Mais il a très peu séjourné là, préférant les voyages à une vie sédentaire. « L’univers est une espèce de livre dont on n’a lu que la première page quand on n’a vu que son pays », écrivait-il pour expliquer ses déplacements.

Pourtant, il y a quelque chose de paisible à Newstead. Qu’on ne reconnaît peut-être, justement, que quand on a vu autre chose, les villes et les lumières, les sons et les espaces, les plages et les fêtes. Car Newstead appelle plutôt le silence et non le faste des réunions mondaines.

Il faut un peu des deux mondes pour le poète. Se noyer dans l’exéburance de la vie et ensuite le calme pour créer les images. Et cela, on le ressent quand on visite Newstead. La vie de Byron n’est pas là. Mais il rentrait à Newstead comme il entrait en lui-même.

Cette ambivalence du poète, c’est à Fabien que je la livre, lui, le poète qui se questionne parfois et se demande lequel des deux mondes choisir. Ne choisis pas, Fa, les deux te sont nécessaires.

Et que ces vers de Byron t’inspirent.

Farewell, my young Muse! since we now can ne’er meet;
If our songs have been languid, they surely are few:
Let us hope that the present at least will be sweet–
The present–which seals our eternal Adieu.

Il y a vingt ans…

sama

Et si ce soir je me transportais d’un coup de baguette, à Paris ? Et si ce soir je me retrouvais en mars 1986 dans un Paris au printemps précoce où on pouvait manger sur le balcon tant il faisait beau ? Et si ce soir je me retrouvais dans un appartement de Boulogne-Billancourt avec Jasmine, car elle y tient toujours ses quartiers généraux ?

Quelle semaine de mars fabuleuse que celle-là. En plus du beau temps et des nouveaux amis, il y avait Paris, Paris que j’aime tant. Paris qui n’a jamais cessé de me séduire. Paris et ses cafés, ses musées, les bords de Seine. Paris la fabuleuse, Paris l’ensorceleuse, Paris la magnifique.

Paris, l’incontournable. Ainsi devrais-je celle qui a été le point d’arrivée, l’étape finale ou l’escapade en cours d’itinéraire, de tous mes voyages en Europe, sans exception aucune. Qu’aient été l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique ou la Bretagne les destinations, il y a eu dans chacun des cas un séjour parisien. Oui, Paris l’incontournable, ainsi vais-je désormais la nommer.

Et cette ville aux visages multiples, cette ville historique et culturelle entre toutes, c’est à elle que je pense ce soir. Et particulièrement à la vue qu’on a du haut de la Samaritaine. La plus belle vue sur Paris, avait dit l’écrivaine Chrystine Brouillet, quand elle m’y avait emmenée en 1989. Et elle avait raison. Il y a quelque chose de spécial à voir ainsi Paris, à travers les lettres su toit, de pas très haut non plus. Dommage que le magasin ait été en plein chantier en juillet 2005, j’y serais bien retourné sur ce toit.

Car même si la vue est imprenable de la tour Eiffel, même si de l’Arc de Triomphe aussi la vue est splendide, même si de l’Institut du Monde Arabe la vue est exceptionnelle, c’est de la Samaritaine que la vue est la plus belle. D’autant plus belle qu’elle est accessible à tous, gratuitement. Et de nos jours, les entrées gratuites, c’est plutôt rare, merci.

Oui, ce soir, je me retrouverais bien à Paris, il y a vingt ans. J’irais au théâtre avec Jasmine et je me promènerais toute la journée. Et ce serait le printemps.

Non, je ne vais pas m’empêcher de rêver.
Mais vivement le jour où on pourra se télétransporter et voyager dans le temps. Bien plus intéressant qu’aller dans l’espace, selon moi, mais cet avis n’engage que moi.

Un parfum de chèvrefeuille

laga

Comme il me suffit de peu pour rêver… Un tube de crème Yves Rocher et ça y est !
Et me voilà en Bretagne, dans les jardins de La Gacilly, où l’entreprise cosmétique est installée, là où pousssent presques toutes les fleurs et les plantes qui serviront à fabriquer une lotion hydratante, un gel douche ou un masque.

C’était en 1981, ou 1982, je ne sais plus. C’était avant que les produits Yves Rocher ne traversent l’océan. C’était l’époque où je découvrais le chèvrefeuille.

Le beau temps s’était posé sur ce village de Bretagne. Et nous profitions du ciel bleu pour découvrir la luxuriante nature, de village en village, Monique et moi, avec Chantal pour guide, une Chantal si éprise de sa Bretagne qu’elle n’a pas été capable de rester bien longtemps en banlieue parisienne: elle asphyxiait. Pas pour survivre, mais bien pour vivre, il lui faut sa Bretagne, l’air marin, les terres, les pierres, les légendes de croque-mort, les crêpes et les fruits de mer. Il lui faut aussi ces villages, comme La Gacilly, pour ne nommer que celui-là. Elle appartient à sa terre. Et c’est pour cette raison qu’elle est incapable de vivre ailleurs.

Mais moi, est-il une terre à laquelle j’appartienne ? Est-il un endroit dont je puisse dire, ici et pas ailleurs ?
Je me pose parfois cette question. Je suis née à Montréal, une nuit de pleine lune d’août 1961. Depuis, mes pas m’ont entraînée vers les quatre points cardinaux. Et ici et là, j’ai sûrement laissé un peu de moi, même si j’ai emporté des images qui me suivent sans cesse.

Où que je passe, je suis chez moi tout en me sachant étrangère. Je suis chez moi, parce que je pose les pieds là, je m’arrête, je regarde, je m’imprègne des lieux. Mais ce n’est pas chez moi, je ne fais que passer pour plus ou moins longtemps. Être chez soi dans un endroit qui n’est pas chez soi, voilà peut-être l’incohérence de la situation. Et pourtant, à mes yeux, tout cela fait sens.

Ou peut-être y a-t-il une raison bien simple. Je me sens chez moi où que je sois parce que je suis là par choix. À Montréal, aujourd’hui, à Bruxelles il y a huit mois, à la Gacilly il y a plus de vingt ans.

La vie, certains jours, ce n’est peut-être qu’un parfum de chèvrefeuille.