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Les vers d’Idea 3

CAILLE (Fanny)

Ces jours-là
les autres
ceux des nuages les plus tristes et immobiles
odeur des chèvrefeuilles
quelque tonnerre au loin.
Ces jours-là
les autres
ceux de l’air souriant et des lointains
avec un oiseau rouge sur un fil.
Ces jours-là
les autres
cet amour déchiré par le monde
cet adieu permanent de chaque jour.

Idea Vilarino, Ultime anthologie

*choix de la lectrice de Fanny Caillé

Les vers d’Idea 2

PRATT BOBBS (Ruth)

Adieu.
Je sors comme d’un costume
étroit et délicat
difficilement
un pied
puis doucement
l’autre.
Je sors comme du dessous
d’un éboulement
en rampant
sourde à la douleur
la peau défaite
et sans personne.
Je sors avec peine
finalement
de ce passé
de ce pénible apprentissage
de cette vie déchirée.

Idea Vilarino, Ultime anthologie

*choix de la lectrice de Ruth Pratt Bobbs

Les vers d’Idea 1

LUCZYNSKA-SZYMANOWSKA (Irena)

Ce que je ressens pour toi est si difficile.
Ce n’est pas des roses qui s’ouvrent dans l’air, c’est
des roses qui s’ouvrent dans l’eau.

Idea Vilarino, Ultime anthologie

*choix de la lectrice d’Irena Luczynska-Szymanowska

Je 5

MISCHAK (Irene) - 2

Tu es dans un jardin et tu es sur mes lèvres
Je ne sais quel oiseau t’imitera jamais
Ce soir je te confie mes mains pour que tu dises
À Dieu de s’en servir pour des besognes bleues

Car tu es écoutée de l’ange tes paroles
Ruissellent dans le vent comme un bouquet de blé
Et les enfants du ciel revenus de l’école
T’appréhendent avec des mines extasiées

Penche-toi à l’oreille un peu basse du trèfle
Avertis les chevaux que la terre est sauvée
Dis-leur que tout est bon des cigües et des ronces
Qu’il a suffi de ton amour pour tout changer

Je te vois mon Hélène au milieu des campagnes
Innocentant les crimes roses des vergers
Ouvrant les hauts battants du monde afin que l’homme
Atteigne les comptoirs lumineux du soleil

Quand tu es loin de moi tu es toujours présente
Tu demeures dans l’air comme une odeur de pain
Je t’attendrai cent ans mais tu es déjà mienne
Par toutes ces prairies que tu portes en toi.

René Guy Cadou
(dans Je est un autre, anthologie de Bruno Doucey et Christian Poslaniec)

*choix de la lectrice d’Irene Mischak

Un dimanche avec Pierre Daninos 1

POWERS (Asahel Lynde) - 2

L’écrivain Pierre Daninos, principalement connu pour Les carnets du Major Thompson, est né le 26 mai 1913. Bonne raison pour souligner à un jour près l’anniversaire de cet écrivain qui avait un sens de l’observation et de la répartie bien à lui et pour dérider des lecteurs à la mine peu réjouie ou à l’air trop sombre en leur offrant une de ses citations. En commençant par celle-ci, à l’intention du lecteur peint par Asahel Lynde Powers :
Les gens attendent-ils de tousser pour aller au spectacle ou les spectacles font-ils tousser?

Je 4

MISKOVIC (Dusan) - 1

Je m’éveille parfois dans un corps étranger
Tel un grain prisonnier qui bute à l’hivernage
Je m’éveille et me fraie, je me nomme, et voici
Que mon corps est ton corps et que j’ai ton visage.

Je renferme en tes bras la tiédeur que je suis
Je te fourrage et mords, fouillé, mordu de même
Tu mesures le temps à mon poignet qui vit
J’éprouve le silence affleurant ton oreille.

Noués jambes et mains, nœud marin de la nuit
Dénoués sous le fil d’un hache d’absence
Quelle force a posé ta face sur mon cri
Ou muré dans tes yeux notre neige crissante?

Luc Bérimont
(dans Je est un autre, anthologie de Bruno Doucey et Christian Poslaniec)

*choix de la lectrice de Dusan Miskovic

Je 3

MOLARSKY (Maurice)

Une amitié

Parmi tes richesses d’esprit et de cœur
Et celles que moi j’ai en partage
Quelques-unes sont très dissemblables
Et les autres sont parentes un peu

Mais elles se plaisent bien ensemble,
Toutes tes richesses, toutes mes richesses;
Mais nous nous aimons à cause d’elles.

Elles se complètent et se font valoir,
Elles se mêlent et se contrôlent;
C’est comme différents feuillages
Assemblés dans un bouquet d’arbres,
Ou le rapprochement de deux visages
Que parent cheveux blonds et cheveux noirs.

Il y a aussi chez toi et chez moi,
Comme chez tous, des choses qui manquent :
C’est telle variété de plante
Que je n’ai pas dans mon jardin
Ou c’est telle arme pour la lutte
Que tu ne sens pas sous ta main;
Or il advient toujours pour notre bonheur
Que moi je dispose de cette arme,
Que tu es tout fleuri, toi, de ces fleurs
Et que nous entrons sans façon l’un chez l’autre
Pour prendre ce dont nous avons besoin.

Tu connais bien mes indigences
Et la façon de mes faiblesses;
Elles vont à toi sans pudeur,
Tu les accueilles et les aimes;
Et aussi bien j’aime les tiennes
Qui font partie de ta valeur
Et sont la rançon de tes forces.

Enfin chacun de nous, ô mon ami,
Marche et peut marcher avec assurance
À cause d’une main qui, vigilante,
Au moindre péril, se lève et saisit
Le bras égaré de cet aveugle
Que je deviens et que tu deviens,
Comme tous, à certaines heures…

Charles Vildrac
(dans Je est un autre, anthologie de Bruno Doucey et Christian Poslaniec)

*choix de la lectrice de Maurice Molarsky

Je 2

MOONEY (Craig) - 2

Matines

J’ai rêvé d’une grande route
Où tu étais seule à passer
L’oiseau blanchi par la rosée
S’éveillait à tes premiers pas

Dans la forêt verte et mouillée
S’ouvraient la boucle et l’œil de l’aube
Toutes les feuilles s’allumaient
Tu commençais une journée

Rien ne devait faire long feu
Ce jour brillait comme tant d’autres
Je dormais j’étais né d’hier
Toi tu t’étais levée très tôt.

Pour matinale m’accorder
Une perpétuelle enfance

Paul Éluard
(dans Je est un autre, anthologie de Bruno Doucey et Christian Poslaniec)

*choix de la lectrice de Craig Mooney

Je 1

MÖLLER (Sigurd)

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
j’y répète à voix basse Inventions et souvenirs
À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

Andrée Chédid
(dans Je est un autre, anthologie de Bruno Doucey et Christian Poslaniec)

*choix de la lectrice de https://sv.wikipedia.org/wiki/Sigurd_M%C3%B6ller

Les vers de Catherine P. 3

NICAISE (Nadine) - 1

Nova

Dans un monde au futur du temps où j’ai la vie
Qui ne s’est pas formé dans le ciel d’aujourd’hui,
Au plus nouvel espace où le vouloir dévie
Au plus nouveau moment de l’astre que je fuis
Tu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survie
Mon plus extrême cœur fait du sang que je suis,
Mon souffle, mon toucher, mon regard, mon envie,
Mon plus terrestre bien perdu pour l’infini.

Évite l’avenir, Image poursuivie !
Je suis morte de vous, ô mes actes chéris
Ne sois pas défais toi dissipe toi délie
Dénonce le désir que je n’ai pas choisi.

N’accomplis pas mon jour, âme de ma folie, —
Délaisse le destin que je n’ai pas fini.

Catherine Pozzi, Très haut amour

*choix de la lectrice de Nadine Nicaise