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Les vers de Natasha 2

PREDAL (Annie)

Au Nord les étoiles courent
les aurores boréales veillent
redonnez-moi le nom des routes d’eau
asséchées par les barrages
que je boive à l’eau de nos montagnes
au baiser de sa bouche

Natasha Kanapé Fontaine, Bleuets et abricots

*choix de la lectrice d’Annie Predal

Les vers de Natasha 1

MAZZON (Massimo) - 3

Ton nom surgit
corps d’écume
allongé sur le rivage
cailloux ouverts sur la mer
les plaques tectoniques
s’engouffrent en moi
la nature t’a si bien fait
le calcaire retentissant
sous mes robes
femelle première

Natasha Kanapé Fontaine, Bleuets et abricots

*choix de la lectrice de Massimo Mazzon

Voix indigènes 5

MELCHERS (Gari) - 1

le soir tombe
dans le dessin d’un œil

autour de nous les choses

continuent de naître
sans prendre plus d’espace

France Cayouette, Voix indigènes

*choix de la lectrice de Gary Melchers

Voix indigènes 4

METZKES (Harald) - 5

nous partons

colliger le sable
d’autres images

la patience des choses
abandonnées

à l’orée des enfants

France Cayouette, Voix indigènes

*choix de la lectrice signée Harald Metzkes

Voix indigènes 3

MORGADO (Manolo) - 7

elle aura été parole

qui ordonne aux environs
de nous regarder
jusqu’à ce que

des noms d’oiseaux se déposent

sur nos genoux

France Cayouette, Voix indigènes

*choix de la lectrice de Manolo Morgado

Voix indigènes 2

VAN HOVE (Francine) - 30

m’agrippais
exigeais de savoir
où chacun poindrait
entre moi et l’horizon

l’autre
dans le contre-jour

avais peur
qu’on me nomme
par mégarde
entre deux ébauches
de prénoms

que tout se parle enfin
en moi

France Cayouette, Voix indigènes

*choix de la lectrice de Francine Van Hove

Voix indigènes 1

TOOROP (Jan) - 1

Craignais
que l’instant
précède

portais trop souvent une robe
par-dessus le soir

croyais
que la demie de l’heure
fendillait les poèmes

France Cayouette, Voix indigènes

*choix de la lectrice de Jan Toorop

Frayer 5

STRONG (Joanna) - 2

Au milieu de la trajectoire
du bleu-gris des yeux du lac presque calé
il y a notre rêve : une femme debout
de tous ces hivers-mondes
accumulés dans la glace à refaire.

Marie-Andrée Gill, Frayer

*choix de la lectrice de Joanna Strong

Frayer 4

SUKIASIAN (Grant) - 1

nous avons des centaines d’année
des cataclysmes à portée de main
il y a des signes installés côte à ôte
dans le pastel des veines de la vie normale

Marie-Andrée Gill, Frayer

*choix de la lectrice de Grant Sukiasian

L’anthologie du dimanche 10

GERHARTZ (Daniel F.) - 9

Vous parler?

Vous parler? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las
D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire
Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.
Elle n’est pas celle des autres, c’est la mienne.

Une feuille a son mal qu’ignore l’autre feuille.
Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau n’en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble?
Et se ressemblât-on, qu’importe. Il me convient
De n’entendre ce soir nulle parole vaine.

J’attends – comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet…
Une goutte d’eau pure, un peu de vent, qui sait?
Qu’attendent-ils ? Nous l’attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu’il reviendrait, peut-être…

Sabine Sicaud
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile de Daniel F. Gerhardtz