Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Un dimanche dans les nuages 4

BARRETT (Robert T.) - 3

Pour franchir le vide qu’ouvre la feuille blanche dans la table, le nuage se glisse dans les mots que je lui prête.
(Max-Henri de Larminat, Nuages)

*toile de Robert T. Barrett

Un dimanche dans les nuages 3

ARIAN (Mark) - 9

Pris au piège des mots, hâlés jusque sur ma feuille, le nuage poursuit en géométrie plane un long voyage calligraphique.
(Max-Henri de Larminat, Nuages)

*toile de Mark Arian

Un dimanche dans les nuages 2

ANCHER (Michael Peter) - 10

Chaque nuage tire spectacle d’une énigme.
(Max-Henri de Larminat, Nuages)

*toile de Michael Peter Ancher

Un dimanche dans les nuages 1

BADMAN (Lola Rosita)

Je devais avoir quatre ans, guère plus, quand mes parents m’ont emmenée avec eux chez le patron de mon père qui les avait invités à souper, lequel avait entendu dire que je ne dessinais bien pour mon âge. Ce qui lui a donné l’idée de m’offrir une tablette à dessin pour que je ne m’ennuie pas. Avait-elle 100 pages? Plus? Moins? Peu importe. Je les ai toutes utilisées pour dessiner des nuages de toutes les tailles et de toutes les formes, au grand désespoir de ma mère, qui avait vanté mes talents.

Et à l’occasion de la fête des Mères, j’ai eu envie de lui rappeler ce souvenir et de lui offrir, ainsi qu’à vous, quelques images représentant des mères et des filles en train de lire, en commençant par celle-ci, peinte par Lola Rosita Badman. Mais pas n’importe quel livre. J’ai en effet choisi pour elles Nuages de Max-Henri de Larminat, et pour débuter, cet entrait : Les nuages n’en finissent jamais de plier et de déplier ces grandes pages dont ils ne savent que faire. De les déchirer comme par inadvertance. De les recoller presque avec soin. De les retourner en tous sens en faisant semblant de chercher le début d’un message, qu’au vrai, ils ne désirent pas lire.

Genre humain 2

BÉLIVEAU (Stéphanie) - 2

L’éternel retour

j’en ai passé des nuits à douter du soleil
j’en ai passé des jours à douter des étoiles
J’ai rêvé dans un puits la chute et le sommeil
et l’éternel retour des reflets et des voiles

j’en ai passé des nuits
à douter du soleil
j’ai rêvé dans un puits
la chute et le sommeil

je te prenais pour rien tu te prenais pour tout
je me prenais pour tout tu me prenais pour rien
je me prenais pour rien tu me prenais pour tout
je te prenais pour tout tu te prenais pour rien

je te prenais pour moi
tu me prenais pour toi
je me prenais pour toi
tu te prenais pour moi

j’en ai fait des exploits j’en ai fait des manières
j’en ai joué des jeux et j’en ai fait des guerres
j’en ai dicté des lois j’en ai mangé des pierres
j’en ai volé du feu et découvert des terres

j’en ai fait des exploits
j’en ai fait des manières
j’en ai dicté des lois
j’en ai mangé des pierres

j’en ai vu j,en ai lu j’en ai su j’en ai cru
sans jamais rien savoir et sans jamais rien croire
de berlue en bévue et de flux en reflux
j’en ai cru des miroirs j’en ai su des histoires

j’en ai cru des miroirs
j’en ai su des histoires
sans jamais rien savoir
et sans jamais rien croire

j’en ai passé des nuits à douter du soleil
j’en ai passé des jours à douter des étoiles

Brigitte Fontaine, Genre humain

*choix de la lectrice de Stéphanie Béliveau

Genre humain 1

BARILE (Xavier J.)

Dis

est-ce que tu crois
en moi
qu’est-ce que tu crois
dis-moi
jure-moi qu’on n’est pas
les rois des cons toi moi
dis-moi dis-moi
dis-moi encore une fois
tiens-moi tiens-moi
tiens-moi bien dans tes bras

dis-moi qu’un jour
la peur
pour toujours toujours
meurt
la mort est une amie
qu’en penses-tu dis oui
dis-moi dis-moi
dis-moi encore une fois
tiens-moi tiens-moi
tiens-moi bien dans tes bras

est-ce que le temps
avance
comme un enfant
qui danse
est-ce qu’on dé-
couvre un jour
la beauté
pour toujours

on se trouvera
ou en haut ou en bas
on sera toujours deux
astres qui jouent des dieux
dis-moi dis-moi
dis-moi encore une fois
tiens-moi tiens-moi
tiens-moi bien dans tes bras

est-ce que tu m’aimes
encore
autant et même
plus fort

Brigitte Fontaine, Genre humain

*choix de la lectrice de Xavier J. Barile

Ce qui fut 5

BARRIOS (Armando) - 7

L’adieu

Est-il vrai, mon amie,
Qu’il n’y a qu’un seul mot pour désigner
Dans la langue qu’on nomme la poésie
Le soleil du matin et celui du soir,
Un seul le cri de joie et le cri d’angoisse,
Un seul l’amont désert et les coups de haches,
Un seul le lit défait et le ciel d’orage,
Un seul l’enfant qui naît et le dieu mort ?…

Oui, je le crois, je veux le croire, mais quelles sont
Ces ombres qui emportent le miroir ?
Et vois, la ronce prend parmi les pierres
Sur la voie d’herbe encore mal frayée
Où se portaient nos pas vers les jeunes arbres.
Il me semble aujourd’hui, ici, que la parole
Est cette auge à demi brisée, dont se répand
À chaque aube de pluie l’eau inutile…

Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière

*choix de la lectrice d’Armando Barrios

Ce qui fut 4

BARRAUD (Maurice) - 2

Le tout, le rien

Te soit la grande neige le tout, le rien,
Enfant des premiers pas titubants dans l’herbe,
Les yeux encore pleins de l’origine,
Les mains ne s’agrippant qu’à la lumière.

Te soient ces branches qui scintillent la parole
Que tu dois écouter mais sans comprendre
Le sens de leur découpe sur le ciel,
Sinon tu ne dénommerais qu’au prix de perdre.

Te suffisent les deux valeurs, l’une brillante,
De la colline dans l’échancrure des arbres,
Abeille de la rie, quand se tarira
Dans ton rêve du monde ce monde même.

Et que l’eau qui ruisselle dans le pré
Te montre que la joie peut survivre au rêve
Quand la brise d’on ne sait où venue déjà disperse
Les fleurs de l’amandier, pourtant l’autre neige.

Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière

*choix de la lectrice de Maurice Barraud

Ce qui fut 3

FROHSIN (Kim) - 2

Tout est toujours à remailler du monde.
Le paradis est épars, je le sais,
C’est la tâche terrestre d’en reconnaître
Les fleurs disséminées dans l’herbe pauvre.

Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière

*choix de la lectrice de Kim Frohsin

Ce qui fut 2

FRESSINIER (François) - 4

Est-il vrai mon amie,
Qu’il n’y a qu’un seul mot pour désigner
Dans la langue qu’on nomme la poésie
Le soleil du matin et celui du soir,
Un seul le cri de joie et le cri d’angoisse,
Un seul l’amont désert et les coups de haches,
Un seul le lit défait et le ciel d’orage,
Un seul l’enfant qui naît et le dieu mort?

Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière

*choix de la lectrice de François Fressinier