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Quelques jours avec Higelin 13

MARINIELLO (Cecco) - 5

Pour et par amour

Me voilà arrivé
à la fin du début
au début de la fin
et c’est pourquoi je vis
de l’aube jusqu’au matin
du midi jusqu’au soir
du soir jusqu’à la nuit
de la nuit jusqu’au jour

Que je vis pour et par amour

De découverte en découverte
vers le point de jonction
et le point de rupture
entre passé, futur
et la ligne d’horizon

Au jour le jour, je vis
sans espoir ni regret
sans savoir ni prévoir

J’ai approché la fin
où la mort m’attendait
elle me tendait la main
depuis le tout premier instant
et même avant
et même après

Et c’est pourquoi je vis
au jour le jour
la nuit la nuit

Pourquoi je vis
toujours
nuit et jour
jour et nuit
par et pour amour
pour et par amour

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Cecco Mariniello

À chaque pas 3

NITSCHE (Frank)

nuit des perséïdes
côte à côte dans l’herbe mouillée
compter les étoiles

Roxanne Lajoie, À chaque pas la poussière

*choix de la lectrice de Frank Nitsche

Quelques jours avec Higelin 12

MARTIN (Charles) - 1

Dans la nuit de ta nuit
J’avance vers ta lumière
Parfois je l’aperçois
Parfois c’est des éclairs

Dans la nuit de ta nuit
Je dors, les yeux ouverts
Toujours à la frontière
De ta réalité

Dans la nuit de ta nuit
Je rêve le dos cassé
Je rêve tout éveillé
Assis au pied du lit.

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Charles Martin

Quelques jours avec Higelin 11

MARTIN (Lavanna) - 4

Apprendre ou à laisser
C’st à prendre ou à laisser
Si tu prends
Ça te laisse tout le temps de t’en
lasser
Si tu laisses
Ça te ^rend tout le temps de t’en
liser

À tout prendre
meiux vaut se laisser
m’apprendre à t’aimer
c’est apprendre à me laisser
tout le temps que ça prend
d’accorder nos cadences

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Lavanna Martin

Quelques jours avec Higelin 10

MATISSE (Henri) - 34

J’eusse tant aimé

J’eusse
tant aimé
être l’objet de ta divine volonté
Seulement voilà
tu m’as fait tant et tant douter
des autres
et de moi-même
que j’ai perdu confiance
et laissé la méfiance
s’installer, se dresser
entre moi et toi

J’eusse
tant aimé
être l’objet de tes plus sublimes pensées
Seulement voilà
vous avezx mis tant de distances
que j’ai perdu le goût
de me jeter en larmes
à vos genoux
en signe d’allégeance
au pouvoir vénéneux
de votre indolence

J’eusse tant aimé
être la proie de tes plus folles volontés
Seulement voilà
tu m’as fait tant et tant douter
des autres et de moi-même
qu’en conséquence
je reprends mes distances
et m’en vais hors de toi
reprendre
connaissance

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice d’Henri Matisse

Quelques jours avec Higelin 9

McGOWAN (Virginia) - 1

Masculin-féminin

Mes mains dessinent enfin
La courbe de tes flancs
Mes doigts serrent ton cou fin,
comme celui d’un enfant
Il n’y a pas de loin dans le rapport amoureux
Ni étreinte,
Ni contrainte,
Sans aveux.

Je te retrouve enfin,
tu fais de moi ce que tu veux
Je tremble de la pointe
des orteils aux cheveux
Tandis que l’aube pointe
sur nos jeux voluptueux
Le souffle du vent frôle
tes bras, tes cuisses, tes mains

Madculin, féminin
Frissons sur tes épaules
et le haut de tes reins
Inversement des pôles

Féminin, masculin
frissons entre l’épaule
et le bas de tes reins
la courbe de ton sein

Au loin sonne une cloche
les douze coups de minuit
dans mes pensées résonnent
le mot que tu me dis

Quand mes lèvres déposent
tous leurs baisers de pluie
aux draps froissés du lit
tu t’étends, endormie

Au loin sonne une cloche
il est trois heures dans la nuit
mon esprit s’abandonne
aux douleurs de l’oubli

Ici le jour se lève
L’amour est loin,
Soudain
Je doute…

L’océan roule et gronde
des vagues abasourdies
Le vent se lève en trombe
et la flamme des bougies
fait vaciller les ombres
de nos corps évanouis

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Virginia McGowan

Quelques jours avec Higelin 8

HILL (Janet) - 24

Qu’adviendra-t-il de nous?

Je serre entre mes dents
le drap tendu de la main
et dans mes poings serrés
des pans de sa roche étoilée
qu’adviendra-t-il de nous
quand le jour se sera levé?

La mort nous guette
Aux carrefours, aux chemins
où les pieds nus des vivants
ont foulé la poussière
Le baiser de la Lune
épouse le ventre de la mer

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Janet Hill

Quelques jours avec Higelin 7

HOLLYER (Eva) - 5

Essaye-moi d’abord

Essaye-moi,
Essaye-moi d’abord
Avant de t’enflammer
Puis avant de sombrer
dans la loi des chassés croisés
Teste-moi d’abord

Avant qu’on se divise
qu’on se sépare en deux
Avant qu’on se dégrise
du vertige amoureux

Avant qu’on baisse les bras
Avant qu’on baisse les yeux

Rompons la glace
Ouvrons nos corps
Et d’un commun accord
Testons-nous encore

Avant que nos miroirs se brisent
Avant qu’on n’en puisse plus
Que nos âmes et nos corps s’enlisent
Plus vite qu’on ne l’aurait cru
Avant que sonne la disgrâce
Et la fins de nos face à face
Avant qu’on se volatilise
Qu’on se déguide en courants d’air
Avant qu’on ait perdu les traces
Du chemin qui restait à faire

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice d’Eva Hollyer

Quelques jours avec Higelin 6

HOLSOE (Carl Vilhelm) - 20

Pourquoi?

Pourquoi baissez-vous les yeux
quand je vous prends dans mes bras
que je vous baise le bout des doigts
et que je sens du bout des lèvres
ce frisson de vous à moi

Pourquoi baissez-vous les yeux
Pourquoi ce sourire malicieux
qui me parle de surprise
qui m’obsède et qui m’attise
sous le rideau de vos cheveux

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Carl Wilhelm Holsoe

Quelques jours avec Higelin 5

LYNCH (Sarah) - 2

Des nuits des jours

Des nuits, des jours
à débusquer l’amour
dans tous ses retranchements
les gestes égarés
les frissons de la chair
les battements fous du cœur.

Des nuits, des jours
à toujours exposer
aux brûlures vives de la passion
la fleur aphrodisiaque
les fruits qu’un beau démon
tend à ma soif de vivre.

Des nuits, des jours
à provoquer le vide
à jouer son équilibre
sur le fil tendu, invisible
entre rêve et réalité
par la volonté capricieuse
des déeesses et des dieux
parfois déçus,
parfois charmés
du grand écart improvisé
entre parenthèses et virgules
par l’enchanteur désenchanté
enfanté par la somnambule
la rêveuse éveillée
l’imagination
la Lune.

Jacques Higelin, Flâner entre les lignes

*choix de la lectrice de Sarah Lynch