En vos mots, pour qui vient de découvrir le pays de Lali, est une des catégories qui appartient aux seuls lecteurs du pays de Lali, et non à moi, au même titre que Ce que mots vous inspirent et Vos traces.
Chaque dimanche, à 8 heures, heure du Québec, j’installe pour vous une toile, et je la laisse là pendant une semaine, afin vous puissiez l’examiner à votre aise et voir ce qu’elle vous raconte. Ce n’est que le dimanche suivant, à l’heure où une nouvelle toile sera accrochée, que je validerai tous les commentaires, pour le bonheur de lire les regards de tous en une seule fois.
C’est donc dans une semaine que nous saurons ce que le personnage d’Igor Sidorov vous aura inspiré. Pas avant. Ce sera un poème, une nouvelle, une chanson, ou juste une citation, peu importe. La toile est à vous.
Pour que vous nous disiez en vos mots ce qu’elle vous raconte.

4 réponses
Ce jour-là, Julien sortit de la bibliothèque municipale, la tête ailleurs, un peu étourdi. Il avait beaucoup lu, il avait pris des notes, fait des photocopies de documents. Aurore, la bibliothécaire lui avait réservé une surprise, des documents inédits qu’elle avait cherchés pour lui à la bibliothèque centrale.
Il sortait de la bibliothèque, son carton à ébauches sous le bras. Un vieux classeur cartonné, râpé qu’il affectionnait. Il venait de passer quelques heures passionnantes, dans d’autres lieux, d’autres époques, avec ses écrivains préférés. Il en avait oublié le temps, la faim, la soif. Il venait de côtoyer le grandiose et il se sentait si petit.
Le retour au monde réel lui fut assez pénible. Il allait retrouver ses semblables. Il allait être obligé de se frayer un passage parmi la foule des anonymes. Il allait frôler des bras, des épaules, malgré lui. Effleurer des mains peut-être, s’écoeurer de tous les parfums que ces corps transpiraient. Le matin, l’odeur de savon dominait. Le soir, la sueur et les parfums corrompus effaçaient la fraîcheur.
Ce soir-là, lorsqu’il quitta la bibliothèque, il s’étonna de la densité de la foule. Il ignorait qu’il y avait eu plusieurs manifestations dans la journée. Il s’était coupé du monde en faisant ses recherches.
Il eut un mouvement de révolte, il refusa de se mêler davantage à la foule anonyme. Il pressa le pas pour échapper à la multitude. Il prit une rue à droite, elle menait à la cathédrale. Il connaissait mal ce quartier, mais il pensait retrouver son chemin plus loin, là où le quartier résidentiel commençait. Le bruit de la foule le poursuivait. C’était comme une respiration haletante, assourdie par la distance. Quelques slogans lui parvenaient. Il n’en comprenait pas les mots, mais leurs vibrations de violence étaient perceptibles.
Rien n’est pire qu’une foule en colère, pensa-t-il. Tous les outrages, les débordements sont possibles. Le mouvement de masse entraîne les plus calmes à se déchaîner. Il les redoutait.
Julien s’arrêta pour reprendre son souffle. La tête lui tourna un peu. Il laissa tomber son vieux carton, ses notes s’éparpillèrent. Il ressentit une fatigue immense. Il fléchit. Il eut conscience de tomber. Puis, plus rien.
Les passants firent un petit détour pour ne pas déranger ce qu’ils prirent pour un ivrogne…
Bonjour Daniel, prenez place sur la scène, nous vous écoutons pour votre deuxième répétition avant l’audition de vendredi.
Silence…
Qu’y a-t-il Daniel ? Si vous ne savez plus votre texte, vous pouvez vous servir de vos feuilles.
Silence…
Mais enfin Daniel, ce n’est pourtant pas difficile !
Tout ce que l’on vous demande, c’est une chanson. Quelle soit en accord avec le décor ou avec le personnage ou ce que vous ressentez, vous !
Le choix de chansons est très vaste et nous sommes certains que vous êtes capable de réussir.
Inspirez-vous de ce qui vous entoure. Votre voix est splendide mais mettez-y tout votre cœur. Vous avez tout pour réussir. Nous sommes là pour vous aider mais on ne peut pas prendre votre place. Nous vous rappelons que l’audition est pour vendredi déjà.
Que dites-vous ? Ah oui ! D’accord, la tenue vestimentaire n’est pas terrible mais elle fait partie de la scène.
Daniel, on reprend et n’hésitez pas à utiliser vos notes.
Le jeune candidat ne s’est jamais trouvé dans une telle situation avec un décor pareil. Il se sent déstabilisé et gêné mais il veut réussir. Le gagnant recevra une certaine somme d’argent et si Daniel sort premier, il investira cet argent dans ses études de médecine. C’est son rêve.
Daniel, on vous écoute…
Toi qui crois que la terre est ronde
Tu n’te doutes pas une seconde
Que ton histoire pourrait changer…
Si tu n’veux plus rester dans l’ombre
Avant qu’un beau jour ne fondent
Tous tes espoirs, que tu n’te sentes un peu partout
étranger…
Viens, il existe un nouveau monde
Où la lune est toujours blonde
Et les étoiles restent allumées…
Ne crois pas tout ce qu’on raconte
Ce qu’on peut lire dans les contes
Si tu veux voir la liberté…
Prends entre tes mains ton destin
Mets les voiles dès ce matin
Pour la planète où tu veux vivre…
Prends le large rien ne te retient
C’est ta vie elle t’appartient
Si tu veux être un homme libre…
Viens, tu verras la route est longue
Parfois le ciel devient sombre
Mais les nuages sont encore loin…
Et même si de fatigue tu tombes
Dans ta course vagabonde
Aie le courage de continuer ton chemin…
Dis-toi que rien n’est écrit
L’avenir se construit
Il n’y a que toi pour savoir quelles sont vraiment tes envies…
Il n’y a que toi pour savoir quel sens donner à ta vie…
Prends entre tes mains ton destin
Mets les voiles dès ce matin
Pour la planète où tu veux vivre
Prends le large rien ne te retient
C’est ta vie elle t’appartient
Si tu veux être un homme libre
Rien qu’un homme enfin libre
Enfin libre
Enfin libre
Daniel vient de chanter « Un homme libre » de « David Hallyday ».
Les membres du jury sont heureux pour Daniel. Il vient de faire une magnifique interprétation avec sa voix d’or. Ils attendent tous le jour de l’audition avec impatience car Daniel n’est pas seul, il y a trois autres candidats.
Le jeune chanteur s’est éclipsé dans les coulisses pour se changer, reprendre son souffle et retrouver ses esprits…
Pour une fois, il est content de lui, rassuré et cela lui donne des ailes !
Il y a une odeur de café chaud
Elle prend le bol entre ses mains
Elle aime bien se lever tôt
Pour maquiller ses chagrins
Et sa silhouette en contre-jour
Parmi les ombres de la pièce
Semble rêver d’un peu d’amour
Ou bien alors c’est de tendresse
Elle a les cheveux couleur nuit
Les seins lourds sur son corsage
Et chaque matin la même envie
De s’offrir un grand voyage
Elle regarde les oiseaux
Et son cœur s’envole loin
Et il y a dans la couleur de ses yeux
Comme une envie de demain
Entre les pages pour écrire
Dans le livre aux feuilles blanches
Chaque mot comme un doux soupir
A le parfum d’anciens dimanches
Et je vous dis qu’elle est belle
Comme un rêve d’adolescence
Et qu’elle me rappelle celle
Qui a volé mon innocence
DE LA VILLE AU CHANT
Poète de ville
S’ennuie de ses champs.
Le pic sur un fil
Ravale son chant.
Poète de l’île
Avec tous ses mots
Renverse la ville,
Libère l’oiseau.
Flairjoy