Il a passé plus de temps avec elle qu’avec sa propre mère. Celle-ci n’était d’ailleurs pas présente le lundi où il a soufflé les trois bougies qui décoraient le gâteau. Elle avait choisi ce jour-là pour abandonner le petit, pour n’en avoir plus la responsabilité, pour se décharger de ce paquet encombrant dont sa propre mère s’occupait la plupart du temps. La mère préférant danser dans des lieux mal famés pour se payer de la poudre à lui tendre les bras au moment de ses premiers pas.
Lisette pleurait en me parlant de sa fille et de son petit-fils dont elle a maintenant la charge suite à la paperasserie signée par son aînée. Elle pleurait à cause de ses jambes enflées qui l’empêchent de marcher bien longtemps. Parce qu’elle est constamment à bout de souffle. Parce que la plus jeune de ses quatre filles aura bientôt 18 ans et qu’elle espérait enfin pouvoir se reposer, se soigner, elle qui les a élevées toute seule tout en gardant nombre d’enfants des environs pour joindre les deux bouts.
Lisette pleurait en pensant à cet autre enfant qu’on venait de lui léguer. Un enfant au père inconnu maintenant abandonné par la mère. Qu’allait-il advenir de lui le jour où elle ne pourrait plus bouger?
À peine avait-elle soulevé cette question que Montgomery arrivait vers nous. Souriant. En brandissant un énorme bouquet de pissenlits. Lisette m’a regardée, l’a regardé. Il est des questions inutiles qu’un enfant sait faire oublier.
*illustration de Tooshtoosh

2 réponses
Mon ventre se serre à chacune de ces histoires…
C’est triste, très triste!