Je les regardais.
Ils avaient l’air heureux d’être ensemble, assis sur une terrasse du Vieux-Montréal. Ils se parlaient. Ils riaient. Ils commandaient à boire. Un petit vent se levait. Ils avaient tant de choses à se dire alors qu’ils prennent leurs pauses ensemble, qu’ils mangent à la même table le midi, qu’ils se fréquentent les uns les autres les soirs et les weekends.
Je les regardais.
Je n’avais rien à raconter, et l’odeur de bière qui venait des verres, du vent, de leurs haleines, avait envahi la terrasse et me donnait la nausée. À elle seule, elle me rappelait une vie que je veux oublier où cette odeur émanait de la cuisine, de la salle à manger, de la chambre à coucher et de sa peau à lui, et qu’ils ne connaissent pas. Nul ne se vante de ses ratages.
Je les regardais.
Je rêvais d’être ailleurs. Ce qui était pour eux une fête était pour moi une punition. Je sirotais mon verre de San Pellegrino. La nuit tombait peu à peu sur le quai McGill. J’allais pouvoir rentrer. Le cinq à sept prenait fin pour quelques-uns d’entre nous. Ailleurs, ma vraie vie m’attendait.
*toile de John Taye

4 réponses
Très beau ce texte, j’aime beaucoup!
Moi aussi….
Bises.
Que dire? C’est tout simplement très beau!
Bisous
Beau, très, simplement, tout !! Denise comme aurait repris ce garnement de Pépé !