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Un dimanche avec Maurice Carême 9

MAKOVSKY (Vladimir Egorovich) - 7

Je laissais le poème

Je laissais le poème
Aller où il voulait.
Je ne savais pas bien
Ce qu’il cherchait sans fin
Tel un chien aux aguets.
Moi, je ne disais rien,
Car c’était son secret.
J’allais où il allait
Et comme il le voulait.
Des hêtres, dans le ciel,
Découpaient de trous bleus
Qui semblaient les fenêtres
D’un château fabuleux.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Vladimir Egorovich Makovsky

Un dimanche avec Maurice Carême 8

MADONINI (Giovanni)

Je t’avais dit

Je t’avais dit ceci,
Tu m’avais dit cela.
Il avait dit aussi
Ce qu’il pensait de toi,
Ce qu’il pensait de moi.

Et puis nous avions dit
Avec beaucoup d’esprit
Ce que pensaient de lui
Ses parents, ses amis,
Ses pires ennemis.

Ses parents avaient dit
Ce qu’ils pensaient de nous;
Et nous, après, de lui;
Et lui, après, de vous,
Qui êtes ses amis.

Ayant dit tout ceci,
Ayant dit tout cela.
Nous nous sommes repris
Ce n’était pas ceci
Qu’on avait dit de moi,

Ce n’était pas cela
Qu’on avait dit de lui.
Ce n’était pas de toi,
De moi, qu’on avait dit
Ou ceci ou cela.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Giovanni Madonini

Un dimanche avec Maurice Carême 7

MACKENZIE (Marie Henry)

Où t’en vas-tu?

Où t’en vas-tu, toi que l’on dit poète
Avec ton sac plein de soleil couchant?
Oublierais-tu que la joie n’a qu’un temps,
Que les jours fuient ainsi que paille au vent?
Vois, les forains éteignent leurs comètes.
Toi qui ne crois en faire qu’à ta tête,
Où t’en vas-tu portant ton cœur battant
Comme un tambour au milieu de la fête?

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Marie Henry Mackenzie

Un dimanche avec Maurice Carême 6

LYUBAROV (Vladimir)

Je ne vois pas pourquoi

Je ne vois pas pourquoi le temps
Ne ralentirait pas un peu,
Et l’espace, par jeu,
N’aurait pas un tapis volant.

L’infini ne me tente guère.
D’ailleurs, je ne le vois jamais.
S’il mourait à la guerre,
Qui de nous s’en apercevrait?

Quant à l’absolu, laissez-le
Sur son trône de poussière
Et de bois vermoulu
Croire qu’il mène l’univers.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Vladimir Lyubarov

Un dimanche avec Maurice Carême 5

LISMANN (Hermann)

Que voulez-vous?

Par amour, la statue sourit.
Personne ne le remarqua.
Hé! que voulez-vous! C’est la vie,
On est statue ou pas.

Les maisons sont faites de pierres.
Elles tombent malgré cela.
Que voulez-vous! C’est la matière,
On est maison ou pas.

N’empêche que, sur cette pierre
Et sur la statue que voilà,
J’écris avec de la lumière.
Que voulez-vous! C’est ma manière,
On est poète ou pas.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile d’Hermann Lismann

En vos mots 562

SILVA (Kessi Jo)

Même si on nous promet des températures clémentes au Québec dans les prochains jours, la lectrice illustrée par Kelsi Jo Silva s’est habillée pour contrer le froid et a fait provision de livres, car elle ne semble pas avoir l’intention de sortir.

Si vous lui teniez compagnie afin de nous parler un peu d’elle en vos mots? Nous nous ferons un plaisir de lire vos poèmes et histoires dimanche prochain au moment de la validation de ceux-ci.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

Un dimanche avec Maurice Carême 4

LONG (Edwin)

Qui ne croit pas avoir raison!

On fait, hélas! Ce que l’on peut
Et non, dit-on, ce que l’on veut.

Le plus triste de tout cela,
C’est que j’aurai usé ma vie
À mettre des habits de soie
À de douteuses fantaisies.

Cette folie en vaut une autre
Bien qu’elle n’ait aucun blason.
Au fond, elle vaut bien la vôtre.
Qui ne croit pas avoir raison!

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile d’Edwin Long

Un dimanche avec Maurice Carême 3

LEIGHTON (Edmund Blair) - 13

La fillette et le poème

« Le poème, qu’est-ce que c’est?
M’a demandé une fillette :
Des pluies lissant leurs longues tresses,
Le ciel frappant à mes volets,
Un pommier tout seul dans un champ
Comme une cage de plein vent,
Le visage triste et lassé
D’une lune blanche et glacée,
Un vol d’oiseaux en liberté,
Une odeur, un cri, une clé? »

Et je ne savais que répondre,
–Jeu de soleil ou ruse d’ombre? –
Comment aurais-je su mieux qu’elle
Si la poésie a des ailes
Ou court à pied les champs du monde?

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile d’Edmund Blair Leighton

Un dimanche avec Maurice Carême 2

LE CASALE (F.)

Fuyez tous les chemins…

Fuyez tous les chemins,
Le meilleur ne vaut rien.

Écoutez votre cœur,
Il détient le bonheur.

Rester simple surtout
Comme un enfant qui joue

Assis sur une pierre
À l’ombre de sa mère.

Bon! ô certes, vous l’êtes,
Car, sur cette planète

Où le mal est partout,
Comment vivriez-vous?…

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de F. Le Casale (dont toute trace a disparu)

Un dimanche avec Maurice Carême 1

LA DELL HAYES (Arlene) - 2

Parce que je conserve un doux souvenir des poèmes de Maurice Carême appris enfant que je déclamais à voix haute, j’ai eu l’idée de relire quelques-uns de ses recueils. C’est ainsi que m’est venue l’idée de vous en offrir quelques-uns, tirés d’Être ou ne pas être, où il est largement question du rapport qu’entretenait le poète belge avec la poésie.

Se succéderont donc à tour de rôle des personnages entourant un lecteur à haute voix, en commençant par ceux peints par Arlene La Dell Hayes qui ont choisi ce poème :

Vous me faites rire

Que vous me faites rire
Avec vos mots abstraits!
Que croyez-vous saisir
D’essentiel dans leurs rets?

La vie aime se mettre
À table avec sa chaise
Et manger sans serviette
Son pain blanc bien à l’aise.

Pourquoi parlerait-elle
D’espace, d’infini?
N’a-t-elle assez de ciel
Pour remplir tous les nids?