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Les récitations du dimanche 8

1780

Les écoliers

Sur la route couleur de sable,
En capuchon noir et pointu,
Le « moyen », le « bon », le « passable »
Vont à galoches que veux-tu
Vers leur école intarissables.

Ils ont dans leurs plumiers des gommes
Et des hannetons du matin,
Dans leurs poches du pain, des pommes,
Des billes, ô précieux butin
Gagné sur d’autres petits hommes.

Ils ont la ruse et la paresse
Mais l’innocence et la fraîcheur
Près d’eux les filles ont des tresses
Et des yeux bleus couleur de fleur,
Et des vraies fleurs pour leur maîtresse.

Puis les voilà tous à s’asseoir.
Dans l’école crépie de lune
On les enferme jusqu’au soir,
Jusqu’à ce qu’il leur pousse plume
Pour s’envoler. Après, bonsoir!

Maurice Fombeure
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile de l’école anglaise, 1780

Les récitations du dimanche 7

EBERLE (Adolf) - 1

En septembre

Ciel roux. Ciel de septembre.
De la pourpre et de l’ambre
Fondus en ton brouillé.
Draperie ondulante
Où le soleil se plante
Comme un vieux clou rouillé.

Flots teintés d’améthyste.
Écumes en baptiste
Aux légers falbalas.
Horizon de nuées
Vaguement remué
En vaporeux lilas.

Falaises jaunissantes.
Des mûres dans les sentes,
Du chaume dans les champs.
Aux flaques des ornières,
En lueurs prisonnières
Le cuivre des couchants.

Aucun cri dans l’espace.
Nulle barque qui passe.
Pas d’oiseaux aux buissons
Ni de gens sur l’éteule.
Et la couleur est seule
À chanter ses chansons.

Apaisement. Silence.
La brise ne balance
Que le bruit endormant
De la mer qui chantonne.
Ciel de miel. Ciel d’automne.
Silence. Apaisement.

Jean Richepin
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile d’Adolf Eberle

Les récitations du dimanche 6

DUBUFE (Édouard Louis) - 2

Ma frégate

Qu’elle était belle, ma frégate,
Lorsqu’elle voguait dans le vent!
Elle avait, au soleil levant,
Toutes les couleurs de l’agate;
Ses voiles luisaient le matin
Comme des ballons de satin;
Sa quille mince longue et plate,
Portait deux bandes d’écarlate
Sur vingt-quatre canons cachés;
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu’un pirate,
En cent jours du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.
Qu’elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu’elle voguait dans le vent!

Alfred de Vigny
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile d’Édouard Louis Dubufe

Les récitations du dimanche 5

DRUMMOND (Arthur A.) - 1

Le pélican

Le capitaine Jonathan
Étant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d’Extrême-orient.

Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un œuf tout blanc
D’où sort, inévitablement
Un autre, qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l’on ne fait pas d’omelette avant.

Mautice Carême
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile d’Arthur A. Drummond

En vos mots 474

WEINSTEIN (Ellen)

Un peu de fantaisie ne nuit pas, me suis-je dit en choisissant pour vous cette illustration d’Ellen Weinstein pour ce nouvel En vos mots. Puisse-t-elle vous amuser et vous inspirer.

Les textes que vous déposerez au cours de la semaine ne seront pas validés avant dimanche prochain, comme le veut l’habitude, ce qui veut dire que c’est enfin le moment tant attendu de lire vos commentaires sur la scène livresque de dimanche dernier.

Profitez bien de cette nouvelle semaine et rendez-vous dimanche prochain pour la suite.

Les récitations du dimanche 4

BOUTER (Cornelis)

La fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Et pourquoi pas?

Robert Desnos
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile de Cornelis Bouter

Les récitations du dimanche 3

BOYER DOTY (Sheri Lynn) - 2

La biche

La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux :
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
A la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
A ses longs appels anxieux !
Et le cou tendu vers les cieux,
Folle d’amour et de rancune,
La biche brame au clair de lune.

Maurice Rollinat
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile de Sheri Lynn Boyer Doty

Les récitations du dimanche 2

BREDIN (Rae Sloan) - 1

Petits lapons

Dans leur cahute enfumée
Bien soigneusement fermée
Les braves petits lapons
Boivent l’huile de poisson!

Dehors on entend le vent
Pleurer ; Les méchants ours blancs
Grondent en grinçant des dents
Et depuis longtemps la mort
Le pâle soleil du nord!
Mais dans la brume enfumée
Les braves petits lapons
Boivent l’huile de poisson…

Sans rien dire, ils sont assis,
Père, mère, aïeul, les six
Enfants, le petit dernier
Bave en son berceau d’osier:
Leur bon vieux renne au poil roux
Les regarde, l’air si doux!

Bientôt ils s’endormiront
Et demain ils reboiront
La bonne huile de poisson,
Et puis se rendormiront
Et puis, un jour, ils mourront!
Ainsi coulera leur vie
Monotone et sans envie…
Et plus d’un poète envie

Les braves petits lapons
Buveurs d’huile de poissons!

Georges Fourest
(dans Récitations d’enfance, anthologie signée Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos)

*toile de Rae Sloan Bredin

Les récitations du dimanche 1

BROWN (Glenda) - 4

Parce que c’est aujourd’hui la fête des Mères chez nous et dans d’autres pays, de même que l’anniversaire de ma filleule, j’ai choisi d’offrir aux mamans, grands-mamans et marraines lectrices, notamment à ce duo complice peint par Glenda Brown, des extraits du magnifique livre Récitations de notre enfance, un album fait d’illustrations, de photos en noir et blanc et de textes réunis par Albine Novarino-Pothier et Béatrice Mandopoulos, que vous pouvez feuilletez ici. Parce que j’aurais voulu qu’on m’offre ce livre s’il avait existé quand j’étais enfant et l’offrir à ma filleule par la suite.

À défaut de pouvoir le faire, il me reste le pays de Lali pour vous inviter dans cet univers de toute beauté fait d’images et de mots, comme ce très beau poème de Théophile Gautier :

Paysage

Pas une feuille qui bouge,
Pas un seul oiseau chantant ;
Au bord de l’horizon rouge
Un éclair intermittent ;

D’un côté, rares broussailles,
Sillons à demi noyés,
Pans grisâtres de murailles,
Saules noueux et ployés ;

De l’autre, un champ que termine
Un large fossé plein d’eau,
Une vieille qui chemine
Avec un pesant fardeau,

Et puis la route qui plonge
Dans le flanc des coteaux bleus,
Et comme un ruban s’allonge
En minces plis onduleux.

Matières 2

DE JONGHE (Gustave) - 21

Corps à corps et à cris
la raison contre l’amour
l’amour contre la raison
dans le cours des mots
versés sur la ligne
tracés au style
sur le fil ténu
en équilibre
l’amour comme de raison

Ghislaine Pesant, Matières

*choix de la lectrice de Gustave de Jonghe