aujourd’hui
la route frôle la mer
marée d’automne
Gilles Ruel, Odeur de varech
*choix de la lectrice de Pierre-Auguste Renoir
aujourd’hui
la route frôle la mer
marée d’automne
Gilles Ruel, Odeur de varech
*choix de la lectrice de Pierre-Auguste Renoir
Si contre Amour je n’ay autre deffence
Si contre Amour je n’ay autre deffence,
Je m’en plaindray, mes vers le maudiront,
Et apres moy les roches rediront
Le tort qu’il faict à ma dure constance.
Puis que de luy j’endure cette offence,
Au moings tout haut, mes rithmes le diront,
Et nos neveus, a lors qu’ilz me liront,
En l’outrageant, m’en feront la vengeance.
Ayant perdu tout l’aise que j’avois,
Ce sera peu que de perdre ma voix.
S’on sçait l’aigreur de mon triste soucy,
Et fut celuy qui m’a faict ceste playe,
Il en aura, pour si dur coeur qu’il aye,
Quelque pitié, mais non pas de mercy.
(Étienne de la Boétie)
*toile d’A. F. Chalon (à propos duquel toute trace a disparu)
Ores je te veux faire un solennel serment
Ores je te veux faire un solennel serment,
Non serment qui m’oblige à t’aimer d’avantage,
Car meshuy je ne puis ; mais un vray tesmoignage
A ceulx qui me liront, que j’aime loyaument.
C’est pour vray, je vivray, je mourray en t’aimant.
Je jure le hault ciel, du grand Dieu l’heritage,
Je jure encor l’enfer, de Pluton le partage,
Où les parjurs auront quelque jour leur tourment ;
Je jure Cupidon, le Dieu pour qui j’endure;
Son arc, ses traicts, ses yeux et sa trousse je jure :
Je n’aurois jamais fait : je veux bien jurer mieux,
J’en jure par la force et pouvoir de tes yeux,
Je jure ta grandeur, ta douceur et ta grace,
Et ton esprit, l’honneur de ceste terre basse.
(Étienne de la Boétie)
*toile de Ford Madox Brown
Je tremblois devant elle, et attendois, transi
Je tremblois devant elle, et attendois, transi,
Pour venger mon forfaict quelque juste sentence,
A moi mesme consent du poids de mon offence,
Lors qu’elle me dict : » Va, je te prens à merci.
Que mon loz desormais par tout soit esclarci :
Emploie là tes ans, et, sans plus, meshuy pence
D’enrichir de mon nom par tes vers nostre France,
Couvre de vers ta faulte, et paie moi ainsi. »
Sus donc, ma plume ! Il faut, pour jouir de ma peine,
Courir par sa grandeur d’une plus large veine.
Mais regarde à son oeil, qu’il ne nous abandonne.
Sans ses yeux, nos espritz se mourroient languissants :
Ilz nous donnent le coeur, ilz nous donnent le sens :
Pour se payer de moy, il faut qu’elle me donne.
(Étienne de la Boétie)
*toile de Norah Borges
Helas! combien de jours, helas ! combien de nuicts
Helas! combien de jours, helas! combien de nuicts
J’ay vescu loing du lieu, où mon cueur fait demeure!
C’est le vingtiesme jour que sans jour je demeure,
Mais en vingt jours j’ay eu tout un siecle d’ennuis.
Je n’en veux mal qu’à moy, malheureux que je suis,
Si je souspire en vain, si maintenant j’en pleure;
C’est que, mal advisé, je laissay, en mal’heure,
Celle la que laisser nulle part je ne puis.
J’ay honte que desja ma peau decoulouree
Se voit par mes ennuis de rides labouree :
J’ay honte que desja les douleurs inhumaines
Me blanchissent le poil sans le congé du temps.
Encor moindre je suis au compte de mes ans,
Et desja je suis vieux au compte de mes peines.
(Étienne de la Boétie)
*toile de Richard Piloco
C’estoit alors, quand, les chaleurs passees
C’estoit alors, quand, les chaleurs passees,
Le sale Automne aux cuves va foulant
Le raisin gras dessoubz le pied coulant,
Que mes douleurs furent encommencees.
Le paisan bat ses gerbes amassees,
Et aux caveaux ses bouillans muis roulant,
Et des fruictiers son automne croulant,
Se vange lors des peines advancées.
Seroit ce point un presage donné
Que mon espoir est desjà moissonné ?
Non certes, non ! Mais pour certain je pense,
J’auray, si bien à deviner j’entends,
Si l’on peult rien prognostiquer du temps,
Quelque grand fruict de ma longue esperance.
(Étienne de la Boétie)
*toile de Robert Papp
C’est faict, mon coeur, quitons la liberté
C’est faict, mon coeur, quitons la liberté.
Dequoy meshuy serviroit la deffence,
Que d’agrandir et la peine et l’offence?
Plus ne suis fort, ainsi que j’ay esté.
La raison fust un temps de mon costé,
Or, revoltée, elle veut que je pense
Qu’il faut servir, et prendre en recompence
Qu’oncq d’un tel neud nul ne feust arresté.
S’il se faut rendre, alors il est saison,
Quand on n’a plus devers soy la raison.
Je voy qu’Amour, sans que je le deserve,
Sans aucun droict, se vient saisir de moy;
Et voy qu’encor il faut à ce grand Roy,
Quand il a tort, que la raison luy serve.
(Étienne de la Boétie)
*toile d’Otto Wilhelm Erdmann
Avec le changement d’heure et les journées de plus en plus courtes au cours des prochaines semaines, j’ai eu envie de vous proposer une scène livresque amusante. C’est pour cette raison que j’ai choisi celle-ci, une illustration signée Graham Oakley, qui met en scène un personnage qui a me fait penser à un certain Albert.
À vous maintenant de nous raconter en vos mots ce qu’évoque pour vous cette scène. C’est avec plaisir que nous vous lirons dimanche prochaine, car aucun commentaire ne sera validé avant le prochaine accrochage.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!
Je sçay ton ferme cueur, je cognois ta constance
« Je sçay ton ferme cueur, je cognois ta constance :
Ne sois point las d’aimer, et sois seur que le jour,
Que mourant je lairray nostre commun sejour,
Encor mourant, de toy j’auray la souvenance.
J’en prens tesmoing le Dieu qui les foudres eslance,
Qui ramenant pour nous les saisons à leur tour,
Vire les ans legers d’un eternel retour,
Le Dieu qui les Cieux bransle à leur juste cadence,
Qui fait marcher de reng aux lois de la raison
Ses astres, les flambeaux de sa haute maison,
Qui tient les gonds du ciel et l’un et l’autre pole. »
Ainsi me dit ma Dame, ainsi pour m’asseurer
De son cueur debonnaire, il luy pleut de jurer ;
Mais je l’eusse bien creuë à sa simple parole.
(Étienne de la Boétie)
*illustration de Mauricio Negro
Je ne croiray jamais que de Venus sortisse
Je ne croiray jamais que de Venus sortisse
Un tel germe que toy. Or ta race j’ay sceu,
Ô enfant sans pitié : Megere t’a conceu,
Et quelque louve apres t’a baillé pour nourrisse.
Petit monstre maling, c’est ta vieille malice,
Qui te tient acroupi ; aucun ne t’a receu
Des hommes ny des Dieux que tu n’ayes deceu;
Et encor ne se trouve aucun qui te punisse.
Ô traistre, ô boutefeu, donc ta rage assouvie
Ne fut ny sera oncq des maulx de nostre vie!
Je sçay bien que de toy je ne me puis deffaire.
Et puis qu’ainsi il va, je vois bien desormais
Que tant que je vivray, je ne seray jamais
Saoul de te dire mal, ny toy saoul de m’en faire.
(Étienne de la Boétie)
*toile de Lorenzo Mattotti
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
Commentaires récents