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Un dimanche avec Étienne de la Boétie 2

MARGITAY (Tihamér) - 7

J’ay veu ses yeulx perçans, j’ay veu sa face claire

J’ay veu ses yeulx perçans, j’ay veu sa face claire ;
Nul jamais, sans son dam, ne regarde les Dieux :
Froit, sans coeur me laissa son oeil victorieux,
Tout estourdy du coup de sa forte lumiere :

Comme un surpris de nuict aux champs, quand il esclaire,
Estonné, se pallist si la fleche des cieulx,
Sifflant, luy passe contre et luy serre les yeulx ;
Il tremble, et veoit, transi, Jupiter en cholere.

Dy moy, Madame, au vray, dy moy, si tes yeulx verts
Ne sont pas ceulx qu’on dict que l’Amour tient couverts ?
Tu les avois, je croy, la fois que je t’ay veüe ;

Au moins il me souvient qu’il me feust lors advis
Qu’Amour, tout à un coup, quand premier je te vis,
Desbanda dessus moy et son arc et sa veüe.

(Étienne de la Boétie)

*toile de Tihamér Margitay

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 1

LEIGHTON (Edmund Blair) - 14

Le 1er novembre 1530 naissait le poète Étienne de la Boétie dont peu connaissent aujourd’hui l’existence alors qu’il fut une époque, pas si lointaine que cela, puisque je l’ai connue, où ses vers étaient étudiés, décortiqués et analysés. Je n’irai pas jusqu’à vous proposer un tel exercice, n’ayez crainte.

Il n’y aura que des poèmes à lire, peut-être à haute voix, car la langue a beaucoup évolué en près de cinq siècles. Et de plus, en compagnie de couples de lecteurs, car la poésie d’Étienne de la Boétie met l’amour à l’honneur, comme vous pourrez le constater par ce texte choisi par les lecteurs d’Edmund Blair Leighton :

C’est Amour, c’est Amour, c’est luy seul, je le sens

C’est Amour, c’est Amour, c’est luy seul, je le sens :
Mais le plus vif amour, la poison la plus forte
A qui onq pauvre coeur ait ouverte la porte.
Ce cruel n’a pas mis un de ses traictz perçans,

Mais arcq, traits et carquois, et luy tout, dans mes sens.
Encor un mois n’a pas que ma franchise est morte,
Que ce venin mortel dans mes veines je porte,
Et desjà j’ay perdu et le coeur et le sens.

Et quoy ? si cet amour à mesure croissoit,
Qui en si grand tourment dedans moy se conçoit!
Ô croistz, si tu peuz croistre, et amande en croissant.

Tu te nourris de pleurs ; des pleurs je te prometz,
Et, pour te refreschir, des souspirs pour jamais;
Mais que le plus grand mal soit au moings en naissant!