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Un dimanche avec Sully Prudhomme 4

NICKERSON (Dee)

Les caresses

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais du pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente!

Ô femme, vainement tu serres dans tes bras
Tes enfants, vrais lambeaux de ta plus pure essence :
Ils ne sont plus toi-même, ils sont eux, les ingrats!
Et jamais, plus jamais, tu ne les reprendras,
Tu leur as dit adieu le jour de leur naissance.

Et tu pleures ta mère, ô fils, en l’embrassant;
Regrettant que ta vie aujourd’hui t’appartienne,
Tu fais pour la lui rendre un effort impuissant :
Va! Ta chair ne peut plus redevenir son sang,
Sa force ta santé, ni sa vertu la tienne.

Amis, pour vous aussi l’embrassement est vain,
Vains les regards profonds, vaines les mains pressées :
Jusqu’à l’âme on ne peut s’ouvrir un droit chemin;
On ne peut mettre, hélas ! Tout le cœur dans la main,
Ni dans le fond des yeux l’infini des pensées.

Et vous, plus malheureux en vos tendres langueurs
Par de plus grands désirs et des formes plus belles,
Amants que le baiser force à crier : « Je meurs! »
Vos bras sont las avant d’avoir mêlé vos cœurs,
Et vos lèvres n’ont pu que se brûler entre elles.

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais d’un pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente.

(Sully Prudhomme)

*toile de Dee Nickerson

Un dimanche avec Sully Prudhomme 3

NIELSEN (Helge)

Pensée perdue

Elle est si douce, la pensée,
Qu’il faut, pour en sentir l’attrait,
D’une vision commencée
S’éveiller tout à coup distrait.

Le cœur dépouillé la réclame;
Il ne la fait point revenir,
Et cependant elle est dans l’âme,
Et l’on mourrait pour la finir.

A quoi pensais-je tout à l’heure?
A quel beau songe évanoui
Dois-je les larmes que je pleure?
Il m’a laissé tout ébloui.

Et ce bonheur d’une seconde,
Nul effort ne me l’a rendu;
Je n’ai goûté de joie au monde
Qu’en rêve, et mon rêve est perdu.

(Sully Prudhomme)

*toile signée Helge Nielsen

Un dimanche avec Sully Prudhomme 2

NOLDE (Emil)

Les yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.

Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n’est pas possible!
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible;

Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.

(Sully Prudhomme)

*toile d’Emil Nolde

Un dimanche avec Sully Prudhomme 1

NYBO (Poul Friis) - 7

Parce que c’est demain le 6 mars et que le poète Sully Prudhomme est né un 16 mars, j’ai invité des lectrices passionnées de poésie à se joindre à moi afin de vous offrir en ce jour quelques-uns de ses plus poèmes, en commençant par celle peinte par Poul Friis Nybo, laquelle a choisi pour vous ces vers de ce poète connu, mais néanmoins méconnu :

Mars

En mars, quand s’achève l’hiver,
Que la campagne renaissante
Ressemble à la convalescente
Dont le premier sourire est cher;

Quand l’azur, tout frileux encore,
Est de neige éparse mêlé,
Et que midi, frais et voilé,
Revêt une blancheur d’aurore;

Quand l’air doux dissout la torpeur
Des eaux qui se changeaient en marbres;
Quand la feuille aux pointes des arbres
Suspend une verte vapeur;

Et quand la femme est deux fois belle,
Belle de la candeur du jour,
Et du réveil de notre amour
Où sa pudeur se renouvelle,

Oh ! Ne devrais-je pas saisir
Dans leur vol ces rares journées
Qui sont les matins des années
Et la jeunesse du désir?

Mais je les goûte avec tristesse;
Tel un hibou, quand l’aube luit,
Roulant ses grands yeux pleins de nuit,
Craint la lumière qui les blesse,

Tel, sortant du deuil hivernal,
J’ouvre de grands yeux encore ivres
Du songe obscur et vain des livres,
Et la nature me fait mal.

Les beaux miracles 3

BOUSSIDAN (Yaakov)

Lorsqu’on rend à la terre
la voile blanche des nuages
et que l’on voit sous nos doigts
s’en aller le chemin
comme le haut peuplier
que l’on sait dans le ciel
même l’hirondelle accourue
effleure contre nos larmes
dans le profond miroir
l’empreinte inexorable
du vieux vertige défendu.

Henri Falaise, Les beaux miracles

*choix de la lectrice signée Ya’akov Boussidan

Du pays de mes ancêtres

Traditional Irish Music (John Hindle Postcards)

C’est une jolie histoire que celle qui se cache derrière cette carte postale. En effet, elle m’a été envoyée d’Irlande par John, que je ne connais pas, au nom de Kirsji, une Québécoise, originaire des Cantons de l’Est – comme mon grand-père maternel –, laquelle vit en Arizona depuis plus de vingt ans. Comme nous avons toutes les deux des ancêtres venus d’Irlande, elle a demandé à John, son correspondant irlandais, de m’envoyer une carte postale du pays de nos ancêtres. Et comme aura lieu dans huit jours le défilé de la Saint-Patrick au centre-ville de Montréal, j’ai choisi de faire de cette carte dédiée à la musique traditionnelle irlandaise la carte postale du jour.

Les beaux miracles 2

BONNARD (Pierre) - 10

Si je revenais léger
pour choisir notre mémoire,
sans déjouer la distance accueillie,
même la blessure
comprendrait l’invisible –
tout serait avoué.

Henri Falaise, Les beaux miracles

*choix de la lectrice de Pierre Bonnard

La 2CV à la plage

La 2CV à la plage - aquarelle de Sophie Boitel

Cette mignonne 2CV à la plage envoyée d’Amiens m’a menée tout droit aux pages de l’illustratrice Sophie Boitel. Moment de plaisir.

Ce que mots vous inspirent 1398

AFONSO (Sarah) - 1

La gentillesse est le langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle peut voir. (Mark Twain)

*toile de Sarah Afonso

Les beaux miracles 1

CZENE (Béla) - 12

En quelque sorte
l’étoile la plus infime
connaît la lumière
et le sable se trouve
le long des océans
et quand à la fin du jour
le firmament déferle
au-dessus des vagues
l’envol des mouettes
s’éloigne sans se poser

Henri Falaise, Les beaux miracles

*choix de la lectrice de Béla Czene