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Les poèmes du dimanche 4

GOW (Mary Louise) - 5

Impression fausse

Dame souris trotte
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte,
Grise dans le noir.

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four,
Un nuage passe
Tiens, le petit jour!

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus,
Dame souris trotte;
Debout, paresseux!

(Paul Verlaine, dans 60 poésies et 60 comptines)

*toile de Mary Louise Gow

Les poèmes du dimanche 3

KARAS (Kathy)

Monsieur le vent

Soufflez monsieur le vent,
faites danser les nuages
et les cheveux des enfants sages.

Soufflez monsieur le vent.
Emportez les papiers
et le chapeau du jardinier.

(Fernande Huc, dans 60 poésies et 60 comptines)

*toile de Kathy Karas

Les poèmes du dimanche 2

HOLL (Frank) - 1

La mer

La mer brille
comme une coquille;
on a envie de la pêcher.

La mer est verte,
la mer est grise,
elle est d’azur,
elle est d’argent et de dentelle.

(Paul Fort, dans 60 poésies et 60 comptines)

*toile de Frank Holl

Les poèmes du dimanche 1

MARI (Katogi)

La lectrice de l’illustratrice Katogi Mari avait passé une partie de l’après-midi sur le banc, plongée dans un livre. Avec sérieux et application, elle allait de page en page, ajoutant ici et là des onglets de couleur. Je l’avais regardée de là-haut, impressionnée par son sérieux et son application. Puis j’avais moi aussi pris un livre pour l’accompagner de loin.

Or, j’avais quasi oublié sa présence jusqu’à ce qu’elle sonne à ma porte et me tende le très joli livre illustré par Agnès Rosenstiehl intitulé 60 poésies et 60 comptines, dont j’ai vendu de nombreux exemplaires du temps de ma vie de libraire. Son exemplaire avait beaucoup vécu, c’était visible.

Toute souriante, elle m’a dit : « Tiens, tout est prêt, Lali. J’ai trouvé dans le vieux livre de maman plein de poèmes pour les enfants. Tu veux bien leur consacrer un dimanche? J’inviterais plein d’amis! » Et sans attendre ma réponse, elle est partie. Elle savait que je ne dirais pas non à une telle proposition.

Voici donc, pour entamer ce dimanche tout en poésie, un texte d’Edmond Rostand :
Coccinelle

Coccinelle, demoiselle
Où t’en vas-tu donc?
Je m’en vais dans le soleil
Car c’est là qu’est ma maison.
Bonjour, bonjour, dit le soleil,
Il fait chaud et il fait bon.
Le monde est plein de merveilles.
Il fait bon se lever tôt.

À l’ombre de l’Orford 3

VAUTIER (Otto) - 1

Rondel d’automne

Le ciel est gris, le vent est froid, la terre est rousse;
L’automne est revenu par septembre apporté,
Et les arbres, devant la mort du bel été,
Pleurent des larmes d’or et de sang sur la mousse.

Cherchant pour leurs ébats une plage plus douce,
Les outardes, au sud, s’en vont d’un vol pointé;
Le ciel est gris, le vent est froid, la terre est rousse;
L’automne est revenu par septembre apporté.

Mon misérable cœur a l’aspect de la brousse:
Chassés par le vent froid de la réalité,
Mes rêves les plus chers un par un l’ont quitté,
Et sur l’arbre d’amour se meurt l’ultime pousse.
Le ciel est gris, le vent est froid, la terre est rousse.

Alfred DesRochers, À l’ombre de l’Orford

*choix de la lectrice d’Otto Vautier

Comme un secret

comme un secret

Je ne suis pas toute seule à ne pas aimer voir les feuilles tomber et à trouver difficile de laisser l’été derrière soi pour affronte l’hiver et sa froidure. C’est aussi le cas du garçonnet de Comme un secret, un album empreint de douceur et de tendresse, concocté par Émile Jadoul, pour le texte, et Catherine Pineur, pour les illustrations.

En effet, comment accepter que son ami l’arbre passe l’hiver tout nu? Excellente question! Mais le père de l’enfant a plus d’un tour dans son sac, et surtout plus d’une écharpe et d’une paire de mitaines dans ses tiroirs. L’arbre ne passera pas la saison froide déshabillé, foi de papa!

Prêt à affronter toutes les intempéries, l’arbre pourra donc accueillir le père Noël en temps et lieu et attendre le printemps au chaud. Pour le grand bonheur du gamin et le nôtre.

Comme un secret est un très bel album. Une sorte de clin d’œil à l’automne et à l’hiver, un rappel de s’habiller chaudement, une explication des saisons, un éloge de la patience et de l’attente. À mettre entre toutes les mains de ceux qui aiment la poésie. Comme un secret est en fait une sorte de poèmes en mots et en images.

Coup de foudre

Lisa Audit

Je ne connaissais pas Lisa Audit avant de recevoir cette carte postale envoyée du Perche par Nathalie, qui a été un réel coup de foudre. Et pourtant, Lisa Audit est une artiste québécoise.

Je ne me lasse pas de faire des découvertes.

Rappel

SEMINO (Mariana)

L’inspiration sera-t-elle au rendez-vous? C’est ce que nous saurons dans vingt-quatre heures exactement, alors que seront validés les commentaires déposés sur la toile proposée dimanche dernier.

*toile de Maria Semino

À l’ombre de l’Orford 2

LAMBERTON (Joseph)

Indian Summer

Une pluie estivale en ce mois de novembre
A plu toute la nuit,
Et ce matin, tel un immense disque d’ambre,
Un soleil d’été luit.

Il sort une chaleur si fervente des choses,
L’automne est si lointain,
Que je sens, capiteuse, errer l’odeur des roses
Parmi le clair matin.

Le poids des jours a fui de de la minute exquise;
L’horizon est trop beau!
N’est-ce pas qu’on devrait fleurir son front, en guise
De fleurir un tombeau?

Alfred DesRochers, À l’ombre de l’Orford

*choix de la lectrice de Joseph Lamberton

Beaucoup de détails pour peu d’efficacité

Ta mère

Les premiers romans portant sur l’adolescence sont décidément légion en ce moment. Ta mère est folle de Brigitte Vaillancourt s’inscrit dans cette tendance, à une nuance près : il s’adresse non pas à un public adulte, mais à des lecteurs de 14 ans et plus.

D’entrée de jeu, j’avouerai avoir été un peu agacée par cette précision de l’éditeur. En effet, j’ai été libraire suffisamment longtemps pour savoir que les jeunes de cet âge ne cherchent pas des livres destinés à leur âge, mais bien des livres pour adultes. De plus, je ne peux que constater un autre problème inhérent à cette indication, laquelle constitue un casse-tête tant pour les libraires que pour les bibliothécaires. En effet, un roman destiné aux 14 ans et plus se range-t-il dans la section jeunesse ou chez les adultes?

Ceci dit, j’estime que le sujet intéressera peu la plupart des adultes. En effet, les problèmes d’Alex, 14 ans, aux prises avec une mère totalement folle – c’est loin d’être une figure de style – et partagée entre deux continents, l’Amérique et l’Afrique, risquent de les ennuyer tant tout cela est répétitif et ploie sous l’accumulation de détails. En effet, chacune des expériences vécues par Alex nous est relatée de A à Z.

Je ne suis pas certaine non plus que le roman touchera les jeunes ciblés. Les descriptions qui s’éternisent, une narratrice peu crédible, probablement parce que l’auteure prend trop de place, un rythme qui traîne, tout cela finira par les décourager d’aller jusqu’au bout de cette histoire qui n’en finit pas.

Pourtant, Brigitte Vaillancourt avait en main un sujet qu’elle aurait pu exploiter – la folie de sa mère, ses crises, ses égarements, ses réactions disproportionnées – au lieu d’en tirer des anecdotes qui ponctuent le roman alors qu’Alex découvre l’amitié, ses bons comme ses mauvais côtés, la drogue, l’amour, les valeurs familiales, souvent absentes, et tout ce qui tisse la vie des adolescents en proie à un nombre de questions pour lesquelles il n’y a pas toujours de réponse évidente, concise et surtout, claire.

Pour toutes ces raisons, Ta mère est folle semble être passé à côté de l’essentiel, malgré les bonnes intentions de l’auteure de nous livrer un portrait juste de cette époque charnière en mettant en lumière le quotidien d’une adolescente, intentions que je ne mets pas une seconde en doute.

Encore un autre roman sur l’adolescence, donc, qui aurait gagné à être resserré, qui comprend trop de dialogues n’ayant rien à avoir avec la langue des ados d’aujourd’hui. Pas mauvais, pas vraiment bon non plus, mais duquel on ne conservera que peu de souvenirs.

En s’éloignant de cet âge, Brigitte Vaillancourt trouvera sûrement sa voix et son public à l’occasion de son prochain roman, car elle sait déjà décrire avec beaucoup de justesse les personnages perdant pied, alors que d’autres auteurs préfèrent les éviter et rester dans le flou.

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