On n’invente qu’avec le souvenir. (Alphonse Karr)
*illustration de Lena Ralston
Innombrables détours de la lumière
venue se colleter au passage des ombres
la pluie, avant que ne soit possible la mémoire
diffractant en bleu en vert en rouge
l’éclat soudain des pierres
un prisme de fleurs au temps du cristal
Pierre Barrette, Avant la lumière
*choix de la lectrice de Piera Luisolo
Avec Vers le large, le dernier tome de la tétralogie de la romancière suédoise Annika Thor amorcée par Une île trop loin, nous retrouvons Steffi et Nelli à la fin de la guerre alors que les rescapés des camps commencent à rentrer.
Nelli, qui a quitté l’Autriche très jeune, a presque totalement oublié sa langue maternelle et les seins. En fait, elle ne peut imaginer autre vie que celle qui a été la sienne au cours des six dernières années et souhaite ardemment être adoptée officiellement par la famille qui a été la sienne depuis son arrivée en sol suédois. Steffi, quant à elle, vit son premier amour tout en terminant des études qui devraient la préparer à entrer en médecine afin de réaliser son rêve le plus cher : suivre les traces de son père.
Ce sont donc deux points de vue et deux rêves très différents qui nous sont proposés ici, à l’heure où les adolescentes apprendront le décès de leur mère et le retour de leur père, en même temps qu’elles auront des nouvelles de leur tante qui a réussi à fuir aux États-Unis et qui serait prête à les accueillir.
L’heure est donc aux questions, aux possibilités, à la tristesse de la perte et à la joie des retrouvailles, et surtout à une grande confusion émotionnelle, alors qu’il faut maintenant la guerre terminée trouver une autre réalité sur laquelle s’appuyer.
Fine psychologue, comme elle nous l’a montré dans les trois autres tomes de cette série consacrée à deux jeunes Juives autrichiennes envoyées en Suède gr¸ace à un organisme de secours international, Annika Thor offre à ses lecteurs un roman intense et à certains égards troublant quand il est question de racines et que nos héroïnes ne savent plus où sont les leurs. Un roman qui donne à réfléchir. Une série historique émouvante.
Et si nous allions faire un tour au musée de l’Ermitage? C’est ce que nous propose le peintre russe Edward Petrovich Hau qui, avec minutie et souci du détail, a peint la plupart des pièces de celui-ci. Ces quelques pièces où on retrouve des livres que j’ai choisies ne constituent qu’un mince aperçu de son travail de titan qui s’est échelonné sur de nombreuses années et qu’on peut examiner ici.
Chacun de nous a son passé renfermé en lui comme les pages d’un vieux livre qu’il connaît par coeur, mais dont ses amis pourront seulement lire le titre. (Virginia Woolf)
*toile de Karen Rhiner
j’aime mon corps quand il est avec ton
corps. C’est une si toute nouvelle chose.
Muscle améliore et nerf plus donne.
j’aime ton corps. j’aime ce qu’il fait,
j’aime ses comments. j’aime sentir l’échine
de ton corps et ses os, et la tremblante
-ferme-douce eur et que je veux
encore et encore et encore
embrasser, j’aime de toi embrasser ci et ça,
j’aime, lentement caressant le, choc du duvet
de ta fourrure électrique, et qu’est-ce qui arrive
à la chair s’écartant…
Edward Estlin Cummings, Poèmes choisis
*choix de la lectrice d’Elsie Dodge Pattee
Profondément touchée par le tremblement de terre qui a touché Hanshin en 1995 et par ses répercussions, l’auteure et illustratrice jeunesse japonaise Hideko Ise, qui est aussi violoncelliste, a décidé de mettre en scène le temps de l’album 1000 vents, 1000 violoncelles le concert historique qui a eu lieu à Kôbe le 29 novembre 1998 afin de venir en aide aux victimes du séisme, lequel a été repris plusieurs fois depuis.
En mettant en scène des personnages fictifs auxquels le jeune lecteur s’attache d’emblée, deux enfants et un vieil homme tous épris de musique et violoncellistes, Hideko Ise nous donne à lire une histoire où l’âme humaine se dévoile, chacun ayant des raisons personnelles de participer à ce concert exceptionnel qui a réuni dans un bel acte de générosité musiciens professionnels et amateurs de tous les âges.
Avec finesse, tant dans le propos que dans les aquarelles qui viennent soutenir le texte, Hideko Se nous dévoile la force de l’amitié, exprime par la violence de coups d’archet la rage de celle qui a perdu les siens dans le séisme et nous dit la beauté de la solidarité quand elle sert à reconstruire une communauté démunie.
Un album sur le pouvoir individuel et collectif de la musique. Un album remarquable à offrir et à s’offrir.
Titre pour le Challenge Des notes et des mots 
Si vous empruntez la rue Fairmount, arrêtez-vous au coin de la rue Clark et laissez vos traces, même si elles ne seront pas indélébiles. Question de faire un clin d’œil à Boris Vian et de vous exprimer en ajoutant quelques mots à « Je voudrais pas crever avant… »
Il y a sûrement des rêves qui valent la peine qu’on les écrive même si la pluie ou une brosse à tableau les effaceront.
C’est une journée de congé et une pile de livres…
Bonne Saint-Jean à tous!
*illustration de Nathalie Jomard
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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