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Ça finit dimanche!

Dommage que ce festival d’été à Bruxelles porte le nom anglais de Brussels Summer Festival. Dommage. Car l’affiche est jolie, le programme invitant et la photo d’Armando des plus réussies. Avis aux intéressés : ça finit dimanche!

La beauté des échinacées

On dirait parfois des danseuses quand il vente…

Ce que mots vous inspirent 734

La dégustation d’un livre est peut-être plus solitaire que celle d’un vin. Mais ils ont ceci de commun que leur goût se déploie et s’affine à la discussion. (Étienne Davodeau)

*toile d’Eleuterio Pagliano

Le temps premier 3

Soleils d’été

Du soleil plein les rues
Plein le grand ciel et tes yeux

Les arbres sourient de lumières
Qui s’emmêlent
Notes de cristal ou minces filets d’eau
Et vont s’égrener sur ton visage qui s’étonne

Un peu de ton ombre ou de ton silence
Créerait la nuit où l’on fait des rêves d’enfant
Tes mains tes yeux déjà s’embrouillent
Leurs contours leurs couleurs

Je songe aussi de t’aimer
Quelque part dans un autre ciel
Les bras pleins de ces grands soleils d’été.

Gatien Lapointe, Le temps premier

*choix de la lectrice de Belinda Del Pesco

Un roman que ne renierait pas Mishima

Dès les premières pages de Coma, le premier roman de François Gilbert, le lecteur se trouve plongé dans un univers à mi-chemin entre le Japon et la Chine, le personnage principal étant un jeune Japonais qui a choisi la fuite vers la Chine pour échapper à sa propre vie et au coma de celle qu’il aimait.

Roman d’atmosphère en même temps que psychologique, Coma ne s’attarde pas aux détails, respectant en cela le mode de vie en Orient que l’auteur, qui y a séjourné à plusieurs reprises, a su restituer avec une telle justesse qu’on a l’impression qu’il a été écrit par un Oriental. D’autant plus qu’on n’y trouve aucun personnage venu d’ailleurs, que ce soit d’Europe, d’Amérique ou d’Afrique.

Au moment où s’ouvre le roman, Satô vit depuis quelque temps en Chine, pays dont il s’est épris en même temps qu’il s’est attaché à certaines personnes. Plus question pour lui de retourner au pays de ses racines. Et pourtant, il suivra la mère d’Ayako venue lui demander de l’aider à sortir sa fille du coma, maintenant qu’elle a compris à quel point ils ont été importants l’un pour l’autre, de l’enfance à l’âge adulte. Même si au départ il préférerait ne pas partir, de peur que tout change en son absence. Il n’a, en effet, pas envie de vivre ailleurs qu’en Chine. Le Japon, c’est le passé, un passé auquel il a choisi de tourner le dos, un passé où celle qu’il aimait lui a crevé un œil avant de se jeter à l’eau, dans une scène des plus théâtrales qui n’est pas sans rappeler Mishima pour le tragique, Kawabata pour les images poétiques et Fukazawa pour le rapport à la mort.

À la lumière de ceci, on peut donc s’aventurer à supposer que François Gilbert a sûrement lu les grands classiques de la littérature japonaise et qu’il les a bien lus, puisqu’il a su s’imprégner du rythme qui leur est propre au point de se l’approprier. Le résultat est un roman magistral qui possède une maturité d’écriture qu’on trouve en général chez les écrivains qui ont quelques titres derrière eux; un roman qui devrait se trouver dans la liste des meilleurs premiers romans, voire romans tout court, de l’année 2012 à l’heure des bilans.

Faut-il mourir pour vivre? Se donner la mort pour exister à jamais? Se libérer de soi et de ses propres zones d’ombre pour commencer une nouvelle vie dans un corps qui semble ne nous appartenir qu’à moitié? Ce sont là des questions que soulève entre autres Coma, un premier roman exceptionnel qui laisse espérer à son auteur une belle carrière d’écrivain s’il réussit à atteindre avec le deuxième un niveau aussi élevé que celui de Coma.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

Sous le soleil ou sous la pluie

La nature est toujours belle à Bruxelles quand c’est Armando qui la prend en photo!

Des sculptures et des fleurs

Voici ce qu’on trouve sur la rue Saint-Urbain, où la plupart des gens chouchoutent leur décor…

Ce que mots vous inspirent 733

Tous peuvent entendre mais seuls les êtres sensibles comprennent. (Khalil Gibran)

*toile de Serafín Martínez del Rincón y Trives

Le temps premier 2

Offrande

Et de bonne heure
Parmi les pluies abandonnées
De quelque étrange matin
J’ai brûlé devant la mer
Toutes les musiques du vin
Ses parfums
Aux murs gris du Néant
Le feu crayonne d’amères figures
Lianes poétiques du souvenir
Et dans le vent des mots
J’ai versé
Comme offrande à la terre
Tous les symboles de l’Amour
La couleur brutale des saisons

Au soir j’ai donné un grand bal
À mon âme.

Gatien Lapointe, Le temps premier

*choix de la lectrice d’Herbert Muckenschabl

Entre New York et Haïti

Détour par First Avenue, affirme son éditeur, « est un thriller politique à la sauce haïtienne. » Or, définir ainsi le premier roman de Myrtelle Devilmé est le réduire à sa plus simple expression, alors qu’il est aussi un roman de mœurs et un panorama des coulisses du pouvoir en même temps qu’un thriller politique et un roman sentimental.

Richard Lecarré, le nouveau représentant d’Haïti à l’ONU, n’est pas un habitué des magouilles. Il a accepté ce poste par amitié pour le nouveau président d’un pays qu’il a quitté depuis longtemps, mais aussi parce qu’il croit en celui-ci et qu’il espère un jour voir son pays natal sortir de la corruption et s’assainir afin que chacun de ses habitants ait droit à l’éducation et aux soins de santé, peu importe d’où il est issu.

Or, à l’heure où Édouard Desrochelles, le nouveau président, a l’appui de la population et ce, même s’il a implanté une police qui ne fait pas l’affaire de tout le monde, le fils de l’ambassadeur des États-Unis trouve la mort à la suite d’un vol à main armée. Ce qui va déchaîner une tempête, entraîner une enquête et impliquer l’ONU dans le déroulement des opérations menant à une explication qui ne fera pas le bonheur de tous. Le gentil fils de l’ambassadeur est loin d’être blanc comme neige : il a commis une série de larcins au fil des ans.

Dès que les États-Unis se trouvent au cœur d’une situation, qu’un des citoyens de ce pays se trouve aux prises avec le système judiciaire de façon directe ou indirecte, on peut être certain que tout sera mis à profit pour épargner les siens. Dans les médias comme devant l’ONU. C’est ce que raconte, avec sa connaissance de cet organisme puisqu’elle y a travaillé, l’Haïtienne Myrtelle Devilmé, qui vit maintenant à Montréal. En prenant soin d’étoffer les personnages qui gravitent autour de Richard, notamment des femmes, dont l’une incarne le pouvoir et l’autre son idéal féminin.

Détour par First Avenue est aussi un vibrant hommage à l’amitié, à la droiture, aux valeurs morales et à la fidélité sans que cela devienne moralisateur, alors que l’auteure aurait pu facilement adopter un ton qui ne laisserait aucune place à la liberté.

Myrtelle Devilmé peut être fière de son premier roman auquel elle a choisi de donner une fin ouverte. Elle a su mener rondement avec un regard de l’intérieur un roman qui se déploie à plusieurs niveaux et où se mêlent l’Histoire, la politique et l’amour, sans se perdre dans les dédales du « trop bien faire » et sans idéaliser un pays qu’elle aime et qu’elle a quitté.

Détour par First Avenue
, un roman qui se déroule au tournant des années 2000, entre New York et Port-au-Prince, se veut aussi une analyse sans compromis du pouvoir des uns et du silence des autres. Malgré le fait que je ne sois en général pas attirée par les romans à saveur politique, j’avoue que j’ai pris grand plaisir à lire cette auteure et que je me réjouis à la pensée de la lire à nouveau, parce qu’elle sait en quelques lignes brosser des personnages solides.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman